Petsec
Alors que nous nous retrouvions pour la première fois ensemble au Japon pendant les vacances de Noël, nous décidâmes de nous offrir un petit séjour au ski. Naoko avait pris soin au préalable de se munir d’une pile de brochures touristiques que nous épluchâmes en détails à la St Sylvestre. Nous avions trouvé plusieurs formules intéressantes et optâmes pour deux jours à Hakuba (départ le 4 au soir et retour le 6 en fin de journée), l’un des plus grands domaines skiables de la préfecture de Nagano. Anxieux à l’idée qu’on nous annonce que toutes les places étaient prises, nous donnâmes un coup de téléphone au standard de l’agence de voyage pour nous rendre compte qu’elle était fermée. Nous étions dimanche, qui plus est la veille de l’un des événements les plus importants au Japon : le Nouvel An (oshôgatsu). Intérieurement je refusais pourtant de croire qu’une entreprise nipponne réalisant une bonne part de ses profits à cette période soit fermée… Dépités nous commencions à imaginer un plan B. Le lendemain, Naoko entama des recherches en ligne et trouva un numéro de téléphone de l’agence qui ne figurait pas dans la brochure. Ce standard-là était ouvert toute l’année. Nous tombâmes sur une dame fort sympathique qui nous demanda d’envoyer un mail par l’intermédiaire de notre téléphone portable à une adresse donnée afin que l’on reçoive en retour les formalités de paiement. Nous avions choisi de payer via un combini. Plusieurs heures plus tard, toujours aucune nouvelle… Le lendemain, nous redonnâmes un coup de fil. La personne au bout demeurait nettement plus bourrue :
- Vous avez envoyé un mail à quelle adresse ?
- Nous l’avons envoyé à A@blabla.co.jp.
- Vous vous êtes trompés. C’était à B@blabla.co.jp qu’il fallait l’envoyer.
- Sans vouloir vous offenser en ce début d’année que nous vous souhaitons bonne et sans stress, il nous semble qu’on nous avait bien dit d’utiliser l’autre adresse.
- Vous avez dû mal comprendre.
Plutôt énervés, nous répétâmes l’opération avec les nouvelles coordonnées. Trois heures plus tard, toujours aucune réponse… Retéléphone.
- Bonjour, excusez-nous encore de vous déranger mais nous n’avons toujours aucune nouvelle et…
- Vous êtes sûrs que vous l’avez envoyé ?
- Oui, dès que vous nous en avez fait part. Auriez-vous l’extrême amabilité de vérifier s’il vous plait ?
- Ah effectivement, nous l’avons. Il est 14h45. Je vous envoie la réponse dans 15 min.
- Ah bon ? Merci ! Nous vous en sommes très rec…
- Tuut-tuut-tuut-tuut…
Deux heures plus tard nous n’avions toujours rien… Toujours patients, nous nous réveillâmes le lendemain avec la ferme intention de changer de moyen de paiement :
- Oui comme nous n’avons curieusement toujours rien reçu, nous souhaitons annuler le paiement par combini et effectuer un virement bancaire.
- Ecoutez, on vous l’a envoyé le mail.
Là une fumée s’échappa des narines de Naoko.
- Nous n’avons rien reçu depuis trois jours ! Nous sommes censés partir demain je vous rappelle.
- Bon donc vous souhaitez annulé le premier mode de paiement ?
- Gniii. Oui !
- C’est enregistré, au revoir…Tuut-tuut-tuut-tuut…
Depuis le début de l’affaire, j’avais l’impression que nous nous adressions à une standardiste française…
Après avoir réglé les derniers détails de notre court voyage, nous pûmes dormir sur nos deux oreilles et nous préparer pour le jour J. Vers 22h00, nous rejoignîmes la gare routière de Nagoya, chargés comme des baudets (deux sac-à-dos, mes skis, mon appareil photo plus un petit sac de casse-croûte pour la route). Là les bus se succédaient à un rythme industriel alors qu’une foule de jeunes, exclusivement des hommes, dont la moyenne d’âge devaient se situer autour de 19 ans (première année de fac) s'entassaient dans des allées déjà étroites. Le spectacle de cette nuée de chevelures teintées hirsutes grouillant sur des plates-formes de départ procurait un certain malaise. Je m’étais attendu à ce que beaucoup d’étudiants fassent partie du voyage mais de là à ce qu’il n’y ait aucune personne, ne serait-ce que deux ou trois ans plus âgées ni de femmes… Moi qui avait rêvé d’un trajet tranquille… Voilà que nous nous embarquions dans une ambiance de colonie de vacances. Dans un chaos innommable, nous récupérâmes notre billet et vers 23h10, prîmes place dans le car. Le véhicule répondait hélas aux normes rirriputiennes : normalement assis avec le derrière bien contre le dossier, mes genoux dépassaient ainsi. J’allais vivre six heures de calvaire.