La première fois que je vis un professeur japonais rendre des copies d’examens à ses élèves, je me retins d’éclater de rire tellement le cérémonial dépassait royalement les frontières du ridicule.
De mon temps, la manière différait d’un prof à l’autre. Certains se contentaient de rendre les feuilles tant redoutées, sans prononcer un mot ou en se contentant d’un regard assassin, d’autres distribuaient les contrôles par ordre décroissant de notes alors que d’autres nous faisaient recopier au sommet de notre copie les résultats de chaque élève parmi lesquels nous devions entourer le nôtre. Il s’en suivait cinq minutes de « Et toi, tu as eu combien ? ».
Voici comment cela se déroule au Japon.
L’enseignant tient en main une pile de copies rangées par ordre alphabétique incurvées vers l’intérieur dans un angle de 135 degrés et appelle un à un les différents intéressés. Ceux-ci se saisissent de la chose et la gardent pliée. A l’abri de tout regard indiscret, c’est-à-dire dans un coin de la classe, sous l’obscurité procurée par les deux mains, sous un livre soulevé à un centimètre de hauteur ou sous leur manteau converti en isoloir, ils ne vont regarder qu’un quart de seconde le coin inférieur droit de la première page, là où figure la note sur cent. Pendant la correction, ils vont placer le coin secret sous un cahier en plaçant la feuille en biais.
Ceux qui transgressent le tabou de demander à un camarade son score, restent rares et ce sont généralement les cancres qui se vantent de leur mauvaise performance.
Ce rituel n’existait pourtant pas autrefois. D’après différents collègues, on avait l’habitude de dire tout haut les notes comme en France.
De nos jours, on considère les enfants comme de grands timides qui risquent de perdre la face en dévoilant leurs résultats médiocres puis de subir des brimades qui pousseront les parents à porter plainte. Bienvenue dans le monde merveilleux de la paranoïa ! La quasi-absence de redoublement s’explique de la même manière.
Evidemment l’esprit de compétition n’atteint pas des sommets avec ce cirque, me direz-vous, un brin énervés. Si son développement n’est pas favorisé dans le secteur public, il en est une fois de plus tout autrement dans le privé et dans les juku (les cours du soir que fréquentent tous les collégiens et lycéens ou presque). En juku, un élève reçoit non seulement un positionnement dans un classement qui varie en fonction de ses notes mais aussi son rang au niveau départemental, voire national !
Le nombre de paradoxes dans l’enseignement nippon me stupéfait de plus en plus.
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