Révélations
Qui n’a jamais connu ces grands moments de solitude où on se rend compte un beau jour que l’on s’était trompé sur toute la ligne depuis le début et que l’on désire avant tout que l’affaire ne s’ébruite pas ? Mais si, vous savez bien : ces minutes de honte où on se moque de vous en vous montrant du doigt sans que vous ne compreniez pourquoi, avant que l’on daigne enfin vous expliquer.
Voici un petit récapitulatif des plus belles révélations qu’il m’ait été données d’entendre ou de vivre.
Quoi ? Les frites sont des pommes de terre ? (moi en maternelle)
Ce plat que j’adorais quand j’étais petit (pour ensuite franchement me lasser plus tard) était donc cuisiné à partir de ce légume si ennuyeux !
Quoi ? La nourriture ingurgitée ne s’accumule pas dans le corps comme dans un récipient et la mort n’est pas causée par son remplissage à ras bord ? (moi toujours en maternelle)
J’ai mis du temps avant de faire le lien de cause à effet avec les moments passés aux toilettes.
Quoi ? Le caramel c’est du sucre ? (moi en primaire)
Pas évident, il faut l’admettre.
Quoi ? Les filles n’urinent pas par l’anus ? (moi au collège, oui je sais c’est tard)
Le fait qu’elles s’assoient à chaque fois m’avait trompé.
Quoi ? Le miel est fabriqué par les abeilles ? (Naoko en février)
Elle pensait que le miel était juste une partie des fleurs que les abeilles se contentaient de stocker dans leur ruche.
Quoi ? Les pingouins sont des oiseaux ? (Naoko en janvier)
Cette révélation provoqua chez moi un fou rire de vingt minutes. L’aspect lisse du plumage, le fait qu’ils se déplacent facilement dans l’eau, tout cela brouillait apparemment les pistes.
Quoi ? Sensei, vous êtes français ? (des élèves à chaque fin d’année)
Vous avez beau leur répéter plusieurs fois dans l’année d’où vous venez, leur montrer des photos de l’Hexagone etc., quelques-uns oublient toujours et pensent que vous venez d’Outre-Atlantique.
Quoi ? La Nouvelle-Zélande n’est pas à côté du Pôle Nord ? (Naoko, en 2007)
La géographie n’a jamais été son point fort. Elle confondait avec le Groenland.
Quoi ? On ne dit pas « en bonnet du forme » mais « en bonne et due forme » ? (moi au lycée)
Voilà pourquoi je trouvais cette expression sans queue ni tête !
Quoi ? On ne dit pas ginger orosu mais chinjaorosu ? (moi, en 2006)
Je n’avais jamais compris pourquoi le gingembre (ginger en anglais) était toujours absent de ce plat qui ressemble au chop suey et qui contient des pousses de bambou, de la viande de poulet et des poivrons. C’est parce qu’il n’y en a pas ...
Quoi ? On ne dit pas « cire humaine » mais « cérumen » ? (trois personnes sans aucun lien de parenté, jusqu’à maintenant)
La théorie de la cire humaine reste parfaitement plausible.
Quoi ? On ne dit pas déglutiner mais déglutir ? (mes parents à trois reprises)
La première fois, je les repris mais, convaincus d’avoir raison, ils ne lâchèrent pas le morceau et d’un ton triomphant m’invitèrent à regarder dans le dictionnaire, ce que je fis avec le sourire. La discussion se solda par un « ah ben mince alors ! » de leur part. La deuxième fois se produisit quelques années plus tard dans exactement les mêmes circonstances comme si nous n’en avions jamais débattu et se conclut par les mêmes mots. La troisième fois eut lieu il y a deux ans, de la même manière, me faisant vivre, encore, cette sensation de déjà vu. Si cela se produit à nouveau, je laisse un marque-page dans le dictionnaire avec le mot surligné en jaune fluo.
Quoi ? Les ramen se dégustent dans un bouillon ? (moi en 1995)
Lors de ma première année au Japon, je vécus dans trois familles d’accueil. La première, souvent absente le week-end, me laissait des nouilles instantanées pour le déjeuner. On m’expliqua brièvement que je devais faire bouillir de l’eau, en verser jusqu’au trait dans le récipient, y ajouter le contenu des différents sachets puis attendre trois minutes après avoir couvert le tout. Je n’avais jamais mangé de ramen auparavant et je fus surpris la première fois du volume d’eau restant et décidai de m’en débarrasser. Du coup, les fois suivantes, je mettais moins d’eau et continuais d’en jeter une partie. J’ignorais à l’époque que les ramen nagent toujours dans un bouillon que l’on se doit de savourer sous peine de manquer une grande partie du goût de ce plat.
Si vous avez des révélations à proposer, je vous invite à le faire par mail en cliquant sur le lien « contact » en bas de page (il est un peu difficile à repérer mais il est bien présent). Les plus drôles seront bien sûr publiées dans une prochaine édition.