La plage au Japon, par Howard

Publié le par Howard

Pour ceux à qui elle n'évoque pas des combats sanglants dans une chanson d'Indochine, Okinawa évoque immanquablement des étendues de sable blond infini, sous des cocotiers riants, et un ciel moutonneux. Pour la carte postale, il faut bien reconnaître que la plage, la chaleur, le soleil, et le sable, si particulier sur ces îles,  sont bien là. Mais il me reste de cette expérience comme un léger sentiment...comment dire...d'inaccessibilité et de frustration.

La plage au Japon, et singulièrement à Okinawa, est un peu à l'image du reste des activités :

- Ce qui est prévu est ultra-prévu et organisé.

- Ce qui n'est pas prévu est, strictement interdit. Contrairement à la France, la notion de "A vos risques et périls mais c'est vous qui voyez" n'existe pas.

En clair, par défaut, une plage n'est bonne pour la baignade qu'à partir du moment où elle est déclarée en tant que telle. Jusqu'à preuve du contraire, elle est réputée imbaignable. Et tout est fait pour vous décourager de vous y baigner, y compris vous faire cauchemarder avec la perspective des pires menaces (méduses, cônes mortels, poissons-pierre, requins tigres ou bien le Migou).Tout cela, pour un Français raisonnablement resquilleur, ne serait pas grand chose. Malheureusement, cela l'est pour moi: pour le meilleur et pour le pire, je suis très sensible aux panneaux "Interdit", et ce depuis ma petite enfance. Comme en plus, il n'y a, au Japon d'une manière générale, guère d'émulation pour la truande, l'ambiance n'y est pas souvent à la transgression.

Summum de l'absurde, nous avons une fois marché 20 minutes le long d'un littoral désert (pas très sableux, certes), pour aller nous baigner sur une bande de 100 m de plage surveillée devant un hôtel. Et gare à celui qui allait se baigner 2 mètres au delà des bornes: les monos surveillaient. Là où je ne sais pas trop si cette frustration est justifiée ou non c'est que je ne sais toujours pas dans quelles mesure ces interdictions étaient partiellement, totalement ou bien pas du tout justifiées par la dangerosité de la faune.


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Bien sûr, sur une plage, nous avons une fois assisté à ce qui semblait être un accident de baignade (méduse? hydrocution?) qui s'était passé en dehors des bornes. Mais cela n'aurait-il pas pu aussi bien survenir sur la plage surveillée? Une autre fois, lors d'une séance de palme-masque-tuba (snorkeling, pour les anglophiles), avec Ludo, nous avons vu entre deux eaux un serpent de mer, décrit dans les prospectus locaux comme très dangereux. Mais en France aussi, on peut très bien rencontrer une vipère à la campagne, sans qu'on se fasse forcément piquer si on est un tant soit peu prudent.

Avec le recul, je pense surtout qu'Okinawa résulte de la rencontre entre deux notions difficilement compatibles: D'une part, propre à la culture japonaise (que j'aime tant, je précise...) le souhait de maîtriser le plus possible son environnement, afin qu'il présente le moins de risque possible. D'autre part, un environnement tropical naturellement luxuriant, et donc échappant très rapidement à tout contrôle.  Ainsi, tout "risque", même réel, est dans ces conditions exagéré à l'extrême. Et monté en épingle afin décourager quiconque d'aller au devant.

Est-ce aussi parce que la densité d'habitants à Okinawa est énorme? Il parait qu'à Hokkaidô, contrée désertique s'il en est, on peut facilement rencontrer des ours dans la nature. Mais là, même si on continue à se donner la peine de vous avertir charitablement par panneaux, on ne vous empêchera d'aller leur gratouiller la truffe. Dans l'espace, personne ne vous entendra crier...

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