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Jeudi 17 avril 2008

A l’âge de sept ans, poussé par l’autorité parentale, j’assistais à mes premiers cours de solfège. Tout se passa plutôt bien pendant cette première année et je pus commencer l’apprentissage d’un instrument l’année suivante. Sans doute influencé par une correspondante allemande de mes soeurs qui le maîtrisait parfaitement, je décidais de me mettre au violon. En y réfléchissant bien, j’ai bien l’impression que c’est plus la beauté visuelle de l’instrument à corde, dont j’avais toujours voué une certaine fascination, qui m’a le plus inspiré. Quoi qu’il en soit, mon emploi du temps se corsa considérablement, comme je vous l’avais déjà décrit.

Les cours de violon avaient lieu une fois par semaine pendant une heure en tête à tête avec un jeune professeur. Mes premiers contacts avec la bête (le violon) s’avérèrent plutôt traumatisants. J’ignorais qu’il fallait coincer une des extrémités entre le haut de la clavicule gauche et le menton d’une manière aussi ferme que douloureuse, et s’écarteler l’index, le majeur, l’annulaire et l’auriculaire sur les cordes en essayant de ne pas se plaindre des crampes. La main droite de son côté devait tenir l’archet, un objet qui fut surnommé plus tard « baguette de massacre » puisqu’il ne pouvait produire que des sons de personnes que l’on torture. La position des doigts semblable à celle d’un épileptique pris dans la glace, n’était guère plus confortable que celle de la main gauche. Toutes ces contorsions me faisaient inconsciemment courber le dos si bien qu’un observateur extérieur myope, m’aurait sans doute pris pour Quasimodo. Mon professeur ne manquait jamais de me dire de me tenir droit et avec l’habitude je me mis à compenser en creusant mes reins et en bombant le ventre tout en gardant les épaules dans une posture adéquate pour jouer. Je soupçonne cet exercice d’avoir contribué à aggraver la scoliose naissante provoquée par un cartable trop lourd mais mes détracteurs vous diront que ce n’est certainement pas à cause des heures passées à répéter. Ils n’auront pas entièrement tort mais je tiens à dire que j’adoptais cette posture à chaque fois que l’on me disait « mais tiens toi droit bon sang ! ».


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Le violon demande beaucoup de patience (j’en manquais énormément quand j’étais enfant) et de masochisme (une chose dont j’ai toujours fait défaut). Il me fallut quatre ans pour qu’enfin je puisse produire des mélodies qui ne s’apparentent pas au remix d’un DJ fou d’enregistrements de craie qui crisse sur un tableau, de papier de verre sur du métal, et de scie sur du polystirène. Si j’allais en cours en faisant la moue, je me rendais par contre à l’orchestre à cordes avec un grand sourire. J’y retrouvais chaque semaine pendant deux heures d’autres violonistes mais aussi quelques rares violoncellistes de tout niveau et de tout âge. Je m’entendais très bien avec toute la troupe et l’ambiance y était très joviale. Nous préparions chaque année deux concerts : celui propre à notre orchestre et le grand concert de fin d’année qui regroupait différentes chorales, la fanfare, les bois etc. Lors du grand concert, toujours devant 1500 personnes dont nos proches, la tension était à son comble. Nous n’avions bien sûr pas droit à l’erreur mais grâce aux nombreuses répétitions, nous nous en sortions avec brio. Il y eut cependant une fois où je dus m’interrompre en plein milieu d’un morceau : mon auriculaire gauche fut pris d’une crampe inopinée et je dus attendre quelques mesures avant de reprendre sous l’oeil accusateur du chef d’orchestre (mon professeur). Je connus également un grand moment de honte quand ma voisine de pupitre et moi-même prîmes notre souffle avant d’entamer un nouveau morceau. Afin de bien me recaler sur ma chaise, j’avais pris appui sur mes pieds en oubliant que le pied du pupitre le touchait. Résultat : le pupitre par terre dans un grand fracas avec toutes les partitions répandus dans un rayon de deux mètres autour de nous pendant la toute première note jouée par l’orchestre. Paniqués, nous nous pressâmes de tout remettre en place alors que nos collègues jouaient l’air de rien, tout en essayant de contenir un fou rire atroce.

Et puis il y avait le solfège, une incroyable corvée dont je ne garde aucun bon souvenir. Je devais sacrifier mon mercredi après-midi pour deux heures et demi interminables d’ennui alors que mes copains regardaient Récré A2 et parlaient le lendemain du dernier épisode des Mystérieuses Cités d’or d’un ton complice… A l’époque arriver à l’avance était une obsession (et ça l’est toujours un peu aujourd’hui) et je me rendais à l’école de musique au moins trois quart d’heure avant la leçon. Bien sûr, il n’y avait personne d’autre et je m’amusais à parcourir les couloirs déserts animés par les mélodies qui s’échappaient des différentes salles de classe. Quinze minutes avant le début de l’heure, j’étais rejoint par mes « camarades » : une majorité de lycéens et d’adultes. J’ai toujours été le plus jeune au solfège, à mon grand dam, du moins au début. Pendant 150 minutes, nous faisions des dictées musicales, rythmiques, du chant et de la théorie. J’ai toujours éprouvé une haine viscérale pour cette dernière.

Une question dans cette branche tombait irrémédiablement à l’examen final : « Quel est la tonalité de ce morceau ? ». Jamais, au grand jamais, je n’ai compris comment la déterminer. Pendant toute l’année qui précédait chaque examen, j’aurais eu de multiples occasions de demander au prof mais ma timidité maladive m’en empêchait. Je me rappelle avoir osé demander à trois élèves pendant mes huit ans de solfège comment s’y prendre et aucun n’a su me répondre. Cela reste encore aujourd’hui l’une des grandes énigmes de ma vie. Mon manque d’intérêt colossal pour ces cours ne produisit guère de bons résultats et j’enchaînais les échecs. Au final, je ne sais plus si j’en étais à un retriplement ou à un requadruplement. Heureusement je m’en sortais un peu mieux en violon malgré un désintérêt croissant pour son apprentissage.

Las et sans regret, je décidai de tout laisser tomber à 14 ans. Je n’ai plus jamais touché à un violon depuis. Je ne désespère pas cependant de me remettre à la musique un jour (à la guitare ?).

par Ludo publié dans : Vieilles anecdotes
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