Lors de mon deuxième séjour en Angleterre en août 1988, j’avais sympathisé avec plusieurs jeunes Français qui participaient comme moi à ce séjour linguistique de trois semaines dans la petite bourgade de Bexhill-on-sea, peuplée en grande majorité par des retraités. Je n’avais d’ailleurs jamais vu autant de voiturettes électriques. Après les cours du matin au collège, nous rentrions à pied chez nos familles d’accueil respectives pour ensuite repartir l’après-midi faire du tourisme. Un jour, nous visitâmes Brighton et nous bénéficiâmes de quelques heures de quartier libre. Nous prîmes donc le bus pour nous rendre sur la promenade (des Anglais forcément) au bord de mer. Assis devant moi se tenait un homme avec un magazine dans les mains qu’il venait d’ouvrir. J’avais reconnu du premier coup d’œil la couverture du Sun et je ne pus que pouffer de rire à l’idée de ce qui allait arriver. Comme chacun le sait, la deuxième page est toujours consacrée à la photo d’une playmate peu vêtue. J’avais pris l’habitude de ranger ma discrétion au placard, sachant que nous autres Français pouvions parler des moindres choses dans ce pays sans être compris et qu’à 14 ans on est bon public.
Je me tournai alors vers mes camarades et leur criai : « Hé les mecs ! Il va tourner la page ! Avec la nana à poil ! Regardez bien ! », chaque mot étant entrecoupé par mes rires gras.
L’homme tourna effectivement la page mais contre toute attente, il se tourna vers moi et avec un phlegme si britannique et un accent qui ne l’était pas moins, me demanda en français : « C’est ça qui t’intéresse ? ».
Cet instant demeura le pire moment de honte de ma vie. J’appris plus tard que les habitants de la Perfide Albion apprenaient tous la langue de Molière à l’école et que beaucoup la maîtrisaient parfaitement.
Au Japon, l’usage du français est plus sûr mais je reste néanmoins sur mes gardes.
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