Horripilatoire

Publié le par Ludo

Soit, je n’appartiens pas à ceux qui vivent privés de fourrure. Je m’estime aussi fourni qu’un sanglier, de par ma francissitude toute gauloise. Comme beaucoup de mes compatriotes, je suis poilu comme un ours angora (espèce rare, j’en conviens). Je dois beaucoup de choses à mon paternel, en particulier sa toison corporelle.

 

Soit, les Asiatiques font parti d’une autre tranche de la population du globe : les imberbes. Avec une proportion de trois pelés pour un tondu, il prend à ces derniers trois semaines pour faire pousser une barbe de trois jours. Je pouffe toujours en apercevant de jeunes étudiants de fac avec un bouc chétif, aussi dense que des épines sur une rose. Parmi mes congénères japonais, beaucoup n’ont même pas besoin de se raser quotidiennement.

Je me sens toujours comme une bête curieuse après qu’une multitude de gamins aient aperçu le vison sur mes bras en été. « Oh du poil ! » s’écrient-ils tous, la bave aux lèvres avant de se précipiter pour tenter de caresser l’animal.
Généralement très énervé par tout contact trop prononcé avec des élèves, en particulier quand on m’exécute un kancho, je réagis un peu moins violemment quand on me prend pour un chat par un mouvement de recul et un « touche pas ! », ou quand certains entêtés persistent, je leur lance toujours un « pervers ! ».
Cela fait trois ans et demi que je subis les assauts répétés des fanatiques du poil, que ce soit en primaire ou au collège, il en est de même avec mes collègues étrangers. Je me serais bien passé de ce succès.
Cette hystérie puise ses sources dans la culture. Les monstres du folklore ressemblent souvent à Demis Roussos ou possèdent une chevelure maléfique. Certains héros vont même jusqu’à combattre avec leurs cheveux. Un dessin animé navrant de débilité destiné aux plus jeunes, « Boboboobo Boobobo » conte les exploits d’un homme dont l'arme secrète demeure ses poils de nez. Cette partie de l’anatomie, pour une raison qui m’échappe complètement, provoque des crises de fous rires chez tous les petits Nippons à sa simple évocation.
Jusqu’à peu, je pensais que cette fascination pour la pilosité ne se cantonnait qu’à l’âge bête.

 

La semaine dernière, alors que je quittai l’école et arpentait l’une des longues lignes droites qui mène à la station de métro, je vis sur ma droite une quinquagénaire s’évertuer à fixer le guidon du vélo d’une vieille dame. Je fis halte pour proposer mes services et après avoir resserré le tout, on me remercia chaleureusement. On me demanda si j’étais prof au collège du coin, d’où je venais, où j’habitais etc. Au moment où j’allais reprendre la route en effectuant les salutations d’usage, la grand-mère me toucha le bras gauche d’une manière qui en disait long sur sa curiosité et me dit : « oh là là, vous êtes poilus. C’est génial ». Je la remerciai tout en affichant un sourire coincé et pressai le pas pour rentrer chez moi.

 

Cette photo prise lors de l’Expo la semaine dernière, prouve mes dires. Le vélo taxi ayant eu du mal à démarrer, l’événement a attiré les regards de quelques badauds qui en me voyant n’ont pu s’empêcher de dire « Oh il est grand ! Dis, tu as vu tous ces poils ! ».

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Publié dans Ecoles