Ne jamais perdre le nord !

Publié le par Ludo

Il y a maintenant un peu moins d’une douzaine d’années, je vivais en famille d’accueil dans la banlieue de Kyoto. Etudiant à l’université à Osaka, à moins de quarante minutes de mon domicile, je profitais pleinement de ma vie de djeun’ et, en compagnie de mes camarades étrangers et japonais, j’allais boire régulièrement dans cette ville que beaucoup ont qualifiée de « plus grand bar au monde ». Bénéficiant d’une sorte de carte orange qui assurait un nombre infini de trajets pendant trois mois de la banlieue de Kyoto jusqu’à la fac, je n’avais qu’à acheter un billet supplémentaire de 300 yens (j’ai oublié la somme exacte) pour rejoindre le joyeux quartier d’Umeda à Osaka. Au retour, il suffisait d’acheter le billet le moins cher, à savoir 180 yens, qui ne servirait qu’une fois puisqu’à l’arrivée, je n’avais qu’à faire passer ma carte orange dans la machine.

Après une soirée très arrosée, je pris le shuden 終電, le dernier train de la journée, rempli de salary-men dans un bien pire état, avec Brian, un Américain qui habitait dans le même voisinage. Lui aussi avait bien bu et nous avions le rire facile. Nous remarquâmes un type assis en face de nous complètement épuisé, dont la tête s’inclinait dangereusement vers l’arrière à intervalles réguliers. Le plus drôle, c’est qu’il gardait la bouche grande ouverte et qu’à chaque fois que sa tête penchait trop, elle frappait la vitre violemment sans que celui-ci ne se réveille pour autant. Nous n’étions pas les seuls à profiter de ce spectacle et nous partageâmes un fou rire avec une jeune fille inconnue.

Arrivés à destination et alors que nous tentions de reprendre notre sérieux et notre respiration, je me rendis compte que j’avais perdu mon billet de 180 yens ce qui n’avait aucune importance puisque j’avais ma carte. Or, dans ma tête j’avais imaginé l’inverse : j’avais utilisé ma carte tout à l’heure et il me fallait le ticket de 180 yens pour ressortir. Vous me suivez ?

 
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Paniqué, je me mis à fouiller mes poches et à regarder par terre un peu partout. Miracle : je trouvai un ticket, non pas de 180 mais de 160 yens. Ce n’était pas le mien mais j’allais tenter ma chance. Je l’introduisis dans le portique qui s’ouvrit sans problème. Toute personne normalement saoule aurait été satisfaite mais dans ma tête, j’avais utilisé un billet moins cher que celui que j’avais payé. Avec un culot fantastique, je me dirigeai vers l’unique employé de la gare à cette heure de la journée, celui-là même qui attendait impatiemment que deux métèques imbibés daignent sortir afin qu’il puisse tout fermer. Je lui expliquai la situation : c’était un scandale, j’avais payé 180 yens mais j’avais perdu le ticket, j’en avais trouvé un moins cher mais dans l’affaire, j’avais perdu 20 yens et il devait donc me rembourser cette somme. L’homme me jeta un regard noir, puis me tendit deux pièces de dix yens sans un mot.

A posteriori j’applaudis vraiment la patience de cet individu. Je m’étonne aussi de me rappeler autant des détails avec un tel degré d'ébriété…

Publié dans Vieilles anecdotes