Réconfort auprès de la Vosgienne

Publié le par Ludo

Je devais avoir dix ans quand je pris pour la première fois le train seul. J’étais remonté avec mes soeurs sur Paris afin de passer quelques jours chez elles. C’était le printemps et j’avais promis à ma mère de préparer mon examen de violon qui allait avoir lieu quelques semaines plus tard. J’avais passé un excellent moment chez mes deux frangines qui m’avaient hébergé à tour de rôle et, il faut bien l’admettre, je n’avais pas beaucoup sorti l’instrument à corde de son étui... L’heure du retour avait sonné et j’embarquai un peu anxieux dans ce train corail après que l’une d’entre elle m’ait accompagné jusqu’à la gare d’Austerlitz. On m’avait donné des consignes claires : « Tu ne t’endors pas, cela ne dure qu’une heure. Tu descends à Orléans. ».

Après une demi-heure de trajet, je commençai à trouver cela louche : le train avait effectué une halte à un arrêt dont personne ne m’avait parlé, celui d’Etampes. Le nom m’était cependant familier et j’en déduisis que la localité devait se trouver entre Paris et Orléans. Une bonne demi-heure plus tard, le haut-parleur annonça l’arrivée à une autre gare inconnue : Les Aubrais-Orléans. Cela sentait le piège, on m’avait bien spécifié de descendre à Orléans. Je supposai que le trajet arriverait bientôt à son terme et ma ville natale serait le prochain stop... Manque de bol, la SNCF et ses voies impénétrables (!) possèdent deux infrastructures à Orléans : Orléans (en plein centre ville et dans un cul de sac) et Les Aubrais-Orléans (en banlieue et qui sert de point de ralliement à différentes lignes), ce que j’ignorais complètement. Ainsi seule une partie des transports dessert la première.

Vingt minutes plus tard, je commençai doucement à paniquer.


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Mais quand arriverions-nous ? Comment se faisait-il que l’on n’annonce pas « Orléans » ? Et à dire vrai, qu’est-ce que le conducteur avait dit tout à l’heure ? Je n’avais entendu que la dernière syllabe de sa phrase « wa ».

Le train ralentit alors que nous nous approchions d’un nouvel arrêt qui à première vue ne ressemblait en rien à Orléans. La lecture du nom de la gare confirma que je ne m’étais pas trompé sur cette dernière syllabe : j’étais désormais à Blois. Qu’allais-je faire ? Descendre à un endroit inconnu ? Attendre que le train retourne vers l’est ? Je n’eus pas le temps de décider puisque la rame se remit en route. Damned... Il me fallait trouver un contrôleur pour lui demander conseil. Je parcourus alors plusieurs wagons sans succès, avant de tomber sur un plan du réseau SNCF. D’après mes judicieux calculs et ma logique implacable, le train pouvait très bien revenir sur Orléans après avoir effectué un demi-tour à... Blois. Mon optimisme inébranlable trouvait cela parfaitement plausible et si l’arrêt suivant n’était pas l’une des localités situées entre celle-ci et Orléans, je descendrais alors enfin du train...

Après être reparti de Blois, l’annonce tant attendue retentit : « Amboise, prochain arrêt », ce à quoi je répondis instantanément par « Et merde... ».

Chaque kilomètre parcouru à partir de ce moment-là devenait de plus en plus long et pénible. Beaucoup plus tard que mon horaire d’arrivée initial et une fois à Amboise, je fis part à mes parents par téléphone que je n’y avais rien compris et que je m’étais retrouvé dans cette ville à mon grand dam. L’attente allait être longue. Je décidai de noyer mon désespoir dans l’achat d’une boite de sucs des Vosges dans un distributeur. Il commençait à faire tard et le seul employé de la SNCF présent me demanda si tout allait bien. Je lui répondis que je m’étais trompé d’arrêt et qu’on venait me chercher. Il devait être près de 19h00 quand l’homme m’annonça qu’il devait fermer la gare. Plein de gentillesse et de patience, il ne m’abandonna pas et attendit en ma compagnie mon géniteur. Mon père débarqua enfin. La vision de votre serviteur tout penaud tenant de la main gauche le responsable de gare et de la droite mon violon est restée jusqu’à aujourd’hui dans sa mémoire et continue de bien le faire rigoler.

Durant les années qui ont suivi, je dus subir à chacun de mes trajets des vannes du genre « Bon et tu ne vas pas jusqu’à Amboise cette fois hein ! ». Je me vengeai une fois de cette injustice en faisant croire (quelques secondes) à ma mère dès mon arrivée à Paris que je me trouvais au commissariat de police de Bourges.

Publié dans Vieilles anecdotes

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