Décollage

Publié le par Ludo

Suite (voir épisodes précédents).

 

Nous pénétrâmes enfin dans le Mc Donnel Douglas avec l’infime espoir que la préposée aux transits nous ait adressé une place confortable. Comme au retour de France de ce début d’année, nous avions droit à deux sièges ultra étroits dans l’allée centrale qui en comprenait quatre. Soupir… A ma droite, une place vacante et un trentenaire chinois très propre sur lui.

Alors que des flots de passagers s’engouffraient dans l’appareil, je fus sidéré de la taille des bagages à main de certains : valises bourrées au maximum, sacs de bouffe pleins à craquer… Nous avons même noté la présence d’un carton qui contenait une cuiseuse de riz ! L’agitation allait crescendo et nous ne tardions pas à voir nos alentours envahis comme ce fut le cas dans le terminal plusieurs minutes plus tôt. Un type escalada l’accoudoir de Naoko pour pouvoir atteindre plus facilement le casier de rangement situé en hauteur et fit tomber une bouteille d’eau pleine sur la jambe de ma pauvre dulcinée. Aïeuh ! L’homme distrait s’excusa sur le champ en anglais, ce qui me fit tout drôle sur le coup : depuis notre arrivée en Chine, il devait s’agir de la première personne rencontrée à peu près polie.

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L’avion affichait plusieurs signes flagrants d’ancienneté : dossiers avant dépourvus d’écrans individuels, moquettes aux couleurs passées, parois en plastique blanc jauni et cendriers dans les accoudoirs.

Quelques instants avant le décollage, un écran descendit poussivement d’une trappe avec un mouvement si saccadé qu’on avait l’impression qu’il était manipulé à distance par un vieillard pris de spasmes et d’éternuements à la fois. Une vidéo, provenant apparemment d’une bande VHS de première génération qui avait dû servir un million de fois avant d’être copiée et réutilisée à son tour X fois nous fut présentée. Elle semblait expliquer les consignes de sécurité, mais le nombre incroyable de parasites et les sauts de l’image l’en empêchaient. A trois reprises, la projection fut coupée avant de reprendre avec une qualité médiocre mais supportable.

Nous assistâmes alors à un grand moment dans l’histoire du dessin animé. On y voyait une hôtesse de l’air aux cheveux courts dans un environnement réduit à sa plus simple expression (fauteuils et hublots), remuer mécaniquement les lèvres, le tout dans un design digne des années soixante et qui n’était pas sans rappeler certaines images de propagande. L’animation archaïque équivalait à celle d’une caméra de surveillance filmée par une webcam sous modem 56k. Je suis sûr qu’avec un champ plus éloigné, nous aurions pu apercevoir le type saisir les celluloïds. Faut-il croire qu’il était plus avantageux financièrement de créer un dessin animé plutôt que d’engager des hôtesses ?

A propos de ces dernières, nous fûmes estomaqués de voir qu’aucune ne savait parler anglais. Une seule exception : au moment où on nous servait le repas, on nous demanda de choisir entre Chinese et Western. Nous fîmes en réalité plus les frais de cette barrière linguistique à notre retour au Japon.

 

A suivre

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