Knights of Ni

Publié le par Ludo

En avril dernier, alors que seuls quelques jours nous séparaient de notre retour en France, je décidai de bénéficier des faveurs du marché des devises pour échanger nos derniers billets japonais, chose qui nous avait été impossible quelques semaines plus tôt en raison d’un Euro trop fort.

Nous étions un mardi. Plutôt que d’aller en ville au siège de ma banque, j’optai pour une agence plus proche. N’étant pas persuadé que l’opération pourrait être effectuée, je pris soin de donner un coup de fil. Malheur ! Sur mes relevés de compte ou après maintes recherches sur la toile, il s’avérait que le numéro de téléphone de toute agence de cette banque demeurait le même : un bête numéro indigo. Passablement énervé, je me résouds à l’utiliser. Après quatre chiffres entrés indispensables à la navigation dans un menu curieusement architecturé, on me demanda d’entrer mon numéro de compte, puis mon mot de passe. Bien sûr, après huit ans de non-utilisation, je n’avais pas la moindre idée de ce fichu code. Je repris tout à zéro et fus vite agacé de voir qu’aucune option ne permettait de m’entretenir avec un opérateur. Pour une simple question du genre « est-il possible de changer des yens chez vous ? », je n’avais aucun moyen d’obtenir une réponse.

 

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Tout en grinçant des dents, j’abandonnai la banque pour essayer à la poste. Même problème : la poste locale allait-elle accomplir ce miracle ou était-il nécessaire d’aller en ville ?

La recherche d’un numéro de téléphone devint cette fois-ci beaucoup plus aisée et très vite, au bout de la troisième tentative j’entends, une employée daigna décrocher.

Moi : « Bonjour, je voulais savoir s’il était possible de changer des devises chez vous ? ».

L’employée : « Houlà ! Ben non alors ! »

Moi : « ... Bon c’est tout de même possible en ville non ? ».

Elle : « Ca dépend. C’est quoi comme devises ? »

Moi : « Des yens. »

Elle : « Des quoi ? »

Moi : « Des yens ! »

Elle : « Ho ben non ! Ca m’étonnerait qu’ils en prennent là-bas. »

Moi (comprenant que face à l’élite de la nation, on ne peut lutter) : « Bien je vous remercie, au revoir ».

Pour en avoir vraiment le coeur net, je contactai la poste centrale.

Mon interlocutrice : « Pas de problème monsieur, on vous les change sans problème à tel taux ».

Je me rendis donc en ville et demandai en toute curiosité à ma banque et tombai sur un sinistre employé dont l’austérité était inversement proportionnelle à sa sympathie.

Moi : « A combien vous achetez les yens ? »

Lui : « On ne les prend pas. »

Moi (complètement abasourdi) : « Vous ne les prenez pas ? Même si vous versez l’équivalent en euro sur mon compte ? ».

Lui (toujours aussi désagréable) : « Si, ça c’est possible ».

Moi (semblant jouer le rôle du légionnaire romain qui frappe à la porte d’une maison dans Astérix en Corse et qui se voit demander « Elle te plait ma soeur ? ») : « Bon, vous pouvez me changer ça alors ?... Dîtes c’est nouveau ce mode de fonctionnement ? »

Lui (plus froid qu’un crapaud congelé) : « Depuis l’Euro ».

Moi (choqué par cette logique implacable) : « ... »

Voilà, si j’ai opté pour cette banque, c’est uniquement parce que le taux pratiqué était identique à celui de la Poste et que l’argent était directement déposé sur mon compte mais la prochaine j’opterai à coup sûr pour la Poste (choisissez le plus grand bureau tout de même). A bon entendeur !

En huit ans, la France est parvenue à transformer un service simple et largement répandu, en quelque chose de compliqué et rare comme si on vous accusait d’avoir utilisé ou de vouloir utiliser de l’argent étranger...

 

NB : pour le titre, un petit coup d’oeil ici s’impose.

PS : non je n'ai pas essayé de changer des pièces.

Publié dans Back to the future