Tifortou
Depuis mon plus jeune âge, que je date à huit ans et quatre mois, je n’ai jamais été très porté sur les boissons chaudes.
Avant de partir à l’école, je préférais le chocolat en poudre avec du lait froid. Ce liquide bovin m’avait toujours répugné quand, bouilli à l’extrême dans les marmites des cantines de colonies de vacances, il présentait une couche de peau de trois centimètres d’épaisseur et qu’il vous brûlait la langue, quel que soit le temps que vous patientiez avant de le boire.
Quant au café, ça n’a jamais été ma tasse de thé (!). En réalité, si je ne devais détester qu’un breuvage, il s’agirait bien de celui-là. Je situe précisément les origines de mon traumatisme au CP. Un élève turbulent répondant au nom de Johnny ne se sentait pas trop dans son assiette, ce matin-là. Alors que nous prenions place dans la salle de classe, un bruit épouvantable de lavabo qui se vide accompagné d’un « reeeeuuu » xénomorphique retentit. Les secondes qui suivirent, une odeur insupportable de café régurgité inondait la pièce pour en pourrir l’atmosphère pour la journée. Johnny avait ainsi montré à tout le monde les effets néfastes de l’arabica sur l’organisme d’un enfant.
Cette senteur nauséabonde me revient à l’esprit à chaque fois que j’aperçois une cafetière ou une tasse remplie de liquide noir.
Quand je mets pour la première fois les pieds dans une école, on m’apporte souvent une tasse de café sans me demander mon avis. J’accepte par politesse en expliquant mon dégoût de la chose, ce qui ne manque pas de provoquer la surprise de mon entourage : « Hein ? Quoi ? C’est pas possible ! Vous n’aimez pas le café ? Mais je rêêêveuh ! ».
Puisque l’on m’impose une boisson chaude, et ce même au plein cœur de l’été, je bois du thé vert. Très tonifiant quand il est bien préparé, son petit goût amer pourrait pousser les profanes à y rajouter du sucre, ce qui passerait pour une hérésie car les Japonais le prennent tel quel. Alors Maman, s’il te plaît, cesse d’y mettre du sucre ou du miel.
Selon les écoles dans lesquelles vous travaillez, vous avez droit à du thé de plusieurs intensités. Certains établissements vont vous offrir quelque chose dont le goût s’apparente à de l’eau chaude alors que d’autres vont vous apporter une tasse remplie d’un tord-boyaux qui vous décape l’œsophage et vous rend super actif pour la semaine, vous privant de sommeil et de jeux d’adresse comme le mikado, Jenga, les châteaux de cartes ou la fondue savoyarde.
