Parfois la muse gueule, la muse ment et la muse est homme.
Depuis l’ouverture de ce blog le 8 mars dernier, vous êtes des milliers (on n’est pas à une virgule près) à me réclamer la signification de « La clanure des Pythostomiens ne s’enarquit pas de préduques ». Je présume que les autres milliers de lecteurs qui ne me posent pas la question s’imaginent que cette phrase reflète un sens trop compliqué pour être abordé en public dans n’importe quelle conversation mondaine. Quant aux deux qui affirment connaître la signification de cette phrase, il doit s’agir de deux décérébrés ou d’interprètes charlatans des centuries de Nostradamus (allez Paco R. je sais que tu en fais partie).
L’origine de cette maxime remonte à ma période journalistique (voir ici). Prendre la plume tous les jours peut parfois conduire à des pannes sèches. En ces moments où notre muse nous quitte pour aller boire un coup avec le limbique gauche, l’inspiration fait cruellement défaut. Combien de fois avons-nous parodié entre collègues cette scène admirable du Créateur, d’Albert Dupontel, qui plante un auteur de théâtre en proie aux démons de la rédaction. Pour résumer ce que je considère comme la meilleure représentation cinématographique d’une crise d’imagination, le héros cherche pendant des heures un début à sa pièce, les yeux fous devant son écran d’ordinateur. Lui vient ensuite une vague idée, sans doute la meilleure qu’il ait eu de la journée, en apercevant un portrait de Molière sur son bureau. Il commence donc à taper :
« Un Monsieur se promène, rencontre un autre monsieur ». Puis vient le titre : « Le Monsieur » suivi de la première tirade : « comment allez-vous Monsieur Tartuffe ? ».
Cette scène, nous la jouions à chaque fois que l’un de nous passait plusieurs minutes devant une page blanche de Word.
Un jour, je fus pris du mal et on ne tarda pas à me lancer : « ben tu pourrais commencer avec ça : Un monsieur se promène etc. ». Quelques minutes plus tard je commençais à rédiger quelques lignes sans âme mais qui remplissaient leur but informatif. Mon texte terminé, je me suis dit qu’il fallait que j’enjolive le tout par une pincée d’humour ou de non-sens. Nos oeuvres étaient d’abord vérifiées par notre secrétaire de rédaction puis vues une dernière fois par notre rédacteur en chef. Afin d’apporter un peu de piment dans une journée un peu morne, je crus de bon aloi de taquiner la première par un paragraphe qui ressemblait à peu près à ceci : « Avec un système de caméra déroutant et des contrôles aussi pratiques que ceux d’un hélicoptère pour une pieuvre avec des moufles, le dernier titre de Truc déçoit énormément. Comme quoi la clanure des Pythostomiens ne s’enarquit pas de préduques. ». Une demi-heure après avoir transmis les données, toujours aucune réponse. Finalement, contre toute attente, c’est mon rédac-chef qui vient vers moi, avec le Petit Robert dans une main et l’air si interloqué que je crus voir l’espace d’une seconde quelques points d’interrogation flotter au-dessus de lui. Il avait intercepté l’article en premier.
- J’ai regardé le premier mot dans le Larousse et dans le Petit Robert et j’ai rien trouvé. Pareil pour « Pythostomiens » et « s’enarquit ». Je n’y comprends rien.
Je lui expliquai alors qu’aucun des mots n’avait de sens et que je les avais tous inventés, à l’exception de « clanure » qui venait d’une fausse pub des Nuls.
La prochaine fois que je tombe en panne d’inspiration, je vous dirai pourquoi le site est vert et pas orange.
PS : cela m’a pris toute la journée pour trouver un titre valable et je n’ai rien trouvé de mieux, une vraie panne d’inspiration sur le mot « muse », un comble !