« T » comme…

Publié le par Ludo

Après le « S » de shumi, voici le « T » de :

 

Tasshon たっしょん

 

Si l’on ne rencontre aucune déjection canine (ou presque) dans les rues, on ne peut pas dire que le Japon sente la rose non plus. Si la situation a légèrement changé depuis peu, je me souviens encore qu’il y a trois ans lorsque je me rendais à la gare de Nagoya pour prendre mon train, je devais effectuer de longues enjambées sur une distance de 40 mètres en apnée tellement l’odeur d’urine me prenait à la gorge. La cause reste floue : SDF, salaryman bourré comme un coing, ou ossan incontinent, je ne saurais dire…

Lorsque j’habitais à Juso, banlieue chaude d’Osaka en 1996, la gare prenait une toute allure à partir de 18h. Le quartier (situé à dix minutes de train omnibus), véritable jungle d’izakaya, de bars à hôtesses et de troquets louches attire chaque soir tous les salariés d’Osaka. Les restaurants ouvrant leur porte à 17h, il fallait attendre en général une heure avant de pouvoir apercevoir le premier type ivre-mort en train de se soulager dans une ruelle. Les environs devenaient alors un parcours du combattant où le piéton sobre tentait d’éviter les flaques de vomi et de liquide jaunâtre.

Les commerçants conscients du phénomène et las de nettoyer leur devanture à coup de karsher ont trouvé une parade partielle en collant des mini-représentations de porte de temple rouges en bas des murs. A moins d’avoir perdu toute raison, le sagouin classique renoncera à souiller un signe sacré et ira infecter un autre endroit.

Officiellement interdit par la loi, le tasshon たっしょん, abréviation de tachishonben立ち小便 (l’acte d’uriner debout ailleurs que dans les endroits prévu à cet effet) n’est pas prêt de disparaître. J’ai pu voir à plusieurs reprises, en pleine journée dans certains cas, des vieux sortir leur robinet pour l’ouvrir soit sur le mur d’un parking en retrait, soit derrière un véhicule de livraison, soit sur l’un des bacs à fleur qui sert de barrière entre les deux voies d’une même route (autrement dit le bougre ne se cachait pas vraiment).

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L’exemple le plus traumatisant reste celui du retraité dont le taux d’alcoolémie devait être si fort qu’on aurait pu le flamber sur place. Ayant terminé une journée de cours, j’attendais mon train sur le quai unique de cette petite gare de campagne. Une douzaine d’autres personnes faisaient de même. Soudain, une forme hirsute mais plutôt bien habillée fit son apparition en titubant au moindre de ses pas. Il se tourna tant bien que mal vers un poster publicitaire à quelques mètres de mes pieds et tout en tentant de garder son équilibre, il se mit à faire pleurer popol non sans laisser échapper quelques soupirs de soulagement (il devait chercher le bon poster pour pouvoir se libérer, j’imagine).

A quelques dizaines de mètre de chez moi se trouve un tunnel peu recommandable, baptisé le « tunnel glauque ».

Non seulement on a l’impression que l’on va se faire agresser à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, mais en plus il sent en permanence les odeurs les plus nauséabondes. Un jour je surpris un chauffeur de taxi en train de délimiter son territoire comme un bovin bourré à la bière. Je ne manquai pas de le traiter de dégueulasse. En y réfléchissant, j’avais souvent pu voir des taxis stationnés pendant des heures dans le tunnel alors que leur conducteur dormait à l’intérieur. Je comprends que des SDF ou des alcooliques se laissent aller de temps en temps mais des chauffeurs de taxi ??? Le prochain que je prends en flagrant délit aura sa photo dans Ougl !

Publié dans ABC