Raging Waters
Quelques semaines avant ma dix-septième année, je passai mon premier séjour aux Etats-Unis dans l’Utah. Ma famille d’accueil ne renonça jamais à me divertir en m’emmenant un peu partout, y compris dans les états voisins. Il faisait très chaud cet été là, c’était d’ailleurs la première fois que je pouvais vérifier les bienfaits de la climatisation dans les habitations. Pour contrer la canicule, nous nous rendîmes à l’aquasplash local, ce genre d’endroits ou on peut rire comme des fous dans d’immenses piscines à vague, descendre des rivières artificielles en chevauchant des bouées gigantesques, dévaler des toboggans interminables et aussi contracter de jolies verrues plantaires (pas dans mon cas heureusement). Fan des attractions de foire et grand amateur d’endroits hauts placés, deux toboggans attirèrent immédiatement mon attention. Celui de droite ressemblait à une courte sinusoïde ou une pente rapide remontait à la même hauteur ou presque que le point de départ, pour redescendre aussi vite de l’autre côté. Il était indispensable de peser un certain poids de manière à franchir le milieu du parcours, comprenez par là que seuls les gabarits américains moyens (plus de 1m50 au garrot) en étaient capables. Je me rabattis alors sur celui de gauche : une belle dénivelée, simple mais avec un angle surprenant. Pour emprunter l’un des deux slides, il fallait se munir au préalable d’un tapis bleu dont l’une des extrémités était repliée sur des poignées. Il fallait donc se saisir de celles-ci, s’allonger sur le tapis et descendre tête la première. A l’arrivée, un compteur indiquait la vitesse de chaque participant.
Beaucoup trop de personnes à mon goût montaient patiemment les marches qui menaient au sommet. Plus je m’en approchais et plus je commençais à angoisser, les cris de ceux qui redescendaient ne m’aidaient guère.
Mon ascension était presque à son terme. J’aperçus le point de départ. On y distinguait deux types de marques : des vertes placées près de la chute et des rouges dessinées un mètre derrière. Les premières étaient destinées aux débutants tandis que les rouges s’adressaient aux fous puisqu’il fallait prendre son élan. Assez casse-cou déjà, je voulus immédiatement bénéficier d’une vélocité maximale et portai mon choix sur les rouges. Mon tour arriva enfin. Dopé par une bonne poussée d’adrénaline, je pris une impulsion non pas sur les marques rouges mais cinquante centimètres supplémentaires en retrait. Je courus comme un fou, sautai comme un cabri et atterris assez douloureusement sur le tapis.
La suite se déroula en moins de deux secondes pendant lesquelles des images de ma trop courte existence défilaient dans ma tête : le sommet du toboggan demeurait bien plus plat que le reste et moins de deux mètres après avoir pris mon envol, j’eus l’impression de tomber en chute libre. La rapidité avec laquelle s’enchaîna la course me terrorisa. La pente reprit un angle plus humain vers le milieu et remonta même quelque peu pour devenir quasi-verticale par la suite. Ce point précis du trajet était alimenté par une arrivée d’eau placée en hauteur. Je n’avais pas prévu : 1- que l’eau allait me fouetter violemment le visage me faisant paniquer davantage et 2- que le stupide élan que j’avais pris allait me faire voler à trente centimètres de hauteur puis à deux mètres une fois que la pente redevenait abrupte. J’arrivais au bassin d’arrivée dans un superbe aquaplaning sur toute la longueur, pétrifié de peur. Le père de ma famille d’accueil me demanda si je voulais subir à nouveau cet enfer et m’aida à sortir. Complètement choqué, je mis plusieurs secondes avant de lui balbutier : « Non merci... Ca va. », jurant intérieurement de ne plus jamais recommencer.
PS : le toboggan ressemblait à ça, sisi, sans la glace.