Reparti pour un tour

Publié le par Ludo

Je viens de démarrer ce lundi une nouvelle année scolaire, sans doute la dernière en tant qu’ALT. Cela fait désormais cinq ans et demi que j’effectue ce boulot et je dois dire que cette année fut l’une des pires. Je ne reviendrais pas sur les élèves, la pire cuvée de primaires depuis mes débuts.

Ce cru 2006-2007 s’avéra dès le début infect quand le rectorat nous imposa un programme de cours complètement aberrant. Différents professeurs, curieusement tous japonais, avait été chargés au préalable de plancher sur une année en particulier (CE2, CM1, CM2 ou 6ème). En parallèle d’autres enseignants avaient préparé les imprimés destinés aux élèves et visiblement les deux parties ne s’étaient pas entendus sur la formule à adopter au final. Par exemple, si le programme stipulait une réponse par « No, it isn’t », les copies disaient « No, it is not ». Cela n’a l’air de rien comme ça mais c’est le détail qui change tout. Lors du premier cours sur ce problème, je dus lutter pour que mes brebis retiennent la première formule mais j’ignorais alors que pour un élève japonais de primaire, à fortiori dans une classe difficile, c’était mission impossible.

Là où le programme demeurait le plus inintéressant, c’était pour les CM2. Chacun de mes cours étaient répétés par l’instituteur la semaine suivante alors que je me trouvais dans une autre école. Donc un même sujet était expliqué deux fois. Pour les CM2, c’était vraiment rébarbatif. Prenons par exemple les parties du corps. Outre le vocabulaire à retenir, il y avait aussi la phrase « What is this ? » et sa réponse étrange « It’s a finger ». A moins d’en trouver un derrière une porte, je ne vois pas à quoi peu servir la chose. Après le cours de révision avec l’instit’, on en remettait une couche une troisième fois mais cette fois-ci avec « Is this a finger ? » et « Yes, it is/ No, it’s not », le tout ressassé une quatrième fois en mon absence… Ce manège fut appliqué de même pour les couleurs, les sports etc. jusqu’à la fin de l’année !

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Toutefois, la chose qui me fit pousser le plus de cris fut l’intégration systématique de chansons, pour TOUS les cours. Les chansons, à la base, je n’ai rien contre. Il n’y a d’ailleurs pas meilleur moyen pour apprendre l’alphabet. En revanche, perdre dix minutes d’un temps déjà compté à cet exercice me parait ridicule, surtout pour des gamins qui ne savent pas encore s’exprimer en anglais autrement que par des mots. La plupart des chansons choisies nécessitaient un niveau que j’estimais déjà élevé pour des collégiens, alors pour des primaires… Le vocabulaire n’y était pas évident et le rythme beaucoup trop rapide. Les chansons possèdent à mon sens un effet néfaste : elles vous font disparaître pour le reste de l’heure la concentration de la totalité des gamins. Une fois la musique en route, la classe se divise en deux groupes : une majorité regarde dans le vide en attendant que ça se passe et le reste se met à gesticuler et à brailler des mots avec une ressemblance de 5% avec les paroles. Une fois la musique arrêtée, il devient impossible de reprendre le contrôle à moins de pousser une gueulante. J’entends déjà certains lecteurs me dire que d’apprendre par la musique ce qu’ils viennent d’entendre de la bouche de leur professeur ne peut pas vraiment leur faire de mal. Le problème c’est que dans 80% des cas, les chansons de la journée n’avaient absolument aucun rapport avec la leçon ! Du coup, à l’exception d’une ou deux classes parmi mes 41 de l’année dernière (où les enseignants insistaient lourdement), je faisais l’impasse sur ces bêtises. Je dois dire que cela ne fut pas du goût de tous. Qu’est-ce qu’on a pu me pourrir la vie avec ces satanées chansons ! A mes débuts, je manquais clairement d’expérience et accueillais à bras ouverts tous les conseils que les collègues pouvaient me donner. Un an plus tard, tous encensaient mon travail (si si) et jamais on ne me fit une seule remarque sur mon travail. Or cette année, le tiers d’entre eux se plaignaient en plein milieu d’une cession car il remettait en cause continuellement mes méthodes pourtant éprouvées ailleurs (je vous renvoie à cet article).

Mon employeur perdit le contrat qui le liait avec ce rectorat à la fin du mois dernier. Une entreprise concurrente fut choisie car son offre demeurait plus intéressante financièrement. Tous mes collègues étrangers travaillant pour cette zone furent donc priés d’aller voir ailleurs alors qu’une proposition scandaleuse fut faite à certains : on a peut-être un boulot pour vous mais cela implique une baisse de salaire. Je refusai la première fois quand on me demanda si j’acceptais pour 76000 yens de moins. Deux semaines plus tard, n’ayant rien de tangible entre les mains, je disais oui à une deuxième offre à 50000 yens de moins.

Bref depuis lundi, j’ai changé de zone académique. J’officie toujours dans le primaire mais ce sera ma dernière année en tant que prof d’anglais. Je vous promets un article dans quelques mois à ce sujet.

Critiqué par les instituteurs, usé par les mômes turbulents et poignardé dans le dos par ma propre boîte, je garde donc un goût plus qu’amer de cette année scolaire. Une seule chose me réchauffe encore le cœur, les paroles d’une élève de CM2. Elle m’avoua qu’elle aimerait bien refaire le « même jeu » (un baccalauréat, la seule activité qui ne figurait pas au programme) la semaine prochaine parce qu’il était très amusant. Elle ignorait qu’il n’y avait plus d’autre cours. Elle me dit alors « bon ben l’année prochaine alors ». Je lui répondis que les chances pour que je revienne dans la même école étaient minces (sachant pertinemment que tout était perdu). Elle fit alors la moue en disant « je ne veux pas d’un autre prof. Parmi tous ceux que j’ai eus, vous êtes le meilleur. Les autres, ils se contentent de balancer du vocabulaire et ne sont pas drôles ». Les larmes à l’œil, je lui dis merci.

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