Quatorzième entrevue

Publié le par Ludo

Après Ian, c’est au tour de Jean à qui nous devons déjà cet excellent article.

 

 

Présente-toi brièvement s’il te plait.

 

J’ai eu 30 ans cette année, et je suis monteur truquiste pour une chaîne de télévision sur l’économie, pour le Japon et pour l’Asie. Je vis à Tokyo depuis février 2006 (près de Shinagawa). Tout comme Ludo, je mesure 1,90m, et me cogne, des fois.

 

Qu’est-ce qui t’a amené au Japon ?

 

Le début de mon intérêt pour le Japon est banal, même peu glorieux. Tout est parti des jeux vidéo, puis des mangas et animés dont je suis devenu particulièrement accro au lycée. Mon idée du Japon était approximative, partielle, et centrée sur ces loisirs. Année après année, tout un tas de choses sont venues se greffer sur cette base de passion. Le cinéma japonais (classique), la cuisine, l’histoire, la culture, et progressivement le mode de pensée, mais tout était encore très approximatif.

En 2001, je me lance et je pars 3 semaines, aidé dans cette aventure par plusieurs copines japonaises rencontrées à Paris (ou je suis aller vivre et travailler dès 1999).

 

Qu’est-ce qui t’a le plus frappé à ton arrivée ?

 

L’ordre. Tout était nickel. Mon premier pas au Japon était à Nagoya, et je devais avoir embarqué à Roissy 1. Le contraste était saisissant. Certes, tout est bétonné, grisâtre, tristounet, mais au moins, tout semblait entretenu et était fonctionnel.

Un peu plus tard, la masse de tous ces gens partout qui vont et viennent m’a donné le tournis. Je me suis alors dit que j’étais content d’être venu en vacances, mais que je ne viendrais sûrement pas vivre ici.

 

Pourquoi avoir choisi de vivre à Tokyo ? Quels sont les avantages et inconvénients de cette ville ?

 

Ma femme, rencontrée lors de mon premier voyage, et qui m’a ensuite rejoint en France, est Tokyoïte. Donc, lors des 5 autres voyages qui ont précédé ma venue « définitive », mon Japon est devenu celui de Tokyo. J’ai commence à mieux m’y sentir, grâce à la vie en famille, et aux rencontres.

Dans l’absolu, Tokyo est le meilleur endroit pour moi puisque trouver du boulot dans ma branche (la télévision) en province relèverait de l’exploit, vu que je n’ai pas appris le japonais à l’école, et que ce n’est pas demain la veille que je serai parfaitement bilingue (au sens de « je capte tout et on m’admire quand je parle »), il me fallait un endroit où l’anglais ou le français pouvait aider.

En termes de vie, je trouve qu’il y a tout à Tokyo. Il y a des quartiers calmes, des stades, des moyens de locomotion pour aller n’importe où (on peut dire probablement la même chose des autres grandes villes, mais je veux dire que je n’ai pas ressenti le besoin d’aller voir ailleurs si l’herbe y était plus verte). Dans mon cas, j’ai eu la chance de rencontrer des gens très bien avec qui, faute de pouvoir parler au début, j’ai fait du basket. Certaines de ces personnes sont devenues des amis, et forment la base de mon intégration sociale ici.

Si nous devions aller vivre ailleurs, ce serait pour acheter une maison, avoir un jardin, et vivre dans un environnement humainement plus reposant que la mégalopole où nous sommes. Mais pour des raisons professionnelles, familiales, et sociales, ce n’est pas à l’ordre du jour.

D’autre part, en lisant les pages d’Ougl, je trouve que le Japon que décrit Ludo est fréquenté par bon nombre de paysans, de bouseux. J’ai grandi à la campagne, et le singulier manque de savoir-vivre campagnard m’a toujours ennuyé. J’aime la simplicité, mais pas le laisser-aller ou le je-m’en-foutisme.


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Si tu devais t’installer ailleurs au Japon, où irais-tu ?

 

Loin. Quitte à changer, au moins que ce soit radical. J’aimerais bien aller voir le nord du Japon, genre Akita. Mais je n’ai pas trop voyagé, alors c’est difficile de dire où je serais le mieux, mais pas le sud en tout cas, je n’aime pas la chaleur.

 

Quels sont selon toi les points positifs de ce pays ?

 

J’aime la sécurité. Ou plutôt, je ne supporte pas d’avoir besoin de me méfier de tout et de tout le monde. C’est la raison de ma haine de Paris, la violence permanente, partout, dans la manière de vivre.

Ensuite, les points forts et faibles du Japon sont étroitement liés. On ne peut pas avoir une majorité de gens disciplinés et respectueux des règlements sans en faire fatalement une armée de moutons. Leur gentillesse et avenance entraînent une forme un peu agaçante de naïveté, et de manque de personnalité. Bref, j’ai des fois envie de les prendre dans mes bras, et des fois de leur botter le derrière.

Je me plais ici parce qu’il n’y a pas de problème au quotidien, qu’on va où on veut, quand on veut, que le service est génial, que les choses banales de la vie sont faciles et facilitées au maximum. J’aime beaucoup aussi le fait qu’il soit facile de faire du sport, malgré le fait de vivre en ville. On trouve partout des gymnases, et des terrains de baseball.

 

Et les négatifs ?

 

Comme je l’ai dit dans la réponse précédente, ce côté troupeau ignare et sans conviction est un peu effrayant, des fois. Il y a aussi une grande hypocrisie dans les mœurs, entre le paraître et la réalité. Mais ce n’est pas spécifique au Japon, on trouve ça dans le monde entier, et ici aussi, donc.

En tant qu’étranger soucieux de s’intégrer, j’ai pris sur moi sur bon nombre de situations où ma logique et celle des Japonais sont différentes. Il y a cependant des cas où je refuse de céder, où la manière de faire en vigueur n’est pas bonne pour moi. Mais comme je ne suis pas là pour changer le Japon, je fais en sorte d’éviter de me retrouver dans les situations conflictuelles. A titre d’exemple, je ne supporte pas le concept même du reikin 礼金, le « cadeau » (pot-de-vin ou racket, plutôt) au propriétaire de l’appartement que l’on veut louer, donc je refuse tous ceux qui l’exigent. Heureusement, cette tradition tend à disparaître sur Tokyo.

Shibuya se trouvant au Japon, je considère cela comme un point négatif.

 

Trouve dix mots qui résument le mieux le Japon.

 

C’est beaucoup, 10 mots, en voila 5.

Sécurité, courage, acharnement, naïveté, gaspillage.

 

Quels sont tes loisirs ?

 

Je continue les jeux vidéo, mais assez gentiment, sans excès. Je regarde toujours pas mal de séries animées, mais souvent des classiques comme Touch ou Yamato.

En cinéma aussi, je suis bien plus amateur de vieux polars ou films de sabre des années 60 ou 70 que des nouveautés à la mode. Un bon film est un bon film, quelle que soit sa date de sortie.

Je fais aussi beaucoup de sport, du basket, mais aussi du baseball, que j’ai commencé en arrivant ici. Je ne suis pas un friand de compétitions, mais j’adore m’entraîner, tous les jours si je peux.

 

Un message aux lecteurs d’Ougl ?

 

Le Japon est un pays exigeant, qui demande de la maîtrise de soi et d’accepter les règles en vigueur. Je ressens de temps à autres que si les Japonais ne sont pas opposés à notre présence dans le pays, le fait que nous décidions de rester y vivre présente des réticences. Je ne trouve cela pas forcement anormal, mais un peu injuste.

Malgré cela, je n’ai jamais regretté d’être venu vivre ici. On trouve beaucoup de gens bien, naïvement bien, mais c’est très agréable d’être avec des gens qui ne savent pas comment être méchants.

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Publié dans Entrevues

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