Dans l'enfer du kunkunsu

Publié le par Ludo

Suite (voir l’épisode précédent).

 

Nous avions encore sept heures devant nous. Nous commençâmes par inspecter les boutiques de duty free pendant une demi heure. On y trouvait des pandas en peluche, des robes chinoises aguicheuses, des calligraphies, des sceaux de signature faits sur place avec votre nom (ou quelque chose qui s’y rapproche phonétiquement) et un restaurant, le tout répétés trois fois sur trois cent mètres (avec trois fois les mêmes enseignes). Bien sûr tous les commerces n’étaient pas ouverts puisqu’ils fonctionnaient sur un système de rotation.

 

Commençant sérieusement à sentir la fatigue, nous rejoignîmes les bancs de notre satellite à la porte numéro 80 (je dis ça mais je ne me souviens plus du chiffre, tout ce que je sais, c’est qu’elle se situait à l’une des extrémités du terminal). Les sièges étaient en métal gris et sans coussin. Notre postérieur se plaignit d’ailleurs après dix minutes d’assise.

 

18h00 (heure locale). La faim se faisait pesante et nous prîmes place dans l’un des restaurant. On nous tendit un menu en japonais « Canada Dry » (ça ressemble à du japonais mais ça n’en est pas vraiment). Un peu poussé par la serveuse, nous choisîmes des ramen à la japonaise qui n’avaient pas grand-chose de nippon mais qui se dégustaient sans mal et remplissaient bien l’estomac. Une chose nous avait vraiment surpris et continue de nous étonner : il semblerait que le logo utilisé pour la devise chinoise soit le même que pour le yen (), ce qui ne manqua pas de nous faire croire que les prix pratiqués en Chine étaient vraiment très bas.

 

 
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Rassasiés, nous rejoignîmes nos bancs, bien décidés à piquer un roupillon salvateur.

 

Autour de nous, aucune âme qui vive. Et pourtant, il nous fut impossible de fermer l’œil : le responsable se prénomme « kunkunsu ». S’il y a un mot chinois que vous n’êtes pas prêt d’oublier à Shanghai-Pudong, c’est bien celui-là. Toutes les trois minutes, des haut-parleurs hurlent des annonces du genre « Ding dong. Votre attention s’il vous plait. Voici le dernier appel d’embarquement pour le vol Shanghai/Moscou MU595, MHU1095, AE33195, MS195 et XZ17895. Prière de vous rendre au plus vite à la porte 26. Merci. ». Sachant que chaque annonce est beuglée au moins en chinois et en anglais et qu’il ne s’agit jamais du « dernier appel », vous imaginez dans quel état de nerfs nous nous trouvions après sept heures de calvaire.

 

Sans doute à cause d’accords de coopération entre plusieurs compagnies aériennes et des agences de voyage, un avion pouvait avoir jusqu’à cinq numéros de vol. Le mot « vol » se disant « kunkunsu », nous avons préféré arrêter de le compter au bout d’un quart d’heure.

 

Parfois les voix enregistrées étaient interrompues par des annonces faites pas une hystérique qui, vu le nombre de décibels émis, devait avoir le micro dans les amygdales. Celle-ci était chargée d’appeler le nom des retardataires, dans un chinois guttural où l’on aurait juré que chaque son provenait d’une mélange de chanteur de death metal pour l’effet de saturation et d’idol japonaise. Je suis sûr que mêmes les autochtones ne pouvaient rien y comprendre. Quand cette furie faisait péter les enceintes en anglais, cela donnait une soupe toute aussi inaudible.

 

Heureusement que nous étions deux, car tout seul, je me serais bien tiré une balle, rien que pour avoir un peu de silence.

 

Quelques heures plus tard, personne ne nous avait encore rejoint.

 

 

 

A suivre

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