Les gyoza ne facilitent pas le transit

Publié le par Ludo

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Nous avions appris avec surprise quelques jours auparavant que les parents de Naoko puis son frère n’avaient pas eu à subir le cirque de l’entrée sur le territoire chinois puis de sa sortie comme cela avait été le cas à l’aller. On les avait considérés comme des voyageurs en transit normaux.

Décidé à ne passer laisser passer notre chance, je mis mes sens aux aguets afin de dénicher le moindre panneau indiquant « transfer ». Dès la sortie de l’avion, j’aperçus une pièce flanquée d’une pancarte avec cette appellation. Derrière la porte vitrée, un agent chinois soutenait son menton de sa paume avec les coudes sur le comptoir : bref il ne fichait absolument rien. Le plus poliment du monde, tentant d’oublier sa posture de cancre, ce genre même d’attitude à l’école qui me hérisse les poils à tel point que ma peau s’en décollerait, je lui demandai si c’était bien l’endroit pour effectuer la correspondance avec le prochain vol. Sans un mot et sans bouger autre chose que ses paupières et son index droit, il me désigna la porte d’entrée en me faisant ainsi signe d’aller me faire cuire un œuf. Nous suivîmes le flot de voyageurs, complètement décontenancés et tombâmes sur un nouveau comptoir de transit. Cette fois-ci, l’agent, aussi souriant qu’un croque-mort assemblant son propre cercueil avec du Léo Ferré en fond sonore, se tenait juste derrière la porte et en bloquait ainsi le passage. Avant même que je puisse prononcer quoi que ce soit, il me montra la direction à suivre avec autant de sympathie qu’un soldat vous accueillant dans un goulag. Caramba, encore raté !

Contraints de suivre le troupeau, nous commençâmes sérieusement à paniquer en voyant que nous nous rapprochions du grand hall de l’immigration, lieu où nous avions passé pour rien deux heures à l’aller. Nous ne bénéficions qu’un peu plus d’une heure et demi avant le décollage. Soudain une Chinoise attira notre attention de sa voix de crécelle rouillée : « Nagoya ! Tokyo ! Nagoya ! Tokyo ! ». Elle se trouvait juste en face du comptoir des transits où un mois plus tôt une responsable nous avait affirmé que nous devions passer la douane. Des files d’attente se formèrent devant les six agents (si l’on compte bien, cela faisait six fois plus que le personnel alloué pour l’aller et eux, parlaient un minimum d’anglais). La fiche que nous avions récupérée dans l’avion ne suffisait apparemment pas et nous dûmes en fournir deux autres (une étant la fameuse fiche bleue dont l’hôtesse ignorait l’existence). Une fois notre nouvelle carte d’embarquement en main, on nous fit emprunter un parcours inédit avec contrôle des bagages à main et vérification des passeports, sans oublier une quatrième fiche au cas où. Là encore, Naoko put passer en trois secondes. Je mis cinq minutes… Le douanier me regarda plusieurs fois comme si j’avais tué sa famille, scruta mes papiers dans tous les sens (il vérifia même la transparence des pages du passeport) puis me fit attendre alors qu’il regardait l’écran de son ordinateur… Nous étions juste en transit. N’était-ce pas un peu excessif ? Et puis pourquoi un tel acharnement sur ma personne ?

Nous nous retrouvâmes devant le satellite de notre prochain vol au bout de quarante minutes et il nous restait donc suffisamment de temps. Ouf…

L’aéroport de Shanghai-Pudong n’avait pas changé : les annonces étaient toujours aussi crève-tympan et les sièges toujours aussi inconfortables. Le temps passait et je me rendis compte que l’heure d’embarquement qui figurait sur un écran LCD avait été remplacée par « delayed ». Crotte de gnou ! Une demi-heure après l’heure prévue du décollage, des employés de China Eastern nous signalèrent que des boissons et des biscuits étaient à notre disposition gratuitement. Nous fûmes amusés de découvrir des petits beurres Danone (ou plutôt « Dano » si on lit à la japonaise les caractères figurant sur le paquet).

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Une heure plus tard, on nous fit signe de nous rendre à un autre point d’attente. Un casse-croûte était également au programme : des nouilles tièdes avec des légumes sans goût accompagnées de trois ou quatre gyoza. Lorsque je déguste un plat, j’ai la fâcheuse habitude de laisser ce que je préfère en dernier. Je mis donc de côté les gyoza et me forçai à ingurgiter le reste. Jamais je ne crus que je penserais cela, mais c’était nettement pire que ce qu’on avait à la cantine de mes écoles. Heureusement pensai-je, il me restait ces succulentes spécialités chinoises que sont les gyoza. J’en pris une bouchée et mon estomac fit un bond. Estomac bondissant, « raoul » au tournant. J’étouffai sur le champ ce goût infect de chair à saucisse industrielle tout juste dégelée par l’absorption de la moitié de ma bouteille de coca. Une autre bouchée et c’en était fini de la moquette sur trois mètres carré.

Avec trois heures et demi de retard, nous prîmes enfin place dans l’avion (le plus vétuste de tous ceux que nous avions pris jusque là) et décollâmes quelques instants plus tard.

Quelques heures plus tard, nous savourions notre retour à Nagoya malgré la chaleur : 20 degrés de différence avec ce curieux mois d’août que nous avions connu en France.

Nous fîmes le serment de ne plus jamais voyager avec China Eastern.

PS : Je tiens à adresser toute ma gratitude à ceux qui ont participé au sondage d'hier et à ceux qui ont pris la peine de s'exprimer via les commentaires. Ces derniers ont encore de beaux jours devant eux. Je continuerai à les modérer dans un premier temps. Merci à tous !

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