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Lundi 12 mai 2008

Voir les épisodes précédents.

 

Je venais de reprendre les cours pour une nouvelle année scolaire, sans me douter que j’allais observer une nouvelle créature étonnante que je ne manquerais pas de faire figurer dans cette série.

Ce quinqagénaire à moitié chauve, vêtu d’habits de vacances, avait pris place en face de moi. Sans attendre, il fourra son index droit dans la narine droite, rien de bien extraordinaire jusque là, croyez-moi. J’ignore si le nombre de personnes s’adonnant à ce rite est élevé ou non mais je subis ce spectacle au moins trois fois par semaine ce qui ferait un grand nombre de coïncidences.

Notre homme se différenciait du cueilleur de raisins secs classique par l’acharnement dont il faisait preuve. Au moins deux phalanges de son index pêchait des berniques et le mouvement frénétique du doigt dans la narine faisait bouger son nez de telle manière qu’on avait l’impression d’assister à un spectacle de marionnettes. La réprésentation dura vingt minutes. Vingt minutes... Un temps où j’eus de multiples occasions de croiser son regard sans que cela ne le trouble outre-mesure.

Je fis tout mon possible pour ne pas assister au moment fatidique où ce spéléologue extirperait de la grotte son mol butin et attendis sagement qu’il repose ses deux mains sur les genoux pour poser à nouveau mes yeux sur lui. Il tenait désormais un petit carnet et prenait quelques notes. Mon esprit se tordit de rire à l’idée de ce qu’il écrivait : « Lundi 23 janvier. 7h25. Beau spécimen de calibre 5. Mi-dur à prolongement flasque. Vert pomme. Trois poils en prime. ».


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NB : la photo n'a aucun rapport avec la personne décrite ci-dessus. 

A suivre

par Ludo publié dans : Cas sociaux
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Mardi 22 avril 2008

Tous juste revenus de notre périple à Okinawa, Howard et moi-même laissâmes Naoko à la maison se reposer et entreprîmes une ballade au-delà de la gare de Nagoya. Aux abords de l’entrée du Kintetsu, on rencontre quelques musiciens, des vendeurs de bijoux en argent, des distributeurs de tracts et de mouchoirs en papier publicitaires et quelques créatures invraisemblables qui n’ont rien à envier à celles que l’on croise dans le train.


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Nous arpentions le trottoir : à notre gauche, la route et quelques voitures mal garées et à notre droite, une foule assez disparate. Toujours à notre gauche, quelques mètres devant nous, trois jeunes sortaient quelques cartons remplis de paquets de mouchoirs. Soudain, un homme surgit de la droite : la cinquantaine, casquette bleue marine, veste bon marché et sandales, tout en parlant avec quelqu’un qui était resté derrière lui. Notre attention n’aurait sans doute pas été troublée si notre homme en était resté là mais hélas, alors qu’il continuait sa trajectoire, il porta la main à sa braguette, en sortit un oiseau que je me serais bien gardé de voir et urina sans scrupule dans le caniveau à moins de deux mètres des trois jeunes et de nous-mêmes et dans une rue noire de monde ! Très fort.

par Ludo publié dans : Cas sociaux
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Lundi 21 avril 2008

Peut-être pas pour certains dessinateurs...

On déconseille aux locataires de cet immeuble de sortir leurs ordures la veille au soir car, notez bien, de méchants messieurs risquent d’y mettre le feu pour rigoler en serrant les dents. Paranoïa ? Je pense plutôt que, las de voir les gens n’en faire qu’à leur tête, on a jugé plus efficace d’utiliser la peur (avec des dessins rigolos histoire de ne traumatiser personne) que des excuses classiques comme « Les chats et les corbeaux profitent de la nuit pour ouvrir les sacs et répandre les ordures sur le bitume ». Pourquoi diable le Japon n’utilise t’il pas de bennes ?

 

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par Ludo publié dans : Cas sociaux
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Mercredi 16 avril 2008

Voir les épisodes précédents.

 

L’homme se différenciait des quadragénaires qui empruntent habituellement ce train par le port d’un pull sur une chemise, l’absence de veste et d’attaché-case et un bonnet qui lui couvrait les sourcils et une partie des lunettes, et ne laissait dépasser que les lobes des oreilles. Pour le reste, il faisait comme tout le monde une gueule de cent pieds de long, le fait qu’il se tenait debout ne devait en rien arranger son humeur. Nous venions d’arriver à la gare Truc et beaucoup de « joyeux lurons » quittèrent la rame et libérèrent ainsi quelques places. Notre lutin en pull se rua alors sur un étroit espace vacant et posa violemment son derrière tout en gratifiant son entourage du même faciès de mérou grognon. Comme pour imposer d’une manière plus convaincante sa présence et son ignorance flagrante des règles de bonne conduite en société, il se mit à rapatrier dans son gosier ce qui devait correspondre à une bonne semaine de crème nasale, non sans omettre quelques grumaux si je me fie à mon ouïe, par un reniflement porcin des plus féériques. Jusque là, si vous êtes un habitué d’Ougl, vous me direz « rien de plus normal ». Là où le sagouin se démarque des autres et justifie la rédaction d’un article à lui seul, c’est dans ce qui suivit : avec la même mine d’enterrement, il déglaira une flaque bien épaisse de glaviot entre ses deux pieds, comme ça, sur le sol d’un train assez rempli. Avec le même faciès indéridable, il balaya dans la seconde d’un coup de semelle latéral son méfait, histoire de dire « Ben ouais quoi, je suis un gros dégueulasse mais j’ai encore quelques principes ! ».


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NB : Pour une fois, la photo a un rapport avec l’article.

A suivre...

par Ludo publié dans : Cas sociaux
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Lundi 7 avril 2008

Voir les épisodes précédents.

 

L’énergumène dont je vais vous parler aujourd’hui attendait sur le quai d’une gare à proximité d’une de mes écoles. Il portait une veste légère violette bon marché, un jean et des baskets, et avait une cigarette au bec malgré l’interdiction de fumer. Cela s’explique en partie par l’absence de personnel dans cette gare isolée de campagne. Dès que je pris place sur le banc, il se tourna vers moi. Fatigué par une journée éprouvante de cinq classes atroces dans ma pire école, je n’en oubliais pas moins les civilités et le gratifiai d’un « bonjour » auquel il répondit. Il avait le visage assez marqué, des cheveux gras en bataille, une barbe naissante et une dentition de cheval. Il devait faire dans les 45 ans. Apparemment de bonne humeur, il décida de poursuivre le contact :

-         Vous allez jusqu’à Bidule ?

-         Non, je vais jusqu’à Nagoya.

-         Nagoya ! Hé ben, ça fait un sacré trajet jusqu’ici !

Dans 90% des cas, la conversation s’arrête à ce stade. Idéal quand on n’a pas envie de socialiser après avoir subi une journée de vacarme. Malheureusement, notre canasson crut bon d’en rajouter :

-         Moi je suis originaire d’ici.

Face à une révélation d’un tel manque d’intérêt et survenant de manière aussi soudaine, je me contentais de :

-         Ah ?

-         Oui, en fait je vis à Tokyo maintenant. Je suis en congé ici pour trois jours.

-         Ah ?

-         J’ai appelé mon boulot ce matin parce que j’étais malade mais en fait ça va mieux maintenant.

-        

Je profitai du silence pour prier très fort que le train arrive et qu’il s’arrête de parler pour de bon, sans trop d’illusion quand tout à coup il me demanda :

-         Vous avez deux femmes ?

Il avait aperçu mes deux bagues. Face à un tel culot, je me contentai de pouffer de rire :

-         Non je n’ai qu’une femme.

Puis il débuta son interrogatoire :

-         Vous avez quel âge ?

-         33 ans.

-         … Donc vous êtes né en 49 de l’ère Shôwa.

Ses capacités étonnantes de calcul me surprirent. Il n’est pas donné à tout le monde de retranscrire une date chrétienne en une date japonaise du premier coup. Je compris pourquoi.

-         Moi aussi j’ai 33 ans.

Alors là je n’en croyais pas mes yeux. Il fronça ensuite les sourcils :

-         Vous êtes étranger ?

Quelle perspicacité ! Plutôt que de lui avouer ma nationalité, j’acquiesçai.

Dix secondes plus tard, il revint à la charge avec une question que l’on ne m’avait jamais posée :

-         Vous êtes riche ?

A ce stade, je ne savais pas si j’avais à faire à un simple d’esprit, à un dangereux criminel prêt à m’agresser pour me soutirer mon portefeuille ou à un mélange des deux.

Je lui répondis par la négative quand son téléphone se mit à sonner. Il venait de recevoir un mail.

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Loin de vouloir garder la chose secrète, il se mit à crier :

-         Oh zut elle peut pas venir… Bon ben tant pis alors… Oui là je devais avoir un rencard avec trois nanas. Il n’y en aura que deux finalement…

-         Ah ? (notez à quel point cela me passionne)

-         Je leur ai déjà donné 500000 yens d’argent de poche.

Le fait de se retrouver avec trois filles paraissait déjà louche, surtout pour un bellâtre comme lui. Pourquoi en remettre une couche avec une somme d’argent incroyable ?

Il continua son monologue :

-         En fait j’ai déjà une copine et un boulot et tout. C’est juste que je suis tombé amoureux.

Il tritura son téléphone puis me le montra. Il affichait la photo d’une asiatique non-japonaise avec un décolleté provocateur.

-         Elle vient des Philippines. J’en suis dingue.

La pauvre fille, pensai-je. Combien de détraqués possède t’elle à sa botte ? L’arrivée inopinée de mon collègue Ian sur le quai me sortit de ma torpeur. Celui-ci me salua, me demanda de lui garder son sac pendant qu’il se rendait aux toilettes et dit bonjour au Don Juan. Quelques secondes après qu’il se soit absenté, le séducteur et ses gencives me demandèrent :

-         Vous êtes de quel pays ?

-         De France. Lui, il vient du Royaume-Uni.

-         Il a 33 ans aussi ?

-         Non il est plus jeune.

-         Noooon ! Moi, les étrangers, je n’y comprends rien.

Venant de sa part, cela me fit sourire, bien que le « Moi, les étrangers, je n’y comprends rien » m’irrita au plus haut point. Ian revint, prit place à mes côtés et nous commençâmes à discuter en anglais pendant une bonne minute quand soudain, venant de nulle part, la bouche du tokyoïte nous interrompit par ces mots :

-         Vous avez quel âge ?

Ian, décontenancé par le naturel auquel il faisait face, regarda autour de lui, croisa mon regard et celui de l’homme debout puis s’exécuta en japonais :

-         31 ans.

-         Ah ! C’est pas vrai ! Vous les faîtes pas du tout ! Vous faîtes vachement plus vieux !

A la fois choqué et amusé, il lui rétorqua avec ironie « merci ! ». Ayant ferré sa deuxième proie, l’homme que rien n’effraie voulut en savoir plus :

- Vous faites quoi comme boulot ?

- Nous enseignons l’anglais.

Je me gardai bien de lui dire que nous travaillions dans les écoles du coin.

-         Et ça doit payer beaucoup non ? Vous gagnez combien par mois ?

-         Désolé, ça, je ne vous le dirai pas.

Le train entra enfin en gare et une fois dans le wagon, nous prîmes la direction opposée du fou et j’en profitai pour expliquer toute l’affaire à mon collègue, tout en imaginant le bel article qui paraîtrait dans Ougl.

NB : la photo et l'article n'ont toujours aucun rapport.

A suivre...
par Ludo publié dans : Cas sociaux
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