(1) Suzanne : Cette jeune fille de 21 ans apparut pour la première fois sur le petit écran en 2007 dans le jeu télévisé Quiz Hexagon II. Elle fait partie de cette nouvelle génération de tarento appelée obaka tarento お馬鹿タレント(personnalités de télévision bêtes). Très peu cultivée et très naïve, chacune des réponses qu’elle fournit durant le jeu se solde par des éclats rires des autres participants jamais découragés par le sourire et la bonne humeur dont elle fait toujours preuve. S’agit-il de son vrai faciès, joue t’elle un personnage ? C’est toujours délicat de le déterminer à la télévision japonaise mais les apparences semblent faire pencher la balance vers la première hypothèse. De toutes manières, son charisme est tel qu’on est prêt à tout lui pardonner. Il s’agit de l’une des célébrités les plus appréciées du moment (notamment par Naoko) sans doute parce qu’elle véhicule un message inédit dans ce pays : on peut échouer sans pour autant se sentir humilié ni perdre le sourire et on peut vivre sans pression à partir du moment où on a choisi cette voie. Plutôt étonnant dans une culture basée sur la persévérance et l’importance de gravir les échelons coûte que coûte.
(2) Jero : A première vue, ce chanteur ressemble à un typique rappeur américain avec T-shirt de basketball, pantalon large, casquette sur le côté. Il vient d’ailleurs tout droit du pays de l’Oncle Sam et connait le Japonais par sa grand-mère. Là où il étonne vraiment, c’est par son répertoire : l’enka qu’il interprète à la perfection. N’importe quel auditeur à la radio jurerait qu’il s’agit là d’un Japonais. Son succès ne se fit pas attendre et il fut catapulté au devant de la scène seulement quelques mois après son arrivée au Japon. Rares sont les artistes étrangers à avoir pu percer dans le monde de la musique (nous aurions pu citer l’excellent groupe de Canadiens résidents au Japon Monkey Majic) et jamais personne ne fut reconnu aussi rapidement par la profession, en particulier dans un genre aussi typique que l’enka.
(3) Wada Akiko : Cette vétérante de la chanson d’origine coréenne est réputée pour sa force. Cette montagne d’un mètre soixante-quatorze aux cheveux courts et à la voix assez grave apprécie grandement les soirées arrosées avec d’autres célébrités et n’hésite jamais à dire ce qu’elle a sur le coeur à la télévision. Elle anime Akko (son surnom) ni omakase アッコにおまかせoù sont débattues dans les détails les derniers potins du show-biz et apparait régulièrement dans d’autres programmes de variété. Au final on ne la voit chanter que quelques rares fois par an. Son tempérament à mille années-lumière de la Japonaise moyenne souvent effacée fait vraiment plaisir à voir.
(4) Shokotan : Dessinatrice de manga à l’origine, elle est surtout connue pour avoir été la première geek/otaku à devenir célèbre. Passionnée de dessins animés et de jeux-vidéo, elle fait office d’ambassadrice d’une partie de la population souvent mise à l’écart au Japon. Il faut aussi avouer que son physique avantageux a permis de faciliter cette tâche puisque jusque là, le geek de base faisait fuir les foules. Elle assume pleinement ses goûts même si elle s’est un peu assagie comme en témoignent ses apparitions dans des programmes de variété et une émission qu’elle coprésente qui consiste à envoyer une personnalité dans une destination de son choix pendant 24 heures, montre en main (où que ce soit dans le monde).
(5) Nakai Masahiro : Leader du boys band SMAP, il diffère de ses collègues par son sens de l’auto-dérision car contrairement à eux, il ne considère pas qu’il possède une belle voix, c’est le moins que l’on puisse dire. Si Nakai est très doué pour la danse, les vannes et pour présenter, il faut admettre qu’il chante comme une casserole et il fait souvent allusion à cette tare avec beaucoup d’esprit lors de ses émissions, en particulier l’excellente émission de variété Utaban. Peu de chanteurs (à vrai dire j’ai bien l’impression que c’est le seul) ont avoué jusque là ne pas avoir de talent et dieu sait qu’ils sont nombreux.
(6) Nakama Yukie : Originaire d’Okinawa et apparue à ma connaissance la première fois dans le film Ring Zéro, elle est parvenue à se démarquer des rôles de jeune fille timide pour entrer dans la comédie avec des séries cultes comme Trick ou Gokusen. Dans la première, elle formait un tandem avec l’irrésistible Abe Hiroshi et tous deux tentaient de démasquer des charlatans affirmant posséder des pouvoirs paranormaux, dans une ambiance comique et déjantée très raffraîchissante. Dans Gokusen, elle tenait (et tient encore) le rôle d’un professeur de lycée chargée d’une classe difficile tout en tentant de cacher son identité de descendante d’une grande lignée d’un clan de la pègre...
On la voit très régulièrement dans une multitude de publicités.
(7) Gussan (Yamaguchi Tomomitsu) : Contrairement à beaucoup d’autres comiques, il n’appartient à aucun duo et fonctionne tout seul. Il ne possède qu’une émission dédiée dans laquelle il se contente de se promener, de discuter avec des personnes rencontrées dans la rue et de déjeuner dans la moindre gargote. Le reste du temps, il participe à des jeux et des émissions comiques. Ses imitations très spécifiques l’ont rendu célèbre (bruitages divers, attitudes typiques relatives à différents métiers, animaux etc). Il est également très doué pour la chanson en imitant différents artistes à la perfection, voire même en les surpassant tellement sa voix demeure puissante. On peut admirer ses différentes facètes dans Lincoln tous les mardi à 22h.
(8) Downtown : Déjà présenté ici, ce duo de génies comiques tiennent les rennes de nombreux programmes comme Lincoln リンカーン (l’émission avec des comiques, par les comiques pour les comiques), Hey Hey Hey へいへいへい (variétés), Downtown DX ダウンタウンデラックス (où assistent différentes célébrités qui parlent de leur quotidien ou de leurs relations entre elles), et la légendaire Gaki no Tsukai ガキの使いやあらへんで. Et je ne parle pas des émissions qu’ils présentent séparément.
(9) Oota Hikaru : Appartenant au duo comique Bakushômondai 爆笑問題, il coprésente avec son accolyte l’une des très rares émissions politiques du pays. On y aborde ouvertement et sans faire dans la demi mesure, différents sujets d’actualité et, surtout, on s’y plaint du gouvernement. L’émission est découpée en deux parties. Elle démarre par un classement des dix problèmes qui ont le plus agacé les Japonais dans la semaine et se poursuit par un débat où deux camps composés d’hommes politiques, de spécialistes divers (économistes, enseignants etc.), d’intellectuels et de tarento s’affrontent. Le ton monte souvent mais tombe rarement dans les insultes. S’apercevoir que certains problèmes semblent intolérables aux yeux des Japonais, constater qu’il existe malgré tout un sens critique dans ce pays... Tout cela procure un bien fou.
(10) Ishibashi Takaaki : Encore un comique pour finir et pas des moindres. Appartenant au duo Tunnels トンネルズ, ce vétéran (un poil plus âgé que Downtown) s’occupent de deux excellentes émissions. La première, Tunnels no minasan no okage deshita トンネルズのみなさんのおかげでした, est constituée de sketchs et surtout de Kuwazukirai 食わず嫌い. Deux célébrités chaperonnées chacune par un membre de Tunnels présentent une liste de quatre aliments qu’elles vont déguster suivant l’ordre défini par l’adversaire. Le problème c’est que dans cette liste figure un met qu’elles détestent. Le but du jeu consiste donc à deviner lequel. Tout se joue alors sur les performances d’acteur des intéressés. Toujours drôle et subtile, on ne s’ennuie jamais. La deuxième émission, c’est Utaban うたばん, co-animée avec Nakai. Y sont invités des chanteurs, des groupes, des musiciens divers, mais aussi des comiques, des sportifs etc... Au final, on se retrouve devant un produit qui n’a rien à voir avec l’émission de variété classique. Ishibashi comme Nakai excellent dans l’art de déstabiliser leurs invités avec beaucoup d’humour. Les gags ou interventions du premier font souvent l’oeuvre d’un trucage en image de synthèse très réussi. On va par exemple l’apercevoir en train d’imiter un ours et il apparaîtra soudainement avec une fourrure et une forêt qui l’entoure, pendant une seconde...
Ishibashi mériterait enfin une médaille s’il a bien agi comme il l’aurait fait à Disneyland Tokyo dans le passé comme le prétend une légende urbaine. Lors d’une émission, il se serait tenu debout à côté d’une de ces mascottes ridicules de Mickey avec une tête démesurée. Dans un élan de dérision dont il a le secret, il tenta de retirer la fausse tête de la bête en disant « mais il y a un vieux type là-dedans ! ». Pour cet exploit il aurait été banni à vie du complexe. Légende ou non, on l’en croit bien capable et il mérite toute ma sympathie.
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