L’homme se différenciait des quadragénaires qui empruntent habituellement ce train par le port d’un pull sur une chemise, l’absence de veste et d’attaché-case et un bonnet qui lui couvrait les sourcils et une partie des lunettes, et ne laissait dépasser que les lobes des oreilles. Pour le reste, il faisait comme tout le monde une gueule de cent pieds de long, le fait qu’il se tenait debout ne devait en rien arranger son humeur. Nous venions d’arriver à la gare Truc et beaucoup de « joyeux lurons » quittèrent la rame et libérèrent ainsi quelques places. Notre lutin en pull se rua alors sur un étroit espace vacant et posa violemment son derrière tout en gratifiant son entourage du même faciès de mérou grognon. Comme pour imposer d’une manière plus convaincante sa présence et son ignorance flagrante des règles de bonne conduite en société, il se mit à rapatrier dans son gosier ce qui devait correspondre à une bonne semaine de crème nasale, non sans omettre quelques grumaux si je me fie à mon ouïe, par un reniflement porcin des plus féériques. Jusque là, si vous êtes un habitué d’Ougl, vous me direz « rien de plus normal ». Là où le sagouin se démarque des autres et justifie la rédaction d’un article à lui seul, c’est dans ce qui suivit : avec la même mine d’enterrement, il déglaira une flaque bien épaisse de glaviot entre ses deux pieds, comme ça, sur le sol d’un train assez rempli. Avec le même faciès indéridable, il balaya dans la seconde d’un coup de semelle latéral son méfait, histoire de dire « Ben ouais quoi, je suis un gros dégueulasse mais j’ai encore quelques principes ! ».
NB : Pour une fois, la photo a un rapport avec l’article.
A suivre...
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