Jusqu’à ce que mort s’en suive

Publié le par Ludo

L’hiver dernier, comme tous les hivers, de nombreux enfants véhiculèrent leur quota de germes à leur entourage et bien sûr à leurs enseignants. Ceux-ci ignorent pour la plupart l’usage d’un masque ou le simple fait de porter leur main devant la bouche en cas de toux et il y a toujours des fenêtres grandes ouvertes un peu partout alors qu’il fait zéro degré dehors. L’école et le train étant des lieux extrêmement propices à la propagation des maladies, j’attrape un rhume en général une fois par an. Je parle de rhumes suffisamment puissants pour me provoquer des poussées de fièvre et des quintes de toux interminables. Pour le reste, soit une dizaine de fois par an, on doit donner des cours enroués, en toussant modérément derrière son masque, en se mouchant assez souvent et en ayant parfois une petite fièvre. La zone académique que je fréquentais l’année dernière étant très éloignée, je devais passer beaucoup plus de temps dans les transports en commun (une heure et dix minutes) pour une durée totale de trajet allant d’une heure quinze à une heure quarante. Histoire d’augmenter une bonne fois pour toutes les chances de chopper la grippe, j’avais 48 classes à mon actif, une dizaine de plus que l’année précédente. Il en résulta que je dus manquer l’école cinq fois durant l’année, un record.


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Mes collègues japonais demeurent pour la plupart beaucoup plus courageux. A vrai dire, je me demande s’il s’agit de courage, de stakhanovisme, d’irresponsabilité ou de simple naïveté... Un matin, alors que j’étais occupé à photocopier des feuilles pour mon premier cours de la journée, la kômu pénétra dans la pièce pour se saisir de quelques feuilles. Très active et toujours de très bonne humeur, cette quinquagénaire portait ce jour-là un masque. Elle m’annonça avec légèreté : « Vous avez remarqué que j’avais un masque n’est-ce pas ? En fait j’ai la grippe et 40 de fièvre ! ». Une multitude de répliques possibles se pressèrent alors dans mon esprit : « Mais vous êtes complètement inconsciente ou quoi ? Vous voulez que tout le monde soit malade ? » ou « Mais vous allez vous tuer comme ça ! Rentrez chez vous et reposez vous ! » mais j’optai pour le « Ben dîtes donc, je vous plains. Bon courage ! » habituel. Beaucoup de Japonais restent convaincus que prendre un jour de congé maladie, aussi légitime qu’en soit la raison et le droit, est très mal considéré par ses collègues et ses supérieurs. Un masochisme et zèle de façade bien nippon.

Les laboratoires pharmaceutiques jouent énormément sur cette mentalité dans leurs spots publicitaires. Par exemple, en buvant cette boisson énergétique dopante, on peut tenir la journée. Ou encore, un salaryman moyen qui se tient debout dans un métro bondé sent qu’il ne va pas pouvoir tenir plus longtemps mais grâce au comprimé Truc anti-diarrhée, il peut redevenir apte au travail ! Ou bien dans un autre ordre d’idée : lors d’une réunion professionnelle, le patron demande des volontaires pour aller bosser définitivement dans une bourgade lointaine, tous font la gueule sauf une jeune fille qui n’hésite pas à lever la main avec le sourire car grâce à l’agence Machin, elle est sure de trouver un nouveau logement tout de suite...

Le travail occupe donc ici le haut de la pyramide : il passe avant la famille et avant sa propre santé... Il y aurait un lien avec le taux de suicide élevé du pays que cela ne m’étonnerait guère.

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Publié dans Ecoles

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