四年生

Publié le par Ludo

Traditionnellement, les CM1, ou yonensei 四年生, me font passer les pires moments mais j’avoue avoir plus de mal cette année avec les CE2. D’ordinaire donc, on y retrouve la plus grande fainéantise, la pire anarchie et la plus mauvaise ambiance. Il est d’ailleurs amusant de constater que l’on tire les mêmes conclusions avec les deuxièmes années de collège (quatrièmes en France). Dans les deux cas, les élèves ne sont plus des petits qui viennent tout juste d’intégrer l’établissement et ils ne pâtissent pas encore du stress causé par leur dernière année avant d’intégrer une autre école à un niveau supérieur (le collège ou le lycée si vous avez bien saisi mon raisonnement).

Chez les filles, on commence à adopter une attitude rebelle et prétentieuse vis-à-vis de son entourage alors que les garçons, en plus d’être bruyant comme en CE2, deviennent malpolis.

Sur dix classes cette année, j’enseigne dans quatre classes pénibles dont une absolument infecte, ce qui, ma foi, demeure une situation nettement plus enviable que mes années passées en primaire où la quasi-totalité des yonensei était insupportable.

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Détaillons donc cette classe horrible.

Leur responsable, un instituteur toujours souriant mais jamais bavard, la cinquantaine passée, reste assis au fond de la pièce pendant toute la durée du cours. Il réagit toujours en paniquant, ce qui prouve qu’il n’écoute rien, quand je lui pose la question du jour, le point que nous sommes censés inculquer aux enfants en travaillant en équipe. Bien sûr dans la pratique, et cela reste valable pour 99% de mes leçons, j’officie seul, le professeur japonais servant de potiche. La plupart du temps, ces derniers font un minimum respecter la discipline ou demandent aux gamins de répéter ce que je viens de dire en se tenant debout à mes côtés. Pour notre homme, ce serait trop demander.

Comme il ne fait absolument rien, c’est à moi qu’incombe le rôle de flic, si bien que je vocifère sans arrêt pour me faire entendre. A cause de lui, je suis convaincu que les enfants me détestent et qu’ils détestent donc l’anglais.

Il existe également de très mauvais rapports entre les écoliers. C’était le cas autrefois aussi : les garçons refusaient de se mélanger aux filles, et vice-versa, quand je leur demandais de former des équipes. Cela devenait particulièrement délicat quand le prof était absent, chose pourtant illégale car, dénué de permis, je n’ai théoriquement pas le droit d’enseigner seul. Mais que voulez-vous faire, quand personne ne vous a prévenu et que vous avez démarré depuis un quart d’heure ? Désormais je ne me fais plus avoir, je demande explicitement à quelqu’un d’être présent à mes côtés, et tant pis s’il s’agit du principal.

Je me souviens d’une classe il y a quatre ans, tenue par un vieil homme muni d’un sonotone. Je ne sais s’il le coupait volontairement en ma présence mais il était vraiment sourd comme un pot, et il était impossible d’en tirer quoi que ce soit.

Revenons à notre classe infecte. Quand je leur demande de travailler en binôme, ils se groupent, non pas avec leur voisin de gauche ou de droite, mais avec celui qui se trouve plusieurs rangées derrière ou devant, tout ça parce qu’ils ne supportent pas les personnes dans leur périmètre direct ! Du coup plusieurs se retrouvent tout seul avec l’impossibilité de s’entraîner à répéter la phrase clé.

Face à ce spectacle, j’en touchai un mot au professeur qui demanda à l’un des élèves incriminés de se mettre avec son voisin. Le petit monstre lui répondit « d’accord » mais ne bougea pas un muscle. Le prof n’alla pas plus en avant et fit mine de parler ailleurs. Alors que de la vapeur s’échappait de mes oreilles, je haussai la voix. Tout le monde me regarda alors en silence.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette manière de former des paires ?! Vous ne seriez pas en train d’oublier quelque chose ?

Je montrai alors du doigt la devise qui était placardée en haut du tableau. Chaque classe possède la sienne et elle change chaque année. Elle disait : « Amitié, sourire, effort ». Le premier mot, la clé de voûte de cet ensemble était ainsi bafouée devant mes yeux. Je leur expliquai alors que dans ces conditions, non seulement l’atmosphère de la classe en souffrait lourdement mais en plus que beaucoup ne pouvaient pas se perfectionner en anglais. Alors que je réalisais mon sermon, l’un des fautifs du premier rang bavardait tout haut. J’élevai la voix d’un cran supérieur et fusillai du regard le gnome.

- C’est de toi que je parle, je te signale.

Le tout fut suivi d’une bonne minute de silence et de têtes baissées. Je m’attendais à ce que l’instituteur prenne le relais, mais non… Il resta cloué sur sa chaise sans rien dire.

Il n’encourage jamais ses ouailles à parler plus fort quand ceux-ci murmurent d’une voix qu’eux-mêmes sont incapables d’entendre lorsqu’ils sont interrogés en anglais. Le problème de la petite voix reste malheureusement commun à tous les CM1, y compris aux bons. Cet homme déteste à coup sûr l’anglais depuis son enfance. Il est vraiment regrettable que cela déteigne sur les enfants.

A suivre...

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