Dix choses qui font rire les Japonais

Publié le par Ludo

Voir les épisodes précédents.

 

Les comédiens nippons, en particulier depuis quelques années, sont devenus une vraie institution au Japon. Le téléspectateur a le choix entre des émissions du style « Petit Théâtre de Bouvard » où différents pitres présentent à tour de rôle des sketches souvent très courts, des programmes où des comédiens plus expérimentés jouent des scènes comiques dans un décor approprié, des talk-shows qui ne se prennent pas au sérieux ou encore des jeux absurdes où les participants n’ont aucune chance d’y arriver. Tout le monde peut y trouver son compte mais dans l’ensemble, on remarque que le Japonais moyen est très bon public, ce qui peut s’avérer à la fois bon et mauvais. Voyons donc en détail ce qui les poile.

 

L’humour absurde

Moins élaboré mais aussi moins lourd que le nonsense britannique, il demeure malheureusement trop rare à mon goût. Seuls quelques comiques osent s’y aventurer (comme dans ce sketch savoureux de Gottsu ee Kanji) et la pub emprunte aussi parfois cette route.

 


Ceux qui perdent patience

Il s’agit là de l’essence même du tsukkomi comme je vous l’avais expliqué auparavant. Voir un type qui pique une crise de nerfs face à un simplet ou un gaffeur les fait souvent plus rire que ce dernier. Cela provoque de temps en temps des délais de réaction assez curieux dans les salles de cinéma quand un étranger s’esclaffe tout seul avant d’être rejoint par le reste des spectateurs deux secondes plus tard.

 

L’ippatsu gag

Voilà une forme d’humour à laquelle je n’ai jamais pu adhérer puisqu’à moins d’avoir cinq ans d’âge mental elle ne devrait faire rire personne. Beaucoup de Japonais y restent néanmoins insensibles. L’ippatsu gag 一発ギャグ, mot à mot : « gag en un coup », se résume à un geste sortant de l’ordinaire appuyé par une phrase qui n’a souvent aucun sens. Prenez un comique sans talent comme Dandy Sakano. Vêtu d’un costume cravate jaune, tout ses sketchs (« sketchs » est d’ailleurs un bien grand mot dans ce cas) d’une durée moyenne de deux secondes se ponctuaient du même ippatsu gag : les deux index pointés vers l’avant comme des revolvers tout en disant « gets » (qui ne veut évidemment rien dire). Chaque « gets » provoquaient des fous rires en cascade chez les bas du front. « Oh regardez le ! C’est vachement drôle, il fait gets, c’est incroyable, j’en peux plus ! ».  De tels comédiens connaissent en premier lieu une renommée inattendue, surtout dans les cours d’école, puis retombent dans l’oubli à une vitesse encore plus stupéfiante. Le Dandy susnommé a d’ailleurs tenté un retour à la télévision cette année avec rigoureusement la même recette mais cela ne prend plus puisque d’autres « artistes » éphémères ont trouvé le geste à la mode...

 

Le comique de photocopieuse

Comme pour les ippatsu gags, il semblerait qu’il faille vraiment user le filon ad nauseam pour que le public se lasse. Certains comédiens sont devenus célèbres en utilisant continuellement la même structure pour leur sketch, voire la même phrase. Croyant fermement qu’on ne change pas un modèle qui gagne, ils éprouvent énormément de difficultés à se renouveler une fois qu’ils se rendent compte que leurs fans se désintéressent.

 

Les bêtes

Ceux qui ne comprennent rien à la situation, ceux qui répondent complètement à côté de la plaque et ceux qui ignorent des choses évidentes font toujours recette, plus d’ailleurs que ceux qui jouent les zouaves. Témoins de cette tendance, les obaka tarento que l’on trouve aujourd’hui en grande quantité dans tous les jeux télévisés basés sur des questions de culture générale. Ils répondent des énormités au plus grand plaisir des téléspectateurs et tant pis si la plupart d’entre eux font seulement semblant, le plus important c’est de passer pour un ignare histoire de se faire bien remarquer.

 

Les moches

Ce n’est pas le tout d’avoir une gueule, il faut que cela soit appuyé par un modèle consistant. Etrangement, beaucoup de comédiens appartenant à cette catégorie peuvent être capables du meilleur. Dernier en date, Kameko Nobuo qui a réussi un prodige : faire rire sur des sujets qui inspirent le dégoût en ponctuant toutes ses interventions avec le mot kimoi きもい qui signifie « répugnant » ou « dégoûtant ». Exemple : « Hein ? Le cookie que tu manges est un peu mou ? C’est parce que je l’ai léché ! Kimoi kimoi ki-mo-i ! ». Espérons que lui aussi n’use pas le filon jusqu’à la moelle.

 

Les gros

Nul besoin d’être comique. Un gros au Japon est par définition rigolo. L’inconscient collectif (fortement influencé par la télévision) veut que chaque personne non grosse puisse charrier lourdement (!) un gros sans arrêt sur son physique ou sur sa gourmandise sans que celui-ci s’en plaigne. Si l’on s’en tient au petit écran, on dirait même que les intéressés en redemandent. Pourquoi ? Je viens de vous le dire ! Parce qu’un gros est rigolo !

 

Les chauves et les poilus

Ahah ! Crâne d’oeuf ! Les crânes dégarnis ont toujours constitué des cibles faciles. La blague la plus courante reste la suivante quand vous croisez un chauve (que vous connaissez bien tout de même) : « Houlà je suis complètement ébloui ! Tu as le sommet de la tête si lisse que le soleil s’y reflète ! ». Ceux qui connaissent des problèmes de cuir chevelu subissent un véritable calvaire dans ce pays. Il me semble, mais je me trompe peut-être, qu’ils sont plus nombreux au Japon qu’en France. Ils vivent dans la honte et recherchent le moindre moyen d’y remédier. A la télévision on peut voir tous les jours des publicités pour des lotions qui ralentissent la chute des cheveux, des instituts de repousse, des implants ou des perruques (plutôt pour les femmes dans ce dernier cas). Quant aux poilus, ils sont mieux lotis. On en trouve d’une part que très rarement et d’autre part, il existe beaucoup moins de blagues sur le sujet. En réalité, ce ne sont pas les poilus qui font rire à proprement dire mais les poils. Ah ah du poil ! Ce mélange malsain de curiosité, de moquerie et de fascination puérile se concentre sur des points précis (poils de nez notamment) et peut donc toucher des personnes qui ne bénéficient pas forcément d’un système pileux développé. Pour faire rire à coup sûr un japonais, dessinez un gros moche au regard bête et avec des poils de nez bien apparents.

 

Les étrangers

Il est encore de bon ton au Japon de se moquer ouvertement des étrangers en les caricaturant d’une manière qui aurait existé il y a 20 ans (ou plus) en Europe. On les représente souvent blonds, avec un costume cravate haut en couleur, un nez très long, un accent surjoué quand ils disent « moi je ne comprends pas le japonais » et une gestuelle complètement aberrante, mais nous aborderons le tout dans un prochain article. Je vois mal des Européens à l’heure actuelle s’étirer les yeux avec leurs index, montrer leurs incisives et dire « chintok ! ».

 

L’humour en dessous de la ceinture ou shimoneta

Bien qu’il existe des mots pour qualifier crûment le contenu des slips, ceux-ci ne sont jamais utilisés en public (ni même en famille ou entre amis). Ce type d’humour est soumis à une deuxième contrainte : on n’utilise jamais la métaphore (on la suggère tout au plus quand quelqu’un a fait un lapsus). La shimoneta 下ネタ (comme Brigitte, si vous me permettez ce calembour), se résume donc à employer des termes enfantins dans le plus pur style « caca-boudin ».

 

A suivre...

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Publié dans Ougl

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