Boum

Publié le par Ludo

Lorsque Howard et moi-même étions lycéens, nous fréquentions un groupe de camarades tous issus d’une ville éloignée du Loiret et qui venaient à l’école en train.

A chaque Saint Sylvestre, nous étions conviés chez l’un d’eux jusqu’au petit matin. A l’époque, aucun d’entre nous ne possédions le permis de conduire puisque nous étions encore mineurs et il fallait compter sur nos parents respectifs pour venir nous chercher le lendemain.

Le 31 décembre 1991, je retrouvais alors toute la troupe et comme d’habitude rien ne manquait à l’appel : boule de disco au plafond, spots de lumière de couleur, trois personnes qui regardent les CD que chacun a amenés, différents types d’amuse-gueules dont des mini saucisses et des apéricubes, un grand récipient de jus d’orange légèrement imprégné de rhum, des gens peu bavards assis sur des bancs, des gens debout qui rient très fort et les sempiternels Dire Straits en fond sonore. Beaucoup d’entre eux adulaient ce groupe et avaient l’habitude de jouer toutes les pistes du CD à chaque soirée. Il y avait aussi un peu de Queen, des Scorpions, des Doors, U2 et tout le monde ou presque, connaissait les paroles par cœur. Tout le monde sauf moi, qui à l’époque étais complètement ignare en matière de rock et de pop et qui, de plus, étais infichu de comprendre les paroles d’une chanson, et ce quel que soit le langage puisque mon cerveau ne se concentrait que sur la mélodie. Ainsi, pendant que tous hurlaient le refrain, je bougeais mes lèvres en tentant d’imiter mon entourage et en remplaçant les mots incompris par du yaourt et une fois que je comprenais qu’une syllabe représentait le début d’un mot connu, je le scandais avec conviction. Un peu comme Chirac pendant la coupe du monde. Au fur et à mesure que la nuit avançait, l’ambiance devenait plus calme et petit à petit les invités se dispersaient un peu partout pour discuter en petits groupes. Vers trois heures du matin, certains dormaient déjà alors que d’autres profitaient des slows pour inviter à la danse les quelques rares filles qui en avaient encore la force. Vers cinq heures, on n’entendait qu’une très légère musique monter des enceintes et seuls quelques zombies discutaient discrètement, le reste était déjà mort.

 
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C’est dans ces moments de semi-léthargie que l’on perd tout repère avec le monde réel. Tout semble se dérouler au ralenti, les dialogues se résument à quelques mots et tout paraît si cocasse que l’on ne peut s’empêcher de pouffer de rire mais sans avoir l’énergie suffisante pour une gamme normale de ahaha. L’un de ceux avec lequel je papotais à cette heure avancée, m’avouait que la cuvette des toilettes de sa maison n’était au début pas vraiment pratique puisqu’elles refusaient de chasser les plus grosses productions et qu’il fallait y remédier en poussant l’horreur avec un bâton… Une histoire, qui, si je me souviens, était arrivé comme un cheveu dans la soupe.

Vers 8 heures, nous n’étions plus qu’une poignée et plusieurs parents venaient déjà chercher leurs rejetons somnolant et d’autres venaient reprendre leur matériel (sono, tables, etc.). Un couple se présenta alors et demanda tout haut : « Nous sommes venus chercher le banc ». Aussitôt, et avec un tonus qui me surprit vraiment au petit matin, deux copains se levèrent et revinrent quelques minutes après avec le banc : « On le met où ? ». Les deux parents se regardèrent étonnés dans les yeux et, très calmement articulèrent : « Vous avez mal compris. Nous sommes venus chercher Alban. ». Il fallut plusieurs secondes pour que Howard et moi, comprenions l’intrigue. La spontanéité et l’innocence des deux susnommés prouvaient donc bien qu’ils n’étaient pas plus réveillés que nous.

J’en ris encore.

NB : Il me fallait une photo de banc pour l'article, et je n'ai trouvé que celle-ci.

Publié dans Vieilles anecdotes

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