Transactions bancales

Publié le par Ludo

L’idée de départ restait assez simple : envoyer une certaine somme d’argent de mon compte français vers celui du père de Naoko. Finalement habitué au fonctionnement stupide des banques de l’Hexagone, je pris rendez-vous par téléphone avec ma conseillère. Les numéros de compte japonais ne possédant pas de numéro iban, toute transaction pose problème (c’était déjà le cas en sens inverse, mais une fois que la procédure était initialisée ou réinitialisée, tout se faisait très rapidement).

Le jour prévu, Josiane (nom fictif), nous accueillit donc dans son petit bureau.

Elle : « Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? ».

Moi : « Nous voudrions envoyer XXX yens au Japon » (au risque de me répéter, je vous en avais déjà parlé au téléphone)

Elle : « Ah, un instant s’il vous plait. »

Elle commence à tapoter sur son clavier d’ordinateur et met en route un logiciel avant de faire pivoter l’écran légèrement dans ma direction pour que je puisse voir. Je me rendis compte que cela fonctionnait sous Windows 98. Elle clique sur « pays » et s’affiche alors façon Google, une page avec plusieurs contrées commençant par « A ». Elle clique alors sur la page 7 et sortent alors des pays en « C ». Elle clique ensuite sur un numéro de page plus élevé : « F ». Reclic : « M ». Reclic en arrière : « G ».

Elle : « Mince j’espère qu’il y a le Japon ! »

Clic : « L ». Clic : « D » ! Clic : « O ». Dans ma tête, je me dis : « mais c’est pas vrai ! Elle ne connait pas l’alphabet !? ». Six clics plus tard, elle trouve enfin.

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Elle : « Bon vous voulez envoyer combien d’euros ? ».

Moi : « Je l’ignore mais ça doit impérativement être l’équivalent de XXX yens. »

Elle : « Mais on ne peut envoyer qu’en euro ! Vous ne savez pas combien ça fait en euros ? »

Moi : (non désolé je croyais que c’était votre boulot dans une banque) « Je sais combien ça fait au cours d’avant-hier mais pas au cours d’aujourd’hui. Vous devez avoir les cours du jour non ? ».

Elle : « Attendez je vais me renseigner... » Elle décroche alors son téléphone, compose un numéro et attend l’air bête les yeux vers le plafond. Personne ne répond... Elle rappelle. Toujours personne... Quand soudain, elle lance dans le vide une phrase complétement absurde qui restera jamais gravée dans ma mémoire : « De toute façon, on ne fait plus les virements à l’internationale ». Alors qu’elle recompose le numéro, je lui réponds après cinq secondes où j’analysai éberlué ce qu’elle m’avait dit : « Comment ça, vous ne faites plus les virements ??? Je ne comprends pas ». Le hasard faisant bien les choses, quelqu’un lui répond finalement au bout du fil et lui explique étape par étape comment procéder. Il faut rentrer dans l’autre menu, cliquer là et là etc. Pendant ce temps, je me prépare à gueuler un grand coup à lui balancer vert de rage « Mais on est dans une banque ici, oui ou non ? ». Voyant que les choses avancent, je me calme.

Elle me demande alors les coordonnées de la banque japonaise et le numéro de compte du père de Naoko. Et toujours comme si elle avait la situation bien en main depuis le début, procède au virement.

Alors que tout est rentré dans l’ordre, elle me demande : « Pourriez-vous m’écrire sur ce bout de papier votre numéro de téléphone. Au cas où le virement ne passerait pas, je pourrais vous contacter ». Attendez... Ma propre conseillère n’aurait pas dans une base de données mon numéro de téléphone ??? Si, certainement. Il s’agit juste d’une feignasse incompétente et illétrée.

Publié dans Back to the future