Hiérarchie scolaire

Publié le par Ludo

Avec vous avoir narré en détails mes péripéties dans le milieu de l’éducation japonaise, je ne vous avais jamais parlé de ceux qui la composent. Réparons ce mal aujourd’hui et commençons par le bas de l’échelle.

 

L’élève ou jidô 児童 en primaire et seito 生徒 au collège. Son rang ne signifie pas qu’il est l’esclave des autres, loin de là. Un élève suffisamment malin et feignant peut s’en tirer sans lever le petit doigt jusqu’à la fin de la troisième. Après il devra en subir les conséquences en abandonnant ses études ou en intégrant un lycée bas de gamme d’où il n’aura accès qu’à de petits boulots.

Le nicchoku 日直. Choisi pour la journée, il s’occupe du cahier de classe et doit y indiquer les éventuels problèmes rencontrés parmi ses camarades. Il doit écrire son nom au tableau à la case nicchoku et dirige les salutations au début et à la fin de chaque cours. Il dirige aussi la réunion du matin avant les cours et celle de fin de journée. Si un kakari n’a pas été nommé, il doit effacer le tableau, veiller à ce que les lumières soient éteintes à la fin de la journée ou encore arroser les plantes.

Le kakari et le tôban 当番. Il est chargé pendant un trimestre d’une tâche spécifique : effaçage du tableau (kokubangakari 黒板係), responsable de la distribution des plats (給食当番 kyûshokutôban), du ménage dans tel ou tel endroit suivant un système de rotation (掃除当番 sôjitôban), ou encore chargé de nourrir les poissons rouges ou tortues et d’arroser les plantes de la classe (生き物係 ikimonogakari). et au collège on trouve un kakari pour chaque matière chargé de demander au prof le nécessaire à apporter pour chaque cours.

Le hanchô 班長. C’est le chef d’un des quatre à dix groupes que l’enseignant a déterminé pour sa classe. Lors des travaux pratiques ou d’autres activités, il est censé superviser son groupe et est responsable de ses résultats et de son attitude.

Le gakkyûin 学級員. C’est le chef de classe pour l’année. Il en existe deux : un pour les garçons et un pour les filles. Ils sont en première ligne quand un problème apparaît entre les élèves qui doivent impérativement en informer ce dernier. Ils sont censés faire respecter la discipline pendant les cours même si dans la pratique, peu s’exécutent.


L’infirmière. Souvent jeune et plutôt jolie, elle connaît tous les secrets des élèves chez qui elle est très populaire. Même les pires trublions l’adorent et viennent lui demander conseil. Elle fait donc souvent office d’assistante sociale et sert de lien solide entre élèves et profs.


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    Le hijôkinkôshi 非常勤講師. Prof non-titulaire, il bénéficie d’horaires très souples (une demi journée en général) et n’est donc pas soumis aux contraintes que subissent ses collègues comme le fait de participer à des événements ou de rester tard au boulot. En contrepartie, il n’a aucun pouvoir et peut s’attirer le mépris d’enseignants qui, sans l’avouer, jalousent son statut. Il ne reste jamais plus d’une année dans la même école.

Le jôkinkôshi 常勤講師. Prof non-titulaire également, il travaille cependant à plein temps en remplacement pendant une période donnée (de quelques mois à un an). On lui donne beaucoup plus de responsabilités et de corvées et il lui doit rester plus longtemps à l’école. On va lui donner une tâche rébarbative à effectuer en fin d’après-midi alors qu’il n’avait rien à faire de la journée jusque là, juste pour l’embêter. Il est cependant parfois considéré comme l’égal des autres professeurs.

Le gyômu 業務. Ce n’est pas un enseignant mais un fonctionnaire chargé du secrétariat. Il a souvent passé beaucoup plus de temps que tous les autres dans le même établissement et en connaît donc toutes les facettes. Il sert souvent d’intermédiaires entre les profs et la direction car c’est le seul qui reste dans la salle des profs toute la journée.

La tea-lady. Elle s’occupe de préparer le thé pour les enseignants, le principal et tous les invités éventuels, s’occupe des poubelles et gère la cantine. Elle arrive plus tard et part plus tôt que les autres et connaît toutes les combines. C’est de loin la personne la plus humaine de l’établissement  et aussi la plus loquace. Ses opinions peuvent influencer grandement son entourage.

Le kyôshi 教師. Prof titulaire, il a peiné pour obtenir son examen (certains l’ont eu au bout de la huitième fois). Il se permet donc un certain orgueil et n’hésite pas à dénigrer les autres. Il n’hésite pas à en faire trop en restant le plus tard possible (quitte à ne rien faire de la journée ou à dormir quand il « seconde » un assistant), à venir le week-end etc.

Le kômu 校務. Il est responsable de l’organisation de tous les événements (undôkai, cérémonie de remise des diplômes, sorties en plein air, voyages de fin d’année etc.). Il seconde le kyômu (voir paragraphe suivant) ou le remplace en cas d’absence.

Le Kyômu 教務. Il gère les emplois du temps, les absences des profs, informe les hijôkinkôshi des changements éventuels et demeure le seul homme véritablement occupé de l’école.

Le kyôtô 教頭. C’est le plus prétentieux. Ce chef des profs passe son temps à montrer son autorité sur son entourage tout en faisant des courbettes devant le principal. Il aime hausser le ton que ce soit vis-à-vis  d’adultes ou d’enfants. Il gronde les élèves turbulents quand on les amène dans son bureau, aime gâcher le temps des professeurs, mène les réunions et fait office de maître de cérémonie. Dans quelques années il deviendra principal.

Le kôchô 校長. C’est le principal, le plus vieux, et celui qui passe le moins de temps à l’école. On se demande d’ailleurs la plupart du temps où il est mais tout le monde doit lui obéir y compris le kyôtô. C’est pourquoi j’ai toujours demandé au kôchô s’il était possible de rentrer à une heure plus avantageuse, plutôt qu’au kyôtô car, n’étant plus au courant des affaires de son école et bénéficiant lui aussi d’horaires intéressants, il était généralement d’accord, alors que son subalterne m’aurait répondu le contraire à coup sûr.

La PTA. C’est l’Association des Parents d’Elèves crainte de tous à tel point que sur les tableaux des effectifs de chaque classe on indique toujours entre parenthèses combien d’entre eux ont des parents appartenant à cette association. On fait tout pour ne pas les frustrer et c’est pour cela que nous nous trouvons aujourd’hui en présence d’enfants odieux et de règles stupides.

La kyôikuiinkai 教育委員会. C’est Dieu, ou plus communément, le rectorat. Si le principal n’est pas très au courant de ce qui se passe, le rectorat l’est encore moins. Ce parterre de vieilles biques passe son temps à concerter la PTA, à vérifier que tout le monde fait un travail bien inutile et à organiser des événements inter-écoles. On lui voue une crainte démesurée y compris dans les affaires d’ijimé où on se gardera bien de l’avertir que son école en possède. Dieu gère aussi le budget et les salaires de tous.

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