Fouiller dans Ougl

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Vieilles anecdotes

Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /Oct /2009 00:00

Je surfais tranquillement sur la toile assis confortablement dans le fauteuil de notre chambre à coucher quand soudain, un bruit énorme retentit et me fit sursauter. Quelque chose en verre semblait avoir explosé sous un impact inconnu à quelques mètres hors de la pièce. Je pensai tout de suite à la parois en verre de la salle de bain qui venait tout juste d’être posée mais un coup d’oeil rapide suffit à me faire comprendre que les dégats se trouvaient ailleurs. Je me rendis dans la chambre voisine et stupéfait, contemplai une myriade de bris de verre éparpillés sur toute la surface et vitre de la fenêtre présentait un trou d’une vingtaine de centimètres de diamètre. En faisant attention où je posais les pieds, je me mis en quête de l’objet qui avait provoqué la chose. Dans mon esprit, il devait s’agir d’une pierre bien que l’idée que quelqu’un s’aventure dans le jardin au-delà du portail pour la lancer vers une fenêtre du premier étage me semblait saugrenue. On pouvait également écarter l’hypothèse du coup de feu puisque je n’avais entendu aucune déflagration.

Ne trouvant rien, je descendis au rez-de-chaussée afin de me munir d’une balayette. De retour sur les lieux du crime, j’entendis un bruit très inquiétant : une sorte de râclement rapide mais bref provenant de sous le lit. Je commençai même à paniquer quand celui-ci se fit entendre de nouveau. La chose devait être énorme. Puis, tel un jouet mécanique dont on vient de remonter la manivelle, un oiseau de bonne taille apparut, encore KO du choc qu’il avait subi et tentant de fuir en ramant de ses ailes sur le sol. C’était une faisanne. La collision avait dû être terrible étant donné la répartition des bris de verre : on en voyait dans les quatre coins de la chambre, sur le lit et jusque dans le couloir. La bête saignait même légèrement du bec. Avec beaucoup de mal, je capturai l’animal qui bien décidé à fuir et récupérant de plus en plus vite ses forces, se débattait comme un forcené envoyant des gerbes de plumes à chaque mouvement. Avec fermeté mais en essayant de ne pas le blesser, je lui plaquai les ailes contre le corps et me rendis dehors pour le rendre à la nature. Le volatile ne demanda pas son reste et déguerpit d’un vol rapide et paniqué. Le ménage qui s’en suivit me demanda pas mal de temps.

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Question : mais pourquoi donc cette faisanne a t’elle choisi de défoncer un carreau de cette fenêtre ? Il s’agirait d’une grande baie vitrée, je comprendrais qu’un oiseau ait du mal à la voir mais là...
Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 00:00
Cette photo fut prise à Minô au nord d'Osaka en 1996. Dans ce petit coin de nature en montagne, les macaques déambulent en toute liberté et n'ont vraiment pas peur des touristes. C'est pendant cette prise que j'appris à mes dépends qu'il ne fallait pas regarder les plus gros spécimens dans les yeux ni leur montrer vos dents en souriant car ceux-ci le prennent très mal. Voici exactement la tête qu'il fit en poussant un cri très intimidant et en faisant mine de me bondir dessus.

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Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 00:00
Pendant deux semaines, pour cause de programme très chargé, vous profiterez chaque jour de vieilles photos ressorties de fonds de tiroir. Il s'agit de clichés d'anciens tirages sur papier pris avec mon Eos. La qualité n'est pas optimale et les couleurs ont vraiment perdues en intensité au fil du temps.
Dans cette première image prise à Nagaokakyô en banlieue de Kyôto pendant  ma deuxième année, on peut donc me voir accompagné de Howard lors de sa toute première venue au Japon. Cela ne nous rajeunit pas. Nous posons devant les accessoires utilisés pour la fête des garçons (dont le principal est une reproduction réduite d'un casque de samurai).
Ce cliché avait pour l'anecdote été réalisé avec l'un des tous premiers appareils photo numériques par le père de ma famille d'accueil et imprimé sur du papier classique, ce qui explique le manque de détails.
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Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 00:00

Cette histoire survenue il y a quelques mois à Naoko est à ranger dans la catégorie des révélations.

Cela faisait quelques semaines qu’elle venait de démarrer ses cours de français obligatoires. L’une de ses profs avait pour habitude de vérifier si ce qu’elle venait d’enseigner avait été bien compris par ses élèves et achevait chacune de ses explications par « Vous avez compris ou pas ? » ou encore « Ca va ou pas ? ». Je précise que ceci était demandé en toute gentillesse, il ne s’agissait pas d’un « ou pas » agressif.

Une fille d’origine russe était alors souvent assise à côté de Naoko et semblait vraiment éprouver des difficultés de compréhension. D’ailleurs quand la prof disait « Vous avez compris ou pas ? », elle la regardait toujours.

Ce n’est que bien plus tard que Naoko comprit que le nom de cette voisine n’était pas Mademoiselle Oupa.

 

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Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /Juin /2009 00:00

L’histoire du jour ne rentre pas à proprement parler dans la catégorie Vieilles Anecdotes puisqu’elle nous est survenue il y a deux mois.

Nous venions de commander une nouvelle télévision sur internet et recherchions un meuble capable de la supporter. La première boutique dans laquelle nous mîmes les pieds se trouvait en banlieue nord d’Orléans. Afin de préserver l’anonymat des différents protagonistes, nous la baptiserons « Mouche ».

Chez Mouche, donc, on peut admirer un large choix de meubles divers à prix très bas et, ma foi, plutôt attractifs dans l’ensemble. A dire vrai, nous ne nous étions pas attendus à tomber sur d’aussi jolis objets. Très vite, nos yeux tombèrent sur un splendide article design noir, d’apparence robuste et à la fois sobre et original. Le prix demeurait plus qu’honnête, il restait à savoir si le tout allait supporter le poids de la télévision. L’étiquette indiquait malheureusement un maximum de 15Kg. Insuffisant...

Nous parcourûmes les allées du magasin, revînmes sur nos pas pour revoir et inspecter dans de plus amples détails les caractéristiques de certains supports de TV et je remarquai que l’étiquette de l’un d’eux ne donnait aucune information quant à la charge maximale. Le meuble, quoique quelconque, avait le mérite d’afficher un prix très bas. Je me mis en quête d’un vendeur et après trois minutes de recherche tombai sur un quadragénaire qui semblait très occupé.

Moi : Bonjour. Je voudrais avoir quelques renseignements concernant l’un des articles qui se trouve à l’entrée...

Le quadragénaire : Oui. Bien sûr. Un instant s’il vous plait.

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Il appela alors un jeune vendeur qui ne devait dépasser ni les 18 ans, ni le mètre soixante.

Lui, très jovial, dynamique et poli : Qu’est-ce que je peux faire pour vous monsieur ?

Je lui fis part de mon problème et lui montrai l’objet en question. Il inspecta l’étiquette, puis, contre toute attente, s’assit sans pincette sur le meuble et commença à faire de petits sauts comme le ferait un gamin en découvrant pour la première fois un matelas à ressort. Avec un applomb stupéfiant, il m’annonça tout fier : « Bon, regardez, ça a l’air d’aller non ? »

Moi, fasciné : « ... Oui.»

Lui, avec une conviction qui ne flanchait pas : « Ca a l’air solide. Regardez ! (il refit quelques bonds) Je pèse cinquante kilos et ça tient ! ».

Voyant que je traitais avec un professionnel, je lui répondit que j’allais réfléchir.

Nous trouvâmes finalement notre bonheur plus tard dans la journée chez Brute (afin de préserver leur anonymat, j’ai préféré changer le nom de cette enseigne).

 

NB : j’étais à court de poids mouche pour la photo, j’ai donc opté pour un poids coq et comme j’étais à court de poids coq, j’ai pris un poids faisan.

Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Lundi 20 avril 2009 1 20 /04 /Avr /2009 00:00

En mars 1997, Howard, le célèbre journaliste que l’on ne présente plus, venait me rendre visite pour la première fois au Japon. Il ne s’agissait encore que de ma deuxième année que je passais en tant qu’étudiant dans une université d’Osaka. Ma famille d’accueil habitait quant à elle dans une petite bourgade de la banlieue sud de Kyôto dans un endroit calme. Si Kyôto ne se trouvait guère loin, le centre d’Osaka ne se situait lui qu’à quarante minutes de train. Le plus long en réalité représentait le trajet à effectuer à pied de la gare jusqu’à mon domicile. Pourtant ces quinze minutes passaient très vite tant les lieux traversés faisaient plaisir aux yeux : vieilles maisons, petits jardins, et rizières. Quelques centaines de mètres avant d’arriver à bon port, il me fallait d’ailleurs complètement contourner l’une de ces dernières.

Howard et moi-même revenions ce jour-là justement d’Osaka et longions ce champs encore en friches en cette période de l’année. De loin, un élément étrange attira notre regard. Nous avions aperçu quelque chose de blanc en plein milieu et en contrebas par rapport à nous (les rizières se situent à un niveau inférieur par rapport à la route). A cette distance, je pensais d’abord qu’il s’agissait d’un bête sac en plastique mais la blancheur de la chose me rendit perplexe. Au fur et à mesure de notre approche, nous commençâmes à discerner l’intrus plus en détails : un bout de tissu blanc. Intrigués, nous pressâmes le pas et parvînmes au point le plus rapproché de l’objet à partir de la route. Moins d’une seconde fut nécessaire pour identifier l’inimaginable. C’était bien du tissu blanc mais sous la forme d’un énorme slip kangourou. Pire : l’entrejambe était maculé d’une grosse trace de pneu bien gras.

Nos cerveaux furent alors pris d’assaut par une multitude de questions :

Pourquoi dans une rizière ?

Quand ?

Qui ?

Et surtout : qu’était-il donc advenu de son propriétaire ? Avait-il repris la route à moitié nu ou avait-il remis un pantalon par dessus ? Une énigme qui ne cesse de nous hanter encore de nos jours...

 

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Imaginez la même chose mais sans les pousses de riz et avec un slip.

Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /Fév /2009 00:00

Il existe sur notre bonne vieille terre une substance pour laquelle je serais prêt à dire du bien des pigeons pendant cinq minutes, pour laquelle je vendrais père et mère, pour laquelle je cèderais un rein pour un prix raisonnable : juste pour en avoir un peu plus. A sa simple évocation, d’exquis frissons m’envahissent la moelle épinière tandis que je salive d’avance au plaisir que je pourrais ressentir. Quand on me la présente, j’oublie toute humanité et devient pire qu’une bête. Cette substance, c’est la glace. Ma constitution physique étant ce qu’elle est, vous comprendrez que je ne suis pas ce que l’on peut appeler un morfale en ce qui concerne la nourriture. Mais quand il s’agit de ce dessert divin, mon estomac subit une mutation digne de Hulk, qui se manifeste d’ailleurs par un gargouillis rauque dès qu’on évoque la chose, comme s’il décuplait de volume. Je ne déguste pas les crèmes glacées : je les fourre dans mon œsophage à grandes pelletées (puisque les petites cuillères ne m’apportent pas de satisfaction, je préfère les grandes, mais sachez que si ma bouche était capable de s’ouvrir comme celle d’un requin pèlerin j’utiliserais volontiers un tractopelle. D’ailleurs si on gavait les oies de glace pour la confection du foie gras, je signerais de bon gré pendant plusieurs cycles de réincarnation.

Lorsque j’étais petit, j’étais chargé de plusieurs petites tâches domestiques : mettre la table, la desservir, remplir la carafe d’eau et aller chercher le dessert… En cas de glace, il fallait d’abord que je descende au sous-sol où se trouvait le congélateur. Je dévalais toujours les marches de l’escalier comme un fou, impatient d’engloutir mon met préféré. Je ramenais une ou deux boites et ma mère distribuait les portions à toute la famille. Mon père et moi-même, en grands amateurs, bénéficions des plus grosses parts (oui c’est entièrement génétique) mais ce n’était jamais assez et nous réclamions toujours plus. Si nous obtenions certes toujours le petit surplus demandé, personnellement je n’étais jamais satisfait. Une fois les négociations terminées, je devais remettre les boites au congélateur. Cette deuxième descente restait toujours la plus traumatisante car je devais faire face à deux problèmes : 1- ma patience avait atteint ses limites et il fallait absolument que j’en fasse profiter mes papilles, 2- cela n’arriva que deux ou trois fois mais mes sœurs ou mes parents avaient osé me jouer un tour en me disant qu’ils avaient entamé un peu ma part pour goûter, c’était bien sûr une blague mais pour moi je n’avais aucun moyen de vérifier si c’était vrai ou non. Les parts n’avaient que rarement la forme de boules, il s’agissait plutôt de morceaux éparses empilés les uns sur les autres donc dans mon cerveau choqué, si c’était vrai, cela représentait le pire des sacrilèges mais si c’était faux, était-ce vraiment faux ? Bref, à cause de ce traumatisme, je mémorisai la forme de la glace dans ma coupe avant de redescendre les escaliers au galop et de les remonter en sautant un maximum de marches, à chaque fois. Aujourd’hui encore, la blessure ne s’est pas refermée et je reviens toujours à bout de souffle à table.

Autre avantage de mon patrimoine génétique, ma famille et moi-même ne sommes pas sujets à cette migraine soudaine et ponctuelle qui intervient chez la plupart des gens quand ils ingèrent quelque chose de très froid. Les Japonais utilisent l’expression kin to kuru キーンと来る (mot à mot : « ça fait kiin [à la tête] »).


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NB : comme je m’en suis plaint souvent, il est difficile de trouver au Japon dans les combini ou supermarchés des parfums variés et des pots qui ne ressemblent pas à des dés à coudre (dans notre voisinage on ne trouve quasiment plus des pots de 500 ml depuis un an et demi alors que les pots de 250 ml commencent à disparaître !). Imaginez l’enfer que je vie ici ! Je me rabats donc sur des Hershey’s vanille/amande pas trop mauvaises à 140 ml…

Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 00:00

La musique m’occupait déjà beaucoup mais je devais trouver un moyen de me dépenser vraiment, et c’est avec beaucoup d’intérêt que je démarrais mes premiers cours d’escrime vers l’âge de neuf ans. Pourquoi avoir choisi cette discipline plutôt qu’une autre ? Mes copains pratiquaient tous soit le football soit le judo. J’abhorrais le premier et je trouvais le deuxième peu esthétique. Le judo se résumait en effet à ceci : deux types avec des vêtements trop large sans arrêt par terre. L’escrime, de son côté, représentait le summum de la classe et le grand fan de Zorro que j’étais rêvait de combats épiques dans des escaliers de sublimes haciendas, sur des ponts de bateaux ou de parades ponctuées de grands éclats de rire et de sauts d’un balcon à l’autre à l’aide d’une corde servant d’attache à de gigantesques lustres... Pendant longtemps, je réclamais systématiquement comme cadeau de Noël ou d’anniversaire une panoplie du célèbre justicier masqué.


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Revêtu de l’uniforme blanc et de mon tout nouveau masque, je participai à ma première séance. Notre maître d’armes nous présenta brièvement les trois disciplines (fleuret, épée et sabre). Tous les apprentis doivent passer par le fleuret : l’arme la plus légère, la plus souple et celle où la zone de touche est la plus réduite puisqu’elle ne comprend que le buste de l’adversaire, sans les bras ni le dos. On nous tendit l’objet en nous expliquant comment le tenir puis notre professeur nous enseigna la posture adéquate : la main et le bras gauche relevés comme un dard de scorpion (pour les droitiers du moins), le bras tenant le fleuret plié mais pas trop et les jambes fléchies à l’extrême. Je n’avais jamais imaginé qu’il faille se tenir aussi bas sur ses gambettes. Cette position devenait très vite douloureuse après quelques minutes. Le maître d’arme insista beaucoup sur l’importance de garder nos jambes ainsi afin de permettre des déplacements rapides tout en gardant son équilibre. Nous nous tenions dans cette inconfortable position sur la même rangée tâchant de n’afficher aucun signe de douleur. Le maître poursuivit son interminable discours sur le côté primordial de l’équilibre et soudain, sans prévenir poussa de la paume de la main, mais sans forcer, le garçon situé le plus à gauche de la rangée. Pris en traître, il ne put rien faire et tituba vers sa gauche entraînant une chute de dominos mémorable dont je faisais partie. Nous avions compris le message...

Le lendemain, je commençai à ressentir de très vives courbatures dans les membres inférieures qui ne s’estompèrent qu’après quelques cours.

Ayant acquis un peu d’expérience, je fus en mesure de passer mon premier grade : le brassard jaune (que j’arborais par la suite avec fierté) et d’effectuer mes premières joutes en fleuret électrique. Celui-ci ne fournit aucune décharge à l’adversaire bien sûr. Il s’agit du dispositif que l’on utilise en compétition. On porte une sorte de cote de maille conductrice et on utilise un fleuret que l’on branche à un câble qui passe discrètement dans le gant puis dans la combinaison pour ressortir dans le dos et finit par rejoindre un rail situé en hauteur. En théorie il est impossible de tricher, mais dans la pratique il arrive souvent que certaines touches ne soient pas prises en compte ou soient considérées comme non valables. Ce n’est pourtant pas pour cette raison que je n’appréciais guère les "compèt'". Non ce qui m’énervait vraiment c’était l’inexistence d’esprit d’équipe. Tout le monde croisait le fer pour son compte et je ne me souviens à aucun moment avoir entendu quiconque supporter qui que ce soit. Certains adversaires étaient vraiment irritants. Je me souviens particulièrement de l’un d’entre eux, contre lequel je tombais malheureusement souvent pendant l’entraînement. Son uniforme virait vers le marron et à chaque début de combat, il donnait de petits coups de lame contre la mienne pendant plusieurs secondes, attendant que je craque et attaque en premier... Et une fois sur deux, il finissait par me contrer et m’avoir en plein dans le sternum. Si chaque extrémité d’une arme est dotée de ce qu’on appelle une mouche (une simple boule de plastique, sinon ce n’est pas propre), cela peut parfois faire mal, en particulier en plein milieu du sternum ou quand cela passe sous le masque pour atteindre le cou. A vrai dire, je garde de l’escrime beaucoup de souvenirs de douleur. Parmi ceux-ci je n’oublierai jamais les grands écarts forcés au sol ou cette séance de torture où on me plaça contre un mur et on me leva une jambe pour que je le touche du pied.

Après trois ans d’apprentissage, je me rendis à l’évidence : j’y prenais de moins en moins plaisir (le nombre de compétitions ne cessait d’augmenter), je finissais souvent tard exténué par les « marcher/romper » et conjuguer le tout avec mes activités musicales était devenu trop pesant. Je décidai donc d’arrêter. Dès les premières semaines, le côté spectacle à la Zorro n’était plus qu’un vieux rêve et ce sport s’était avéré en apparence bien plus rigide que je ne l’escomptais. Les joutes se réalisent sur une ligne et ne permettent aucun mouvement latéral et se jouent en quelques secondes si ce n’est moins. Les mouvements d’épées des films ne servaient donc à rien et dans la réalité le moindre pas de côté peut mettre en danger son propre équilibre et devenir fatal.

Pendant ma dernière année, j’eus l’honneur de participer au défilé de la fête de Jeanne d’Arc, l’événement le plus important de ma ville natale : Orléans. Nous prenions part au cortège en paradant fièrement avec un masque sous le bras gauche et le fleuret sur l’épaule droite et le bras tendu. Nous devions être une vingtaine, assez émus de marcher devant autant de personnes sur les quelques kilomètres du parcours. On nous avait offerts un casse-croûte et une boisson au préalable, et c’est l’estomac noué que nous attendîmes le signal pour que tous les participants, avec la représentante de Jeanne d’Arc en tête, se mettent en route.

Après quelques centaines de mètres, sentant que le trajet allait durer beaucoup plus longtemps que je ne l’imaginais, je renonçais à regarder les « civils » sur les côtés pour me concentrer sur les personnes situées devant moi, histoire aussi d’adopter une trajectoire plus rectiligne et un pas mieux rythmé. Dans mon champ de vision rempli du blanc immaculé de l’uniforme de mes compagnons, je notai la présence d’une teinte perturbatrice légèrement sur la droite. Intrigué, je tournai la tête pour constater que le postérieur de l’un des escrimeurs dénotait vraiment des autres. Le garçon, un poil plus âgé que moi, avait succombé au trac et s’était abandonné totalement en plombant son slip d’une matière peu adéquate dans une telle situation. A la vue du périmètre marron clair ainsi formé, j’en déduisis que la source du mal ne devait pas être des plus solides et que le pauvre n’avait pu contenir la fuite.

Compatissant dans un premier temps, j’eus par la suite du mal à masquer mon sourire et à en faire part discrètement mes voisins. Après une heure et demi de défilé, nous trouvions le spectacle moins drôle. Outre l’odeur devenue insupportable, nous finîmes par plaindre le fruit de nos moqueries. Il avait vécu la honte de sa vie et nous en avions été témoins.

 

Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /Juil /2008 00:00

Je faisais route tranquillement vers l’université d’Orléans afin de retrouver des amis sur le campus vers la fin des vacances d’été, il y a huit ans. Je roulais à bonne allure : 60 Km/h dans cette portion urbaine. Je venais de doubler d’autres véhicules sur la droite occupés à bifurquer. Soudain, une Peugeot 306 arriva à une vitesse hallucinante dans mon dos en me collant le plus possible. Voyant que je ne me repliais pas sur la droite, il se mit à faire des appels de phare et à klaxonner. Je ne pouvais pas me rabattre puisqu’un camion roulant à la même vitesse que moi m’en empêchait. Le fou se rapprocha plus encore de mon pare-choc. Je le vis gesticuler comme un pantin dans mon rétroviseur. J’appuyai alors à contrecoeur sur l’accélérateur afin de me placer à une distance sure du camion pour pouvoir me replier devant lui. Sans attendre, mon colle au train me doubla en me beuglant je ne sais quoi, je lui répondis par le tapotement de mon index sur la tempe. Il mit le pied au plancher, fit vrombir son petit moteur, prit plus de vitesse encore puis effectua un dérapage au frein à main sur les deux files pour bloquer la voie une dizaine de mètres plus loin. Je fus contraint de piler sec. La furie sortit de sa voiture, s’approcha de moi à grands pas, ouvrit violemment ma portière et me cria :

« Z’y va, qu’est-ce tu m’fais avec ton doigt-là sur la tête ! Tu m’cherches ? »

Stupéfait par cette merveille de la nature, j’en oubliai toute peur et complètement interloqué par son show à la Starsky & Hutch, je lui répondis sans un brin d’agressivité :

« Non... Un peu de calme ! ».

Certainement surpris de ma réponse et apparemment très pressé, il grommela quelque chose, regagna sa formule 1, repartit en vrombe et grilla le feu rouge quelques mètres plus loin...

A posteriori, je n’en reviens toujours pas. Je suis content de n’avoir pas montré de mécontentement ou de peur (ces sentiments arrivèrent cinq minutes en retard), ça aurait pu m’être néfaste.


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Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
Jeudi 26 juin 2008 4 26 /06 /Juin /2008 00:00

Fraîchement débarqué du Japon après deux ans passés à Osaka, je démarrais un stage de deux mois dans un château de la région. J’étais chargé de l’accueil des touristes pour une bonne partie de la journée et je tenais pour le reste la caisse de la boutique. Vers la fin de ce stage, on me proposa de devenir guide. Je potassai alors le texte qui servait de base à mes collègues, les suivis en pleine action et démarrai ma première visite. Cela me plut tellement que j’insistai pour en faire d’autres par la suite, tant et si bien que je devins guide pour de bon pendant les deux années suivantes.

Tout le château, y compris son parc, était libre d’accès. Seul le rez-de-chaussée n’était accessible que par visite guidée. Muni de la clé, je me rendais chaque heure à l’entrée du pavillon principal et sonnais la cloche. Une douzaine de visiteurs se pressaient alors et je démarrais mon office sur le parvis. Le parcours continuait dans le hall d’entrée pour se poursuivre dans le salon, la salle de billard, la chambre à coucher, la salle de bain et se terminait dans la salle à manger. Cela durait vingt minutes en moyenne.

Ce travail s’avérait très simple : il suffisait de paraître naturel, de plaisanter sans trop en rajouter et de faire en sorte qu’une blague que l’on raconte pour la centième fois ait l’air inédite. Je recevais des pourboires : 70 francs en moyenne par visite (en été) à raison de quatre ou cinq par jour. Mon record fut de 150 pour une visite et 300 pour la journée (en période de forte affluence).  En basse saison, les tarifs diminuaient considérablement. Je me souviens d’un samedi après-midi de novembre où absolument personne n’était venu au château. Il était 16h50 et on me fit signe que je pouvais rentrer vu qu’apparemment personne n’allait assister à la dernière visite à 17h00. A 16h55, un couple de retraités débarqua. Je reposai alors mon sac et me dirigeai vers la cloche. Ils n’avaient pas l’air de bonne humeur, je décidai donc de leur offrir le grand jeu avec des tonnes d’anecdotes, la présentation d’objets que je ne citais que rarement, et un grand sourire constant. A l’issue du parcours, ces deux vautours me remercièrent en me donnant dix centimes chacun (je parle en francs)... J’aurais préféré qu’ils ne me donnent rien. J’avais déjà obtenu des pièces jaunes en pourboire, essentiellement des enfants encouragés par leurs parents mais les plus pingres me donnaient au moins un ou deux francs.

Les comportements de vos spectateurs ne varient d’ailleurs pas énormément : les réactions comme les questions restent quasiment toujours les mêmes à un moment donné et on peut aisément les anticiper. Certaines attitudes se répètent invariablement d’une visite à l’autre : deux ou trois hommes vont faire mine de déjà tout connaître  et vont acquiescer sans arrêt ou ponctuer vos phrases par un « il a raison » qui manque autant de discrétion que d’humilité. D’autres en revanche, bien que plus rares, vont contredire absolument tout ce que vous dîtes mais ces derniers sont en général remis en place par le reste de la troupe. D’une manière générale on rencontre des gens agréables, intéressés, et très rarement des beaufs puisque ces derniers trouvent le billet d’entrée trop cher.


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Alors que je m’occupais de l’accueil un jour, un groupe de sept adultes arriva et une dame blonde aux cheveux courts s’en détacha. Elle se plaignit à voix haute et en me regardant : « Hé ben, c’est cher ! », trouvant les 40 francs au delà de ses moyens.

D’un ton toujours aussi vulgaire et alors que d’autres personnes attendaient sans geindre, elle continua : « Dîtes, on est un groupe de sept ! Vous nous faîtes entrer avec le prix de groupe hein (NDLudo : 20 francs) ?! ».

Moi : « Il faut être au moins 15 pour en bénéficier, désolé. Dans votre cas, c’est 40 francs. ».

Elle : « Vous faîtes pas des réducs pour les enseignants ? ».

Moi, de plus en plus agacé : « Non, désolé… Pourriez-vous vous décaler ? Des gens attendent derrière vous. » (un car venait d’arriver).

Elle, offusquée : « Mais vous avez un tarif à 35 francs là. Pourquoi vous nous faîtes pas entrer avec ? ».

Moi, n’en revenant pas de son culot : « Vous n’avez pas plus de soixante ans ? Vous n’êtes pas handicapée ? C’est 40 francs. Je ne peux rien faire pour vous. ».

Elle, excédée et cherchant toujours un moyen de truander : « Bon appelez moi le responsable. ».

Moi, amusé : « Pardon ? ».

Elle : « Oui vous m’avez entendu, appelez-moi le propriétaire du château. C’est inadmissible que l’on ne puisse pas rentrer. ».

Moi : « Je vais lui téléphoner mais je pense pas qu’il soit là aujourd’hui. En attendant, voudriez-vous vous décaler et laisser passer ceux qui sont derrière vous ? ». Les gens commençaient vraiment à grogner derrière...

Personne ne répondait au bout du fil.

Moi : « C’est bien ce que je pensais, il est absent. ».

Elle : « C’est quand même incroyable. On vient voir votre château là, on est prêt à payer mais vous refusez de nous laisser passer. C’est scandaleux. Alors c’est ça hein, vous vous croyez tellement important ! ».

Moi, sentant qu’elle avait dépassé les bornes : « Madame, et ce n’est pas la peine de me regarder comme ça, il y a des règles que tout le monde, excepté vous, accepte sans en faire d’histoire. Si vous trouvez cela trop cher, allez voir ailleurs mais vous constaterez que notre château n’est pas le plus mal loti. Soit vous sortez pour le vérifier, soit vous payez 40 francs. Vous m’exaspérez avec vos exigences et vous obstruez le passage depuis un quart d’heure. ». Mon coup de gueule fut à mon grand plaisir relayé par deux pères de famille.

Mouchée, elle s’éloigna du comptoir et attendit que la file d’attente diminue pour revenir à la charge.

Elle : « Et si on veut juste voir le parc, c’est combien ».

Moi, las : « C’est quarante francs ! Mais vous m’énervez tellement que je vais céder à votre culot. Vous pouvez entrer à 35 francs mais soyez bien consciente que je vous fais là une fleur. ».

Elle me tendit l’argent sans dire un mot, avec un regard tueur, puis s’achemina vers le château avec ses six acolytes...

Passer des heures à l’accueil ou en boutique pouvait rapidement devenir très ennuyeux et j’attendais avec impatience l’heure de la prochaine visite guidée. Ces visites restaient très similaires les unes par rapport aux autres, et dans les moments de fatigue, je ne me basais que sur les routines habituelles, comme mû par un radar. Cela ne produisait pas toujours les effets escomptés. Lors d’une très grosse visite, j’étais littéralement encerclé par des touristes. Alors que les vingt minutes arrivaient à leur terme, je commençais un peu à la bourre les explications de la salle à manger et, comme d’habitude, je fis machinalement un geste de la main pour montrer un service en argent authentique du XVIIe siècle situé dans mon dos... en oubliant justement que des personnes se trouvaient derrière moi. Je réussis à mettre deux doigts dans l’oeil d’un innocent et passai les trois minutes suivantes à m’excuser sous une pluie de rires. Nous passâmes également un bon moment quand je voulus enjamber la corde de sécurité pour présenter les différentes composantes du salon : je me pris bêtement le pied et me vautrai comme un crêpe sur la parquet. Cinq enfants en bas âge mirent un quart d’heure à s’en remettre.

Le meilleur souvenir que je garde des lieux reste l’anecdote survenue à une de mes collègues et grande amie, Marie-Thérèse, qui a vécu quelques printemps de plus que moi. Elle aimait parler de Marie-Thérèse d’Autriche pendant ses prestations. Le chocolat se prenait exclusivement en boisson à l’époque et on y ajoutait de nombreux épices. On raconte que l’infante raffolait de chocolat à tel point qu’elle se relevait parfois la nuit pour en boire. Lors d’une visite, ma collègue changea quelque peu la tournure de son discours et employa ces termes pour conclure cette petite histoire : « Marie-Thérèse d’Autriche se relevait la nuit pour boire son chocolat épicé ». A la fin de la visite, un homme vint lui parler : « Etes-vous conscience de ce que vous avez dit ou c’était juste un coïncidence ? ». Il fallut de plus amples explications pour qu’elle comprenne le jeu de mots involontaire qu’elle avait formulé.

Ce n’est qu’après être devenu professeur que je réalisai les similitudes frappantes entre mon métier actuel et celui de guide. Dans les deux cas, vous rencontrez plusieurs fois un groupe de personnes différentes auxquelles vous présentez les mêmes choses en tentant d’être le plus clair et le plus enthousiaste possible, et dans les deux cas, vous avez l’impression de jouer un personnage.

 

PS : La photo n’a qu’un rapport très mince avec cet article puisqu’il s’agit d’une guide profitant d’une pause à Ishigaki.

Par Ludo - Publié dans : Vieilles anecdotes
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