Quand on voit la campagne profonde japonaise, ses rizières, ses forêts, ses routes désertes et l’absence de voies ferrées, on imagine instinctivement un silence tout aussi profond, un silence précieux synonyme de récompense à tout citadin en vacances. Et pourtant…
Pendant les vacances de Noël, nous passâmes un week-end dans la banlieue de Nagano, à proximité de Saku. Mon ami y a bâti une maison énorme fonctionnant avec un chauffage central (comme quoi cela existe en dehors d’Hokkaidô). Il est à noter que les murs ainsi que les fenêtres sont, fait rare, parfaitement isolées.
Après quatre heures épuisantes dans un train surchauffé et un dîner fort copieux, Naoko et moi-même gagnâmes notre chambre. Nous avions constaté que l’intérieur du bâtiment demeurait bien plus chaud que le nôtre et avions ainsi laissé tomber quelques épaisseurs de vêtements. Cette chaleur agréable ajoutée à notre ventre bien rempli agit assez vite sur notre sommeil et nous rejoignîmes les bras de Morphée illico presto. Il était 23 heures, en ce vendredi.
Soudain (ce qui devait correspondre mentalement à une demi-heure plus tard), un haut-parleur se mit à beugler une musique jouée au xylophone et une voix hurla : « Voici les informations de la journée ». Notre degré de conscience à mi-chemin entre le calmar séché et l’huître pas fraîche ne nous permit pas de tout déchiffrer, d’autant qu’une partie des sons étaient trop sourds pour être audibles. Il s’agissait d’un haut-parleur qui, tous les jours (y compris le dimanche et les jours fériés), effectuait les annonces des événements locaux de la journée (kermesse de l’école truc, collecte des ordures etc.) à 7 heures pétantes !
N’allez pas croire qu’il s’agit d’un cas isolé.
Quelques jours plus tard, nous nous sommes rendus à Tanoura, au sud-ouest de Kyushu, chez les grands-parents de Naoko. Cette petite bourgade de bord de mer est, pour ainsi dire, loin de tout, paumée entre les montagnes et les mandariniers. Fatigués par une journée de mouvements à Kumamoto, de longues heures en train et un repas de nouveau copieux commenté par le flot à paroles de mon beau-grand-père en dialecte de Kyushu dont je ne comprenais qu’une infime proportion qui diminuait à mesure qu’il buvait, nous rejoignîmes notre chambre et, je vous le donne dans le mille, nous vautrâmes comme des loukoums dans les bras impatients et musclés de ce bon Morphée. Illico presto j’entends. Il était minuit.
Soudain (ce qui devait correspondre mentalement à dix minutes plus tard), une sirène retentit. Il était en fait huit heures. Tous les jours de l’année, c’est le même tralala. Et ça recommence à midi, midi quinze et dix-sept heures. Nous eûmes l’extrême honneur d’entendre une autre annonce à midi cinq : « Un incendie s’est déclaré chez Monsieur et Madame Schmol (nom fictif), domiciliés à Crougnon-les-pèces (nom fictif _ j’ai oublié le nom de la localité voisine), nous sommes sur le coup (ou un truc dans le genre) ». Puis, à 13h : « L’incendie qui s’était déclaré chez Monsieur et Madame Schmol a été maîtrisé ».
Le bruit, j’en suis désormais convaincu, fait partie du quotidien des Japonais. La plupart ne se rendent malheureusement pas compte des bienfaits du silence. A la campagne et qu’on le veuille ou non (pour peu qu’il existe des opposants mais j’en doute), tout le monde en bénéficie. Ces annonces rythment la vie des habitants depuis toujours. Puisqu’ils ont grandi avec, personne ne se plaint et tout le monde trouve cela naturel.
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