Faune ferroviaire I

Publié le par Ludo

En octobre dernier, alors que mon collègue britannique et moi-même regagnions nos chaumières respectives en train, nous fûmes témoins d’une scène invraisemblable (évidemment je ne parle pas de celui que nous avons nommé « le pointeur » et qui fait désormais partie de notre quotidien). La rame avait effectué une halte à la gare A et nous venions de repartir. Assis dans la première voiture assez vide à cette heure, nous entendîmes des cris aigus ainsi que des bruits de pas de course provenant du fin fond du train. Arrivèrent au galop deux lycéennes hurlantes et à bout de souffle. Semblant ignorer complètement leur entourage, elles continuèrent de beugler comme des maraîchères auxquelles on aurait fait subir un supplice inhumain et se mirent à marteler avec tous les poings qu’elles avaient de disponible la fenêtre de la cellule du chauffeur.

La cacophonie qui en résultait rendait leur propos presque inintelligibles mais nous fûmes en mesure de comprendre au bout d’un moment ce qu’elles scandaient : « Arrêtez le train ! S’il vous plait ! Arrêtez le train ! ». J’imaginai alors qu’il s’était produit un accident : une de leur copine était restée la jambe coincée dans une porte ou avait dû se blesser gravement… Bref, mon collègue et moi-même nous regardâmes complètement interloqués.

Le tambourinage dura bien une trentaine de secondes avant que le conducteur n’arrête le train en douceur, qu’il se lève, ouvre la porte de la cabine et ne demande tout aussi calmement : « Que se passe t’il ? ».

 
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L’une des deux furies lui répondit alors sans reprendre son souffle quelque chose qui restera à jamais gravé dans ma mémoire : « Retournez à la gare A ! On s’est trompé de train ! ». Le jeune conducteur se contenta de lui déclarer sans montrer un seul signe d’énervement : « … C’est impossible. Veuillez descendre au prochain arrêt et prendre un train en sens inverse. ». Il referma la porte, reprit place, donna un rapide coup de fil, annonça au micro que nous allions nous remettre en route tandis que les deux abruties dépitées et révoltées à la fois se plaignaient du trajet supplémentaire fastidieux qu’elles auraient à effectuer. Derrière nous, un quadragénaire japonais pestait à leur sujet dans sa barbe et nous restions, en ce qui nous concerne bouches bées pendant cinq bonnes minutes.

Ce n’est pas tout : non seulement notre train avait pris du retard mais c’était le cas de tous les trains qui nous précédaient et nous pûmes apercevoir toutes les rames en sens inverse arrêtées entre deux gares.

En y repensant, nous ne comprenons toujours pas pourquoi ces deux crétines n’ont pas subi une amende. Une telle attitude m’aurait beaucoup moins surpris s’il s’était agi de malades mentales ou d’étrangères venant d’un pays très isolé et prenant pour la première fois un transport en commun mais nous avions affaire à des lycéennes japonaises habituées a priori à prendre le train quotidiennement…

 

NB : Pour les besoins de cet article, mon collègue Ian a bien voulu rejouer la scène.

A suivre...

Publié dans Cas sociaux

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