Les Japonais aiment quantifier la taille d’un individu de manières assez originales.
Prenons l’unité tôshin頭身, mot à mot « tête/corps ». Une personne normale
nipponne, atteint 7 tôshin, cela signifie que sa taille équivaut à sept fois celle de sa tête. Une personne de petite taille fera donc moins 6 ou moins alors qu’un modèle atteindra le
chiffre idéal de 8. Naoko affirme que je fais 10, mais j’en doute.
A l’école, lors des visites médicales, on mesure le zakô座高, la taille d’une personne
assise. Ceci n’est utilisé qu’exclusivement à l’école. Si vous avez l’occasion de discuter avec un écolier et que vous dépassez 1,80m, attendez-vous à ce que l’on vous demande votre tôshin et
votre zakô. Bonne chance pour répondre, en ce qui me concerne, je l’ignore encore.
Très usité, ce mot n’a rien de familier en japonais puisqu’il signifie bêtement « 7 ».
Mimi 耳
Ne veut pas dire « mignon » (puisque « mignon » se dit kawaii, je le rappelle) mais
« oreille ». Notez qu’il est possible d’avoir des oreilles mignonnes mais cela ne donnera en aucun cas « mimi mimi ».
Kanai 家内
Peu utilisé de nos jours par les jeunes (dont nous faisons partie si si), il veut dire « ma femme/épouse ». Si
on décortique les kanji, on se rend d’ailleurs compte de toute sa dimension misogyne : ka représente la maison et nai, l’intérieur. Celle qui est à la maison.
Samui 寒い
Et non pas « ça mouille » bien que la prononciation soit quasiment la même. Samui signifie « froid »,
« j’ai froid », « il fait froid » etc.
Girigiri ギリギリ
Aucun chatouillement ici. Cette onomatopée très courante peut être traduite par « au dernier moment », « à
la limite de ».
Miru fîyu ミルフィーユ
Il ne s’agit pas de 1000 filles mais du nom japonais retranscrit pauvrement en katakana d’une pâtisserie française bien
connue : le mille-feuilles.
Yamamoto 山本
Pour ceux qui n’ont jamais appris le Japonais, sachez que ce nom de famille existe bel et bien, qu’il signifie « le
pied de la montagne », et qu’on le retrouve fréquemment.
Calpis カルピス
Cette boisson blanche sucrée que l’on ne trouve qu’au Japon se prononce « cale-pisse » mais demeure tout à fait
potable. Elle provoque de plus amples sourires chez les anglophones pour qui sa sonorité se rapproche admirablement de « cow piss ».
Aircon エアコン
Souvenez-vous de cette image prise à Okinawa. C’est plutôt quand on ne l’utilise pas en été qu’on a l’air con.
Dans le même ordre d’esprit, il existait un héros de séries pour enfants dans les années 60 dont le nom aurait été
inexportable en France : Robokon.
Debiruman デビルマン
Voici un autre héros, mais de manga cette fois avec un nom à coucher dehors dans l’Hexagone. Un Francophone ne peut
s’empêcher d’entendre « debile-man ». Ce personnage ressemble à un diable (« devil » en anglais). Appliquez au mot « devil », un filtre katakana et vous obtenez
« debiru ».
Peu de gens, y compris au Japon, connaissent l’origine de ce mot. Karaoke vient de la contraction de kara
ôkesutora空オーケストラ (kara空 signifiant « vide » et ôkesutoraオーケストラ « orchestre »).
Quand on chante dans un karaoke on n’a effectivement pas besoin d’orchestre.
Joshiana 女子アナ
Joshi女子 signifie « fille ». C’est un mot utilisé fréquemment à l’école par
exemple. Anaアナ ne veut pas dire ici « trou », dieu merci, puisque c’est l’abbréviation d’anaunsâアナウンサー (announcer en
anglais), « commentateur » en français. Curieusement, dans l’audiovisuel, joshi fait référence aux femmes (adultes donc). Joshiana désigne donc les
commentatrices.
GW
Voici une abbréviation à l’Occidentale pour la Golden Week, cette semaine de jours fériés à cheval entre la fin avril et
début mai.
Kyabakura キャバクラ
Je vous avais déjà décrit une expérience dans l’un de ces endroits où l’argent part en fumée instantanément. C’est la contraction des mots kyabareキャバレ (« cabaret ») et kurabuクラブ (« club »), ce dernier ajoutant un côté plus select à l’ensemble.
Purikura プリクラ
Ici aussi, kuraクラ vient de kurabuクラブ (« club »)
alors que puriプリ vient de purintoプリント (print en anglais, « impression » en français). Il s’agit des petites photos sous
la forme de vignettes autocollantes dont nous avions parlées ici.
Gêsen ゲーセン
Fusion de gêmuゲーム (game en anglais) et de sentâセンター
(center en anglais), ce sont les salles de jeux d’arcade.
Sekuhara セクハラ
Celui-ci est beaucoup moins évident : il vient de sekusharuセクシャル (sexual en
anglais) et harasumentoハラスメント (harassment en anglais), le tout signifie « harcèlement sexuel ».
Risutora リストラ
Encore une abbréviation qui vient d’un mot anglais : restructuring (devenu risutorakucharinguリストラクチャリング). On comprend pourquoi on l’a bien volontiers raccourci. Si restructuring veut dire « restructuration » en français, il a prit directement le sens de
« licenciement » en japonais.
Pasokon パソコン
Plutôt que de dire PC, les Japonais disent pasokonパソコン, réunion des mots
pâsonaruパーソナル(personnal en anglais) et konpyûtaコンピュータ (computer en anglais).
Rimokon リモコン
Ce kon là diffère du précédent puisqu’il vient de kontorôruコントロール (control) et
rimo vient de rimôtoリモート (remote). Remote control en anglais = télécommande en français.
Ce mot n’a aucun sens en japonais mais fait penser à une onomatopée inconnue dont la sonorité fait curieusement sourire
tous ceux qui l’entendent.
Tchin-tchin
Presque tous les Japonais connaissent la façon de trinquer européenne mais comment ne pas réprimer un sourire quand ce
mot veut précisément dire en japonais (écrit chinchinチンチン) « zizi ».
Ca va
Cette expression bien gauloise demeure très proche de sabaサバ, le maquereau
japonais.
Ca caille
Ecrit Sakai 堺en japonais, il s’agit d’une localité au sud d’Osaka.
Cinq kilos
Difficile de croire, que cela désigne 5kg et non pas 3kg. En effet, pour trois kilos, un Japonais dit san
kiro三キロ.
Souris
Suriスリen japonais n’a rien d’un rongeur puisque ce mot veut dire
« pick-pocket ».
Soucis
Les Japonais n’en sont pas inquiétés, ils adorent même ça ! « Soucis » ressemble beaucoup à
sushi.
C’est quoi ça
Une expression facile à mémoriser puisqu’elle rappelle le petit agrume d’Okinawa, le shîkwâsâ.
Qu’est-ce que c’est
Avec un peu d’imagination il est vrai, on peut entendre ketsu kusê けつくせー, mot à mot « tu pues
du cul ».
La bretelle
Celle-ci est beaucoup moins connue. A dire vrai, je n’y ai été confronté qu’une seule fois avec une interlocutrice
japonaise. Celle-ci ne cessait de me parler en français d’un quartier louche de la ville : la rue de la Bretelle mais je n’en avais jamais ouÏ dire. Ce n’est que cinq minutes plus tard que
je compris : rue de la Bretelle, rue de labrotelle, rue de lab rotelle, rue de Love Hotel (rabu hoteruラブホテル). Les chances que vous prononciez « la
bretelle » dans une conversation demeurent minces, mais restez néanmoins prudents quand vous en parlez en présence de Japonais.
Les mêmes kanjis n’ont pas forcément le même sens en Chine et au Japon. Soyez prudents !
手紙
Ce mot se prononce tegami en japonais et signifie « lettre », « courrier ». En chine, vous aurez
beaucoup de mal à envoyer des tegami par la poste car cela veut dire « papier-toilette ».
走
Ici la différence est plus subtile. hashiru veut dire « courir » en japonais, alors qu’en chinois, c’est
« marcher ».
汽車
En Japonais : kisha, « train à vapeur ». En chinois : « automobile ».
切手
En japonais : kitte, « timbre ». En chinois, les kanjis gardent leur sens propre : « couper une
main ».
娘
S’il vous vient à l’idée de demander par écrit la main de la fille (musume en japonais) d’un chinois, n’employez pas ce
caractère car il veut dire « mère ».
先生
Sensei en japonais signifie « professeur », « maître » mais en chinois, veut dire
« monsieur ».
鮭
Soyez prévenus quand vous commandez ce poisson en Chine. Au Japon, c’est du saumon (saké) mais en Chine, c’est du
fugu.
愛人
Prononcé aijin en japonais, ce mot est synonyme de maîtresse (dans les relations extra-conjugales mais pas à l’école)
alors qu’en Chine, il prend un sens tout à fait respectable : « épouse ».
丈夫
Jôbu en japonais veut dire « solide » alors qu’en chinois cela veut dire « époux ».
外人
Ce mot plutôt péjoratif en japonais se dit gaijin et désigne les étrangers. En chinois, c’est beaucoup plus correct
puisque cela prend le sens de « personne extérieure au cercle familiale ».
Parmi la multitude de kanjis présents en japonais, certains ne s’oublient jamais. Voici donc une liste de quelques perles faciles à mémoriser.
休
A gauche du caractère, nous avons l’homme, qui lorsqu’il est un idéogramme à part entière s’écrit 人. A droite, nous avons l’arbre 木. Le tout veut simplement et logiquement dire « se reposer ».
森
Reprenons l’arbre木 et doublons-le pour obtenir 林 qui veut dire bois
(« un » bois et non pas « du » bois). Rajoutons 木 une troisième fois 森et cela signifie alors « forêt ».
姦
Dans le même ordre d’esprit que le précédent, nous avons un kanji, en l’occurence 女,
(« femme) répété trois fois. Le tout veut dire « bruyant ». Attention cependant car, possédant plusieurs sens, ce signe a très mauvaise connotation.
墨
En haut on peut voir 黒 qui désigne la couleur noire. En bas c’est 土, la
terre. Le tout veut dire encre.
晴
A gauche 日 : le soleil, le jour. A droite 青 : bleu. Combinons les
deux pour obtenir « beau temps ».
明
A gauche 日 : toujours le soleil, le jour. A droite 月 : la lune.
Le tout nous donne « clair ».
囚
Au milieu, et nous l’avions évoqué plus haut 人 : l’homme. Le pauvre est enfermé dans un
carré. Le tout signifie « prisonnier ».
男
En haut 田 : la rizière. En bas 力 : la force. Le tout ? Un
« garçon » bien sûr !
峠
Celui-ci se compose de trois parties. A gauche 山 : la montagne. En haut à droite, 上 veut dire « haut » tandis que la dernière partie en bas à droite 下 veut dire « bas ». Un endroit dans une montagne qui permet de monter et
de descendre... C’est un « col ».
歯
Le meilleur pour la fin. Celui-ci aussi est constitué de trois parties. En haut, 止 signifie
« arrêter ». 口 veut dire « bouche » tandis que 米 veut dire « riz ». « Qui arrête le riz dans la
bouche » ? Ce sont les « dents » !
Troisième et ultime système d’écriture, les kanjis représentent la plus grande difficulté de la langue japonaise. Nul ne sait précisemment leur nombre exacte. Mon
dictionnaire en recense 15000 mais certains évoquent des quantités bien plus élevées avec 50000 ou même 80000. Sachez que les lycéens sont tenus de connaître les jôyô kanjis 常用漢字, les 1945 caractères essentiels et qu’un Japonais moyen en connait entre 3000 et 4000. C’est toujours difficile de déterminer combien on en connait précisemment car le nombre de
ce que l’on sait lire n’a rien à voir avec celui de ce que l’on sait écrire. Depuis la propagation des traitements de texte et des téléphones portables, les Japonais ont perdu l’habitude de
réfléchir sur la manière dont on écrit tel ou tel kanji. Il suffit en effet de taper un mot en hiragana, d’appuyer sur une touche et on se voit offrir un choix de kanjis différents. Il faut donc
juste savoir lire.
Autre grande difficulté, qui différencie le japonais du chinois : quasiment tous les kanjis possèdent au moins deux
prononciations différentes. Ces différentes prononciations se classent dans deux catégories : on-yomi 音読み et kun-yomi 訓読み. La première
regroupe des sons dérivés du chinois et parfois encore assez proche de l’original tandis que la deuxième est rigoureusement propre au japonais. En général, mais les exceptions sont nombreuses, un
mot composé de deux kanjis utilisera les lectures on-yomi alors qu’un mot composé d’un seul utilisera la kun-yomi. Traditionnellement on écrit les prononciations on-yomi en katakana et les
kun-yomi en hiragana.
Voici quelques kanjis avec leurs lectures respectives. Le plus simple dans cette petite liste (et dans l’absolu)
一, ne se compose que d’un trait et signifie « un ». Le plus élaboré (mais il en existe des plus difficiles que malheureusement mon traitement de texte ne connait
pas) 鸛,
signifie « cigogne » et 28 traits ainsi que de bons yeux sont nécessaires pour le construire. Bien sûr leur écriture n’a rien d’alléatoire et suit un ordre de tracé unique. Nous verrons
demain quelques exemples poilants.
Comme pour le hiragana, il est possible de prolonger les voyelles ou de doubler les consonnes. Pour ces dernières, on
prend également un tsu de petite taille, mais cette fois-ci en katakana (ッ) que l’on colle devant la syllabe dont on veut doubler la consonne. Pour allonger les voyelles, tout devient par contre
beaucoup plus simple puisqu’il suffit d’ajouter un trait à la syllabe. Par exemple, pour écrire le son mâ, on prend ma マet on lui ajoute un trait de façon à obtenir マー. Idem
pour mî qui devient ミー, mû qui devient ムー etc.
Autre tour de passe-passe du katakana, on peut combiner des caractères pour parvenir à un son qui n’existe à l’origine en
japonais. Pour écrire va, on prend vu qui s’écrit u ウ avec deux petits traits (ヴ) et on lui ajoute un petit a (ヴァ). Jetez un coup d’oeil au tableau ci-dessous pour
connaître les autres possibilités.
Petite déception cependant, les combinaisons ne vont pas plus loin. N’oubliez pas qu’elles ne sont utilisées que pour
quelques mots étrangers, et encore avec une certaine réticence. Les personnes âgées ne les emploient pas par exemple.
On trouve ainsi quelques mots bizarrement prononcés : DVD se dit di bui di (le v tout seul est toujours
prononcé ainsi bien que la majorité des Japonais soient capables de dire vi), le détergent kabi (moisissure) Fighter se dit kabihaitâ, et combini, abbréviation
nipponne de convenience store ne se dit pas convini.
Dernier exercice. Saurez-vous lire les mots suivants ? Ce sont tous des mots issus de l’anglais.
Vous serez ravis d’apprendre que les règles de constructions des sons composés du hiragana s’appliquent exactement de la
même manière au katakana. Pour faire un da, on prend un ta auquel on ajoute deux petits traits. Pour faire un pa, on prend un ha auquel on ajoute un petit rond. Bref reportez-vous à cet article pour plus de détails.
Maintenant que vous avez presque toutes les cartes en main, saurez-vous, petites belettes espiègles, déchiffrer les mots
suivants ? Ce sont tous des noms de ville.
ベルリン
リスボン
ピョンヤン
パリ
ナイロビ
ロンドン
Résultats de la précédente édition. Il fallait lire dans l’ordre furansu (la France), itaria
(l’Italie), mekishiko (le Mexique), roshia (la Russie), monako (Monaco), amerika (les Etats-Unis).
Après le hiragana, abordons aujourd’hui le deuxième système
d’écriture. Le katakana est un alphabet syllabaire au même titre que le hiragana. Tous les sons du hiragana se retrouvent dans le katakana. Ce dernier est employé surtout pour la
retranscription des mots étrangers, des onomatopées ou des noms scientifiques. Pour les mots étrangers, il a su s’adapter puisqu’il existe, nous le verrons vendredi, des sons inexistants dans la
langue japonaise que l’on peut écrire en katakana.
Pour le moment vos petits yeux ébahis et admiratifs peuvent se jeter sur le tableau des sons de base. Vous remarquerez
certaines similitudes (parfois subtiles) avec le hiragana : pour le son ka (か devient カ), ki (き devient キ), se (せ devient セ), na (な devient ナ), ni (に devient ニ), he (へ devient ヘ), ri (り
devient リ).
Prenez garde aux syllabes qui se ressemblent : ku/ta ク/タ, shi/tsu シ/ツ, so/n ソ/ン, u/wa/fu ウ/ワ/フ, i/to イ/ト, su/nu ス/ヌ,
ma/mu マ/ム, ru/re ル/レ.
Saurez-vous, petits coquins, déchiffrer les mots suivants ? Ce sont tous des noms de pays.