« H » comme… II

Publié le par Ludo

Après le « G » de gara, voici le « H » de :

 

Haken no hinkaku ハケンの品格

 

Début janvier 2007, Naoko et moi-même sommes tombés par hasard sur un nouveau feuilleton télévisé (un drama comme on dit ici) baptisé Haken no hinkaku ハケンの品格. Avec pour héroïne la belle Shinohara Ryôko, cette série dépeint les aventures d’employées intérimaires dans une entreprise. L’une, débutante manquant d’expérience, accumule gaffes sur gaffes et peine à s’acclimater avec ses collègues qui ne lui font guère de cadeaux, alors que la seconde, ultra-qualifiée, s’avère plus performante et efficace que les salariés de l’entreprise. Cette dernière, payée 3000 yens de l’heure, expédie en deux temps trois mouvements toute tâche qu’on lui donne : elle tape à une vitesse ahurissante sur son clavier, s’y connaît en informatique, sait découper dans les règles de l’art un thon entier, parle couramment russe, sait conduire une pelleteuse etc.

Image Hosted by ImageShack.us


On pourrait facilement qualifier la chose de caricature, mais là où la série prend tout son intérêt, c’est dans l’attitude de ses personnages. Les deux intérimaires font l’objet d’une sorte de discrimination au sein de la société du fait de leur statut. La débutante se fait plutôt exploiter, alors que l’autre, avec un sens de la répartie aiguisé et un regard tueur, ne se laisse pas faire. Mieux : elle arrive juste avant neuf heures le matin, quitte son bureau à midi pile pour la pause déjeuner et rentre chez elle à 18h pétantes. Dans un pays comme le Japon, un tel comportement reste mal vu même si les intérimaires n’ont aucune raison de rester plus longtemps. Les salariés normaux effectuent quotidiennement des heures supplémentaires (souvent non-rémunérées). Cela est dû parfois à la quantité de travail mais aussi à une question de rythme. Dans les écoles, on demande fréquemment aux profs à temps partiel d’aider un peu en restant un peu plus, même si cela ne leur rapporte rien et qu’ils n’ont pourtant rien à faire dans l’après-midi. Naoko vit ça tous les jours.

Pour ce qui est de la discrimination entre travailleurs à temps plein et les autres, j’ignore si cela se produit comme le feuilleton veut nous le laisser penser. J’en doute.

Quel message veut-on donc nous faire entendre ? Parmi les sponsors, on retrouve deux agences d’intérim. L’orientation de la série montre qu’on peut être bien payé en travaillant ainsi, être polyvalent et ne pas craindre le chômage à condition de persévérer. La novice, d’abord tentée d’abandonner sa mission en cours pour un poste mieux payé, renonce et reste finalement là où elle avait commencé, pour sa propre expérience. On chercherait à appâter des employés potentiels en les faisant rêver avec des horaires humains et l’absence de pression de la hiérarchie que l’on ne pourrait pas mieux s’y prendre.

Si cette pure propagande commerciale pouvait avoir un effet sur le monde du travail nippon, j’en serais ravi.

A suivre...

Publié dans ABC