Rions avec Shô-chan

Publié le par Ludo

Si Serge Gainsbourg avait été politicien au Japon, il aurait certainement ressemblé à M. Shôichi Nakagawa, ex-ministre des finances. Notre bougre n’a pas eu une semaine facile mais il nous a bien fait rigoler.

Tout a commencé lors d’une conférence de presse en marge du sommet  du G7 à Rome, dans laquelle il apparut en très mauvais état. Sous les yeux du monde entier, il afficha un visage bouffi et en sueur, ânonna à chacune de ses interventions, bailla à plusieurs reprises, lâcha quelques phrases sans aucun sens et dans les meilleurs moments, on le vit demander à un journaliste qui s’adressait à son voisin, responsable de la Banque du Japon, de répéter la question pensant qu’elle lui était adressée. Il sortit de sa léthargie pendant quelques secondes seulement, lorsqu’il se mit à paniquer en s’exclamant soudainement « Vous êtes où ? » quand un reporter lui posa une question : il regardait dans la direction opposée, mais son voisin, décidément très patient, lui indiqua la bonne.



Ces images furent reprises par les médias nippons et, très vite, les critiques fusèrent. Pour tout le monde, il était clair que le ministre était en état d’ébriété. Pour sa propre défense, Nakagawa affirma qu’il n’avait rien bu, qu’il avait un rhume et qu’il avait pris des médicaments trop forts. Le problème, c’est qu’avec sa réputation d’amateur d’alcool, notre homme n’en est pas à sa première prestation. Le 20 novembre 2008, lors d’un dîner en Espagne en compagnie du roi Juan Carlos et de la famille impériale japonaise, il but plus que de raison bien que sa femme lui sommât à plusieurs reprises d’arrêter. Il voulut s’entretenir avec le prince héritier au sujet des problèmes d’eau mais vu son état, on lui répondit que c’était impossible. Offusqué, il hurla « Ca va j’ai compris. Je m’en vais ! ».

Aux journalistes, il déclara plus tard : « Ben j’avais bu de l’alcool. J’ai peut-être dit que je m’en allais d’une grande voix. J’ai dû le dire, oui, d’une grande voix. A l’intérieur du palais hein… J’étais conscient de mon ivresse mais… Je me suis mal comporté, qui plus est dans un tel endroit. C’est à cause de l’alcool. C’est vraiment à cause de l’alcool. ».

Le 28 janvier 2009, lors d’une réunion de la Chambre des Députés, il fit 26 erreurs de lecture sur différents idéogrammes en disant des mots inexistants, des termes à la place d’autre ou en se trompant dans les chiffres. D’après le ministère des finances, ces erreurs étaient causées par l’état de santé de son ministre. Il avait, je vous le donne dans mille : « un rhume »… Notez bien que chez lui, les virus sont tenaces.

En ce qui concerne sa performance au G7, on apprit plus tard qu’il avait assisté à une entrevue avec une jolie journaliste (sic) avant la conférence et qu’il avait commandé du vin !

Analysons l’hypothèse suivante : il n’en a bu qu’un petit peu et était vraiment enrhumé. Pourquoi diable aurait-il mélangé médicament et alcool ? Et s’il avait vraiment été malade, pourquoi a-t-il  répondu à une entrevue et assisté à une conférence de presse ? Il aurait dû se faire remplacer mais ne l’a pas fait. L'histoire devint plus cocace encore quand on apprit qu’il se donna la peine de visiter le Vatican pendant deux heures à l’issue de cette conférence. Il se conduisit plus mal encore en allant toucher une sculpture après avoir franchi une corde de sécurité, ce qui déclencha une alarme !

L’opposition fit pression sur le gouvernement pour que Shô-chan soit démis de ses fonctions et refusa de se rendre au parlement pour assister aux réunions. Le premier ministre Asô, dont la popularité ne cesse de s’effriter (9.7% d’opinions favorables avant cet événement et sans doute moins maintenant), céda finalement. Avant lui, seul le légendaire premier ministre Mori (dont quelques coups d’éclat sont racontés ici) avait fait mieux avec 5.7%. Je fais personnellement entièrement confiance à Asô pour aller plus loin encore. Nous en reparlerons sûrement dans un futur très proche.

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