« E » comme… II

Publié le par Ludo

Après le « D » de Death Note, voici le « E » de :

 

Enka

 

Une dame d’âge mur se dirige au centre de la scène ceinturée de faux cerisiers en fleurs, un micro à la main. La musique se met en route : une introduction avec des violons dont toutes les notes semblent avoir déjà été entendues puisqu’on devine la fin de chacune de ses mesures. Puis la dame prend un air triste et se met à reprendre la mélodie esquissée à l’ouverture du morceau non pas en la suivant scrupuleusement mais en effectuant des distorsions de tonalité sur sa voix, comme si un accordeur de guitare réglait une corde tantôt trop haut, tantôt trop bas pour finir par trouver le ton juste, le tout en l’espace de trois secondes.

Voilà à quoi ressemble l’enka 演歌, la chanson japonaise.

Les sonorités de ce type de musique demeurent très facilement reconnaissables et une introduction pourrait facilement servir à plusieurs morceaux tellement on a l’impression qu’elles se ressemblent. D’ailleurs je jurerais qu’on nous pond les mêmes notes à chaque fois.

Les interprètes adoptent parfois des mines si dramatiques qu’on parierait qu’ils vont mourir de mélancolie comme des caliméros dépressifs. Fréquemment ces derniers essuient d’ailleurs une larme à la fin de leur prestation.

Chaque année, à la Saint Sylvestre, une émission de NHK bat tous les records d’audience : le kôhaku utagassen 紅白歌合戦. Deux équipes, une rouge et une blanche (kôhaku 紅白) composées de célébrités de la musique allant du groupe de rock, au boys’ band en passant par les chanteurs d’enka s’affrontent. Je me souviens de la seule fois où j’assistai à ce programme interminable, lors de ma toute première année au Japon en 1995. Ma famille d’accueil particulièrement friande d’enka applaudissait chaque entrée en scène de l’une des grandes figures du domaine et finissait par deux fois plus de frappage de paumes de main, suivis par des torrents de larme. Face à un tel spectacle, ma mâchoire s’en décrocha et je choisis de regagner ma chambre au bout d’un quart d’heure. Je vous rassure tout de suite, tous les Japonais ne sont pas comme ça et les amateurs d’enka n’éclatent pas tous en sanglots à chaque fin de chanson.

 

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PS : Howard, MP et Naoko ne chantaient pas d'enka à ce moment-là.

A suivre

Publié dans ABC