Dix choses supplémentaires qui ne nous manqueront pas quand nous ne serons plus profs

Publié le par Ludo & Naoko

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Et là vous me dîtes : « Hé ! Mais il triche ! Il en a déjà fait dix la semaine dernière ! ».  Si je me permets cette petite entorse à la règle des dix, c’est que pour une fois, le sujet nécessite un développement plus important, autrement dit : nous en avons gros sur la patate. Ceci étant dit, nous aborderons un autre sujet la semaine prochaine.

 

Les questions inintéressantes

Tous les ans, et en particulier en 2007 où le secrétaire de l’administration d’une de mes écoles se trouvaient assis en face de moi et souffrait de troubles de mémoire, on me pose les mêmes sempiternelles questions. Ma préférée reste la suivante : « quel temps fait-il en France en ce moment ? ». Je sais que cela ne vient pas d’une mauvaise intention au départ mais quand votre interlocuteur vous la pose plusieurs fois par mois… Vous avez aussi la classique : « Qu’est-ce que vous mangez tous les soirs ? ». Je ne comprends pas l’intérêt de me demander une telle chose. La réponse est évidente : « ça dépend » et las, je dois compléter en donnant quelques exemples de repas et en expliquant qu’avec Naoko c’est toujours très varié… Egalement très courant, ceci ressort souvent après que l’on ait distribué des friandises (biscuits, manju, sembei etc) dans la salle des profs : « Vous connaissez les sembei ? ». Cela m’irrite toujours. On sait que cela fait déjà un moment que je vis dans ce pays (près de dix ans maintenant). Comment diable pourrais je ne pas connaître ?

Tout cela ne m’ennuierait en vérité pas autant si cela n’intervenait pas précisément quand je suis en plein travail. Dieu sait combien je bénéficie de temps libre mais, curieusement personne ne me « dérange » pendant ces moments là.

 

Les événements

Le problème principal de l’école au Japon, c’est que toute l’année s’articule autour d’événements au détriment des cours. Dès le début en avril, on subit une cérémonie de début des cours et une cérémonie d’entrée pour les premières années. A la fin et au début de chaque trimestre une cérémonie célèbre la fin ou le début des cours d’ailleurs. En mai a lieu le voyage de fin d’études pour les sixièmes, en juin les championnats de basket et de football ainsi que le nettoyage de la piscine dont on ne se sert qu’en juillet. Comme son utilisation nécessite plus de temps (il faut se sécher, se changer etc), les cours sont souvent raccourcis. En septembre on se prépare pour la undôkai (et là encore les cours sont sacrifiés) qui aura lieu à la fin du mois ou au début du mois suivant un samedi ou un dimanche. En novembre c’est le festival culturel de l’école où tout le monde a préparé une pièce de théâtre et des chansons pendant le mois précédent. En décembre, les profs se déplacent dans chacun des foyers de leurs élèves pour discuter avec les parents (cela se déroule aussi en sens inverse pendant le troisième trimestre). En février, c’est au tour de la compétition de saut à la corde (que l’on prépare bien sûr un mois à l’avance), on accueille les petits de maternelle pour leur présenter les lieux avant qu’ils n’intègrent l’école l’année suivante, et on cire les parquets (ce qui implique bien sûr que les cours se terminent plus tôt). Enfin en mars, on prépare la cérémonie d’adieux aux sixièmes années (où toutes les autres classes ont préparé quelque chose) et la cérémonie de remise des diplômes (toujours aux sixièmes années où cette fois-ci les parents et quelques personnalités locales sont présentes).

Ajoutez tout un tas d’activités diverses comme la semaine des salutations (où tous les élèves et professeurs disent bonjour le matin à l’entrée de l’école à ceux qui arrivent et aux passants), la semaine du grand ménage, l’épreuve de marathon, les sorties en plein air etc. A la base, intégrer de nombreuses activités sportives et culturelles reste une très bonne idée à mon sens, mais là, on en abuse vraiment.

 

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Ceux qui n’écoutent jamais

Prenez le cours sur la famille où les élèves doivent mémoriser quelques mots (father, mother, etc). Après les avoir fait répéter plusieurs fois, je leur demande de préparer la présentation d’un membre de leur famille du genre « Ceci est mon frère Untel. Il a X ans. Il aime le chocolat ». Les feuilles sont déjà préparées et ils n’ont qu’à écrire en japonais les parties manquantes, mais tout doit être dit plus tard en anglais. Puis nous répétons tous ensemble en utilisant mon propre exemple et les volontaires se prêtent au jeu. S’ils buttent sur un mot, il est permis de souffler. Bref, avant d’écrire quoi que ce soit, je donne bien sûr quelques indications :

Moi : Vous pouvez présenter n’importe qui de votre famille mais il faut que ce soit un mot que l’on a appris. Donc ne parlez pas de votre cousin. Bien sûr, et J’INSISTE là-dessus, ne parlez pas non plus de votre animal de compagnie.

Eux (en chœur) : Oh zut…

Moi : Bah oui c’est comme ça. On ne présente que des êtres humains. Je répète : PAS DE CHIEN NI DE CHAT !

Et là ça ne loupe jamais…

Un élève : Est-ce qu’on peut présenter son chien ?

Suivi d’un autre : Les poissons rouges ça compte ?

 

Les virus

C’est une certitude. Quand je ne serais plus prof, je ne serai plus en contact avec autant d’enfants et ne serai plus obligé d’utiliser pendant autant de temps les transports en commun et donc, je ne tomberai pas malade dix fois par an.

 

Le stress de mars

Il y a quatre ans, alors que mon salaire était encore intéressant, je croyais que les contrats d’un an se renouvelaient sans problème. Hélas les années suivantes je compris que tout se jouait en mars et que rien n’était assuré. Face à la concurrence, mon entreprise a perdu plusieurs contrats avec des rectorats et afin de rester compétitive, a cru bon de proposer des profs bon marché. Il n’y a vraiment plus aucun avenir dans cette branche.

 

Les kanchô

J’admets ne pas en avoir souffert pendant deux ans mais leur souvenir reste bien présent à mon esprit. Le traumatisme m’a tellement marqué qu’inconsciemment je me débrouille toujours pour qu’aucun gamin ne puisse s’approcher de mon postérieur.

 

Les réunions du matin

Je vous renvoie ici.

 

Les musiques

Toutes les écoles primaires ponctuent les différents événements de la journée par des mélodies diverses : à l’arrivée des enfants le matin, pendant la préparation du repas, le ménage etc. Dans de nombreux établissements on fait appel à des musiques classiques, ou à des chansons de dessins animés connus comme Totoro. Parfois cependant, on a droit à de la soupe infâme : air jazzy au vibraphone en boucle pendant un quart d’heure, reprise douteuse easy-listening d’une chanson des Beatles etc. Souvent ces musiques sont utilisées plusieurs années d’affilée. J’ai pu vérifier la chose dans le passé.

 

La politique du cancre-roi

Avec des profs sans pouvoir et l’absence de redoublement, les cancres font ce qui leur plait. Rares sont les enseignants à leur dire quelque chose.

 

Les éternelles remises en question

Il arrive que la situation devienne hors de contrôle. Dans ce cas-là, on a l’impression que le temps se fige et on se demande ce qu’on fait là et pourquoi on enseigne l’anglais à des personnes qui s’en fichent complètement. On se trouve confronté à un choix : doit-on tenter de continuer en ignorant le bruit ? Doit-on pousser une bonne gueulante ? Ou doit-on quitter la salle ? Nous n’avons jamais opté pour la dernière option mais l’avons sérieusement envisagé plusieurs fois.

 

A suivre

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