Ca doit être vos yeux.

Publié le par Ludo

… répondait le chef de gare à Jean-Claude Dusse qui lui disait : « écoutez c’huis pas fou sur mon billet, il y a écrit Saint Lazare, c’est mes yeux ou quoi ? ».

Si vous parcourez quotidiennement ce blog, et en particulier la rubrique Flançais et Engrish, les termes « beaucoup de Japonais ne vérifient jamais ce qu’ils écrivent » ne vous sont pas étrangers. Cette tare dont souffrent bien trop de personnes à mon goût dans ce pays ne se restreint pas au seul exercice écrit, bien malheureusement.

J’en ai personnellement fait les frais sur mon lieu de travail à plusieurs reprises. Il faut savoir que nous autres ALTs (Assistant Language Teachers) demeurons les plus mal informés. Certes, nous n’enseignons pas tous les jours dans le même établissement et nos collègues ont du mal à jongler avec notre emploi du temps d’une part, et d’autre part, du fait de notre nationalité, certains nous ignorent ou nous oublient involontairement. Il ne s’agit pas de racisme mais simplement d’une sorte de timidité vis-à-vis des étrangers qui se serait muée en indifférence avec l’habitude. C’est comme quand vous bénéficiez d’une place libre à vos côtés dans le métro dont personne ne profite puisque tout le monde pense « Mince ! Un étranger ! Qu’est-ce que je vais dire s’il me demande des trucs en anglais ? Je vais rester debout, c’est plus simple. ». Les professeurs d’anglais ne sont généralement pas responsables de l’agencement de nos cours puisque c’est du ressort du chef des profs ou du vice-principal, et ils ne parlent généralement pas autre chose que le japonais. J’ai beau parlé la langue, mon apparence constituera toujours un mur invisible pour certains.

Mais revenons à nos bêleurs laineux.

En février dernier, mon collège d’alors invitait quelques classes de primaires à observer un cours d’anglais. Je devais présenter quatre extraits de cours de vingt minutes en troisième et quatrième heure avec les cinquièmes. Dix minutes après que j’eus débuté la deuxième heure avec les troisièmes, le chef des profs pénétra dans la classe pour me dire qu’on m’attendait à l’autre bout de l’école pour la démonstration pourtant prévue une heure plus tard. Un changement de dernière minute avait eu lieu à mon arrivée le matin même. Le vice-principal en avait averti le prof des cinquièmes qui n’avait prévenu personne : ni la prof des troisièmes (Madame F.), ni moi !

Pour une fois, Madame F. n’était pas la fautive me direz-vous, elle qui s’était habituée à complètement oublier les heures où l’on enseignait ensemble.

Cette année en primaire, comme dans le passé, la communication ne se fait guère mieux. Dans l’une de mes quatre écoles, A., le chef des professeurs eut l’excellente idée de distribuer une circulaire à tous ses subordonnés au sujet de ma venue et de la conduite à adopter. Il était entre autres écrit que les enfants devaient venir me chercher dans la salle des profs avant chaque cours. Sur huit classes, les trois-quarts remplirent leur contrat. Pour les deux restantes, je fus contraint de patienter cinq minutes après la sonnerie avant de demander à un responsable si la classe en question était bien au courant. Il s’en suivait cinq minutes supplémentaires où celui-ci revenait en se courbant d’excuses suivi de deux gamins… Ce manège fut répété dans les mêmes proportions dans les trois autres écoles.

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Autre exemple : comme vous devez le savoir, Naoko a glorieusement terminé ses études fin mars. Ses bons résultats lui avaient assuré l’obtention de ses UV dès janvier et elle ne se faisait donc plus aucun souci.

Début mars, elle reçut un samedi soir un coup de fil de l’administration de son université. Le règlement de ses frais astronomiques de scolarité s’était effectué tous les six mois depuis quatre ans et le dernier versement avait eu lieu fin février. C’est en tous cas ce qu’elle avait cru. Son interlocuteur lui déclara froidement qu’en raison du non paiement de l’ultime échéance, il annulait l’obtention de son diplôme et la poussait ainsi à redoubler. Ma dulcinée avait déjà pris contact avec son futur employeur. Elle fut prise de panique en soupçonnant sa mère de ne pas avoir payé la somme. Je la rassurai tant bien que mal en statuant que le fait de pénaliser ainsi quelqu’un sans l’avertir semblait aberrant. Après s’être concertée avec sa génitrice, Naoko devint perplexe. Le paiement avait bien eu lieu. Ce n’est que le lendemain que l’angoisse disparut : l’université la rappela en s’excusant platement. Quelqu’un avait fait une erreur quelque part…

Le mal touche toutes les couches de la société et affecte particulièrement les banques de prêts. Celles-ci se sont données le mot et communiquent désormais toutes sur un schéma similaire appelant leurs clients à vérifier ce qu’ils font. L’une d’elles le fait d’une manière plus puérile encore que les autres de peur afin de simplifier au maximum le problème. Un spot publicitaire présentait ainsi deux hommes célébrant l’anniversaire d’une jeune fille. Ces incapables mettaient une bougie de trop sur le gâteau, ce qui la fâchait. Elle se mettait alors à bouder et d’une moue insupportable, elle cancanait kakuninshinakya 確認しなきゃ(il faut vérifier !) d’une voix aiguë nasillarde au possible qui a fait naître depuis en moi un réflexe conditionné : celui de changer de chaîne.

PS :  La police ne manque pas de placarder des avertissements (voir photo) pour mettre en garde une partie de la population  qui ne fait sans doute pas assez attention.

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Publié dans Cas sociaux

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