Quinzième entrevue
Après Jean, c’est au tour d’Emilie.
Emilie, fidèle ougleuse, m’a récemment proposé d’utiliser ses photos prises au Japon et qui paraîtront dès demain dans la rubrique Flançais et Engrish. Elle a accepté gentiment de répondre à quelques questions.
Bonjour Emilie.
Présente-toi brièvement s’il te plait.
Je m'appelle donc Emilie, j'ai 19 ans, j'habite en France, plus précisément dans le Maine-et-Loire. Je suis actuellement étudiante en 2ème année d'anglais, parce que j'aime la langue de Shakespeare. Je réfléchis encore au métier que je voudrais exercer plus tard. Sinon, et bien...j'adore voyager et je suis une bavarde finie. Voilà deux choses très importantes à savoir à mon sujet, je pense...!
Tu es venue dernièrement au Japon pour la première fois. Qu’est-ce qui t’a poussé à venir en premier lieu ?
J'ai commencé à m'intéresser au Japon il y a quelques années de cela. J'ai eu l'occasion de rencontrer d'adorables Japonaises qui sont devenues mes amies, et grâce à elles j'ai appris énormément de choses sur leur pays et sa culture. Lorsque mes amies sont toutes rentrées au Japon, j'ai eu très envie d'aller les voir. J'avais également envie de me promener dans les rues de Tokyo ou aux abords d'un temple shintô, n'importe où, pour voir, pour sentir le « vrai » Japon, car je savais qu'on ne peut pas se contenter des manga et des livres sur ce pays pour le connaître vraiment. C'est donc pour retrouver mes amies et pour me faire ma propre idée du Japon que j'ai décidé d'y venir, toute seule, de mon propre chef. Durant ma première année de fac, j'ai pris des cours de japonais, et j'avais hâte de pouvoir enrichir ma connaissance de la langue sur place. Je voulais, dans la mesure du possible, être immergée totalement dans la vie quotidienne d'une famille pour mieux apprécier ce voyage. La chance m'a souri puisque j'ai pu être accueillie par deux familles différentes.
Raconte-nous les grandes lignes de ton périple.
Le 3 septembre 2007, j'arrivais à l'aéroport de Narita. La première semaine de mon voyage, j'ai été accueillie par la famille d'une amie japonaise rencontrée à l'université où je prends mes cours de japonais, qui avait très gentiment accepté de m'héberger chez elle, à Kawasaki. Pendant ce premier laps de temps, je suis allée jeter un oeil au quartier chinois de Yokohama, j'ai été la « guest star » de l'école primaire Caritas de Kawasaki (institution créée par des soeurs québécoises à l'origine, qui comprend une maternelle et un primaire mixte, et un collège, un lycée et une université pour filles, où le français est une matière obligatoire); je suis partie deux jours toute seule à Kyoto, évitant ainsi soigneusement le typhon qui menaçait la préfecture de Kanagawa. Je suis montée à la tour de Tokyo, j'ai vadrouillé quatre fois dans le quartier de Shibuya, visité les locaux de la chaîne de télévision NHK, et j'ai cueilli moi-même des grappes de raisin et des poires chez un agriculteur à Kawasaki. La deuxième semaine, j'ai été hébergée chez les parents de ma correspondante japonaise, qui m'avait invitée d'office à venir chez elle en son absence, sa chambre étant libre (elle étudie en ce moment au Canada). J'ai donc déménagé à Sagamihara (Kanagawa). Pendant cette semaine-là, je suis allée plusieurs fois à Tokyo, dans le quartier d'Ueno, puis à Odaiba et Shinagawa et aux jardins du Palais Impérial. Ensuite, je suis partie pour une petite excursion à Hakone avec ma famille d'accueil, mais il y avait une telle brume qu'on ne voyait pas à 5 mètres, je n'ai donc absolument rien vu du Mont Fuji...après cette petite déception, une journée entière à Nikko sous le soleil m'a bien consolée; en revenant à Tokyo, j'ai également visité le quartier d'Asakusa, et le lycée Kanagawa Sohgoh (Yokohama) où j'ai retrouvé quelques connaissances, dont un professeur japonais enseignant le français. Le dernier week-end a été consacré à la visite du quartier de Kichijôji à Tokyo, et surtout à une petite virée à Kamakura pour assister au yabusame, le tir à l'arc à cheval. Le lundi 17 septembre, après 15 jours à crapahuter un peu partout autour de Tokyo, avec environ 420 photos prises et 1h15 de film sur mon bon vieux caméscope, je suis rentrée en France...
Qu’est-ce qui t’a le plus surpris à ton arrivée ?
Plusieurs petites choses:
Dès ma sortie de l'avion, j'ai brusquement senti que l'air était sensiblement plus lourd et plus chaud que ce à quoi je m'attendais. Vous allez rire, j'ai cru pendant un bref instant que c'était à cause des réacteurs de l'avion qu'il faisait une chaleur pareille. Et puis, quand j'ai réalisé que cela me poursuivait jusque dans le terminal, je me suis souvenue de la description de l'été japonais par notre professeur plusieurs mois auparavant. Je n'avais pas mesuré l'ampleur du taux d'humidité dans l'air en septembre...
Durant les deux premiers jours, je me suis sentie regardée. J'avais l'impression que de par mon statut d'étrangère dans une foule de cheveux noirs et d'yeux bridés, tous les regards étaient braqués sur moi. C'était juste une impression, bien sûr, mais je n'avais pas imaginé me sentir si différente de ces inconnus qui m'entouraient. Ce sentiment est passé au fil des jours.
Petit détail dont j'aurais dû me douter, aussi : le fait qu'au Japon on ne mange les poires qu'en quartiers soigneusement coupés, et qu'on laisse de côté la peau du raisin, j'ai eu du mal à m'y faire, moi qui déguste les fruits intégralement...qu'à cela ne tienne, j'étais la seule à table à croquer les grains de raisins sans me débarrasser de la peau !
Enfin, et ce fut plutôt un agréable surprise, le fait que j'aie réussi à communiquer avec la famille du premier coup m'a fait très plaisir. J'avais peur que mon vocabulaire plutôt restreint m'empêche d'être comprise des autres, mais ça s'est bien passé.
Quel endroit recommandes-tu en particulier ?
Ah, c'est dur de choisir...je dirais Kyoto et Nikko. Kyoto, parce que cette ville regorge de musées et de temples à visiter, de jardins propices à la méditation et au calme. C'est une cité baignée d'histoire malgré toute la modernité dont elle est aujourd'hui affublée, et j'ai énormément apprécié ma visite là-bas. Et encore, je n'ai finalement pas vu grand-chose, vu le peu de temps que je suis restée ! En plus, et ce n'est pas négligeable, on s'y déplace plutôt facilement grâce aux lignes de bus, et même une novice angoissée comme moi a réussi à ne pas s'y perdre!
Nikko aussi, c'est magnifique. Je n'y suis pas restée longtemps, mais cette petite ville en altitude m'a parue très sympathique. Le lac Chûzenjikô encerclé par les montagnes, c'est majestueux. La chute d'eau Kegon est très impressionnante également. Là-bas, j'ai pu apprécier la nature, m'imprégner de l'ambiance des sanctuaires, pratiquement toujours au calme. On est bien, loin du vacarme des voitures, et à Nikko il y a peu de circulation...
Je pense que des lieux de ce genre sont très agréables quand on recherche un peu de tranquillité lors d'un voyage au Japon, quand on a baigné dans la vie citadine pendant quelques jours et qu'on a envie de voir autre chose que des trottoirs et des immeubles.
Quel fut ton plat favori ?
Alors là, sans hésitation, les tekkamaki. J'ai goûté à ça en France, et j'adore, j'adore, j'adore. Je ne pensais pas aimer le thon cru, mais fourré dans du riz enroulé d'algue nori, c'est un délice ! J'ai donc profité de toutes les occasions possibles pour en manger. Le dernier jour, à 20 minutes de l'embarquement pour rentrer en France, j'entamais tout juste un plat de 16 tekkamaki dans un restaurant de l'aéroport de Narita. Incurable...
L'okonomiyaki fait également partie de mes coups de coeur. Je n'avais jamais eu l'occasion d'en manger, et moi qui n'aime pas le chou, j'ai pourtant trouvé ça délicieux!
Mais plus généralement, j'ai apprécié pratiquement tous les plats que l'on m'a servis. Les mamans qui m'ont accueillie étaient de formidables cuisinières, désireuses de me faire découvrir la cuisine japonaise, et comme en plus, on m'a emmenée dans tous les restaurants de spécialités possibles et imaginables, j'ai pu goûter à beaucoup de choses.
Quels sont selon toi les points positifs de ce pays ?
- Le fait que, lorsqu'on en a assez de la ville et de son mouvement incessant, il y ait toujours moyen, pas loin, ou en quelques heures de train parfois, de trouver un petit coin de verdure, un jardin ou un temple, où on puisse profiter d'un peu de calme et de nature. J'ai apprécié de découvrir Tokyo et son rythme d'enfer, mais j'ai ressenti ce besoin d'aller me promener un peu dans un endroit plus tranquille.
- Un autre avantage du Japon, c'est que la montagne et la mer, par exemple, sont à portée de main, si j'ose dire. Il y a de supers balades à faire, de très beaux paysages à voir, et je n'en ai vu qu'une infime partie. Durant mon prochain voyage, j'espère bien pouvoir en profiter encore plus.
- Il y a aussi que, malgré l'avancée de la modernité, les traditions sont là, elles perdurent. Je sais qu'elles ont tendance à se perdre, mais dans une ville comme Kyoto, j'ai pu observer un peu de ce Japon traditionnel, même si c'était très peu de choses. Je pense que c'est cet aspect du pays qui m'attire le plus.
- Les gens que j'ai rencontrés se sont tous montrés gentils, chaleureux et prêts à m'aider, parfois même un peu trop d'ailleurs pour ce dernier point ! Ils étaient sincères et plutôt curieux de savoir comment c'était la France, et pourquoi j'étais venue au Japon. Alors que j'étais toute seule à Kyoto, simplement en train de vérifier que je ne me trompais pas de bus avec mon plan du réseau, par deux fois des personnes âgées m'ont abordée pour s'assurer que je n'étais pas perdue. Ca m'a fait plaisir.
- Je n'imaginais pas me sentir aussi en sécurité et bien servie au Japon. Je me suis promenée dans la rue sans craindre quoi que ce soit pour mes bagages ou mon argent. Je suis aussi devenue une adepte des combini ; plus généralement, tout est fait pour satisfaire le client, (du moins d'après ce que j'ai pu observer) et je dois dire que ce statut est plutôt agréable!
- Je n'ai que très peu l'occasion de prendre le train en France, mais au Japon c'est presque une institution ! Je trouve les trains de la banlieue de Tokyo très pratiques, ils passent souvent et comme ils desservent pratiquement tous les endroits où je souhaitais aller, j'ai passé une bonne partie de mon séjour dedans ! Et l'avantage suprême, c'est qu'on peut prendre le train à minuit passé sans problème pour rentrer chez soi après une petite soirée entre amis au restaurant ou ailleurs.
Et les négatifs ?
- Tous ces emballages, sur-emballages, sachets individuels et aussi les lumières et néons allumés en continu. Je me suis retrouvée empêtrée dans un tas de sacs plastiques avec tout ce que j'avais acheté. Pour satisfaire le client, les Japonais en font trop. Je ne ferais pas un drame si mes bonbons à la myrtille étaient tous les uns avec les autres dans leur sachet, et pas dans des petits emballages séparés dans ledit sachet. Ca serait franchement meilleur pour la planète. Sans parler des waribashi...les baguettes jetables, c'est bien pratique, mais en bois, il faut décimer combien d'hectares de forêt pour les fabriquer?
- Le paysage urbain, dans l'ensemble, c'est...moche. Du moins dans beaucoup d'endroits où je suis allée...c'est très gris.
- Les poteaux et fils électriques, c'est hallucinant, il y en a partout. C'est laid et en plus ça ruine de belles photos potentielles (NDLudo : cf cette théorie).
- Les pubs à la télévision...elles surgissent brusquement et très fréquemment, je n'arrive pas à m'y habituer ! Et souvent, les mêmes repassent plusieurs fois en très peu de temps. Si j'habitais au Japon je trouverais ça lassant, à force...
- Le temps qu'il faut pour rallier Kawasaki à Tokyo alors que ce sont des villes frontalières...circuler dans la capitale en voiture n'est vraiment pas une chose facile. Heureusement que je me suis contentée du train la plupart du temps!
Trouve dix mots qui illustrent le mieux le Japon.
Pêle-mêle: tradition, modernité, urbanisme, nourriture, sécurité, services, trains, montagnes, nature, superficialité.
Quels sont tes loisirs ?
J'aime flâner dans les rues de ma ville, à la campagne, un peu partout et pas forcément avec un but précis. Même si ce n'est pas fréquent, j'aime faire des petits et grands voyages en France et ailleurs. J'aime lire, trouver la moindre occasion pour prendre des photos, et faire mon petit tour quotidien sur Internet à l'aide de mon cher ordinateur portable perso.
Un message aux lecteurs d’Ougl ?
Si vous avez l'intention de partir au Japon, continuez à lire ce blog, mine de rien ça sert! Les diverses stratégies pour ne pas se retrouver écrabouillé par les gens dans le train/métro, par exemple, sont bien utiles. Et puis tous les cas de flançais et engrish figurant sur le blog vous donneront peut-être l'envie de les traquer à votre tour une fois en terre nippone, comme moi...
PS : prochaine entrevue avec Blanche.