Oh Britannia !

Publié le par Ludo

C’est à l’âge de treize ans que je me rendis Outre-manche pour la première fois. Elève de cinquième à l’époque, j’étais parti avec des camarades de classe et ma formidable prof d’anglais, pendant une semaine en banlieue de Londres. Les familles d’accueil nous logeaient par binôme la nuit et nous offraient breakfast et dîner ainsi qu’un léger lunch composé de sandwichs coupés en triangle et des chips au vinaigre. La journée, nous faisions du tourisme à Londres bien sûr mais aussi à Oxford, Windsor etc.

Nous débarquâmes chez les Anglois tard le soir, un jour d’avril après six heures de ferry à partir de Caen. Notre famille avait déjà dîné et notre repas nous attendait sur la table.

Le cauchemar commença. On me proposa du jus d’orange pour me désaltérer après cette épuisante journée, que j’acceptai volontiers. Dès la première gorgée, je constatai qu’on m’avait bien eu : il s’agissait d’un breuvage dont la teneur en orange devait se résumer à deux pour-cent, comme si un fou avait tenté de reproduire du Tang (la célèbre poudre qui tentait de recréer un ersatz de jus d’agrume mais sans succès, même la couleur sonnait faux) avec de l’Exomuc et du Paic citron.

 
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On me tendit ensuite une assiette où figuraient deux toasts. « Tiens ? On va me préparer un sandwich » songeai-je alors. Faux. La maîtresse de maison prit une casserole d’une main, une cuillère de l’autre et en versa le contenu sur les deux tranches : des pâtes de petite taille avec de la sauce tomate. Elle me dit avec le sourire : « Macaroni on toasts ! ». Notez bien que cela n’avait rien de foncièrement mauvais mais je n’avais jamais vu un tel mélange.

Puis vint le dessert : une tarte aux pommes avec une pâte feuilleté tant dessous que dessus sous la forme d’un filet. Grand amateur de pâtisserie, j’en salivais d’avance. Quelle ne fut pas ma déception de découvrir que cette tarte avait tout sauf un goût de pomme. Comme poignardé dans le dos, je me mis en pensée à hurler « Nooooon ! ». Il y avait bien quelque chose à l’intérieur de cette apple pie, un mélange de fruit pourri, de métal brûlé et un je ne sais quoi qui m’aurait fait dire, si toute retenue m’avait échappé : « Mais… Mais ! C’est de la merde ! ».

J’eus heureusement plus de chance par la suite. La famille qui m’hébergeait durant mon troisième séjour cuisinait d’ailleurs de très bons plats (avec peu de gastronomie locale, il est vrai). Ce premier repas britannique resta néanmoins inoubliable.

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