Marche ou crève

Publié le par Ludo

Même si la grande majorité de mes écoles demandaient en moyenne 45 à 70 minutes de trajet pour les rejoindre, je me suis toujours senti privilégié par rapport à des collègues qui mettaient une heure et demi. Ce ne sont pourtant pas les plus à plaindre, loin de là.

En effet, il est exigé des collégiens du secteur public qu’ils se rendent à l’école à pied.

Quand certains n’ont qu’à traverser la route, d’autres doivent se lever aux aurores pour effectuer une randonnée d’une heure.

Prenons le cas de l’élève Dudule (il s’agit là d’un pseudonyme afin de préserver sa vie privée). Il se lève à 6h, part de chez lui à 7h et arrive au « bahut » à 8h. Ses cours se terminent aux alentours de 15h mais il enchaîne par des activités sportives au sein de l’école, du baseball dans son cas. A 17h, il quitte le collège et arrive chez lui à 18h. A 18h30 il se rend à ses cours de rattrapage du soir (juku ) comme la quasi-totalité de ses camarades. Il arrive en métro (là, il a le droit) sur les lieux, pile avant le début des cours à 19h. A 20h il a terminé et arrive chez lui à 20h30 pour le dîner. A 21h il regarde la télévision et à 23h il prend un bain. A 23h15 il fait ses devoirs et suivant la quantité de travail et son humeur du jour, il choisit ou non de regarder la télévision à nouveau une fois terminé. Dudule se couche en moyenne à 1 ou 2h du matin. Le lendemain il prend un malin plaisir à dormir en classe et à ne rien faire car comme beaucoup de membres de l’équipe de baseball, Dudule fait partie des cancres au crâne rasé.

Je suis intimement convaincu que si on permettait aux collégiens de prendre les transports en commun, ceux-ci gagneraient un temps considérable qu’ils pourraient mettre à profit pour leurs devoirs et une meilleure concentration en classe en raison d’une meilleure forme physique.

Je suis aussi intimement convaincu que si les joueurs de baseball de l’enseignement secondaire ne se rasaient pas la tête, ils auraient l’air moins stupides.

Ne prenez cependant pas cet exemple pour une généralité puisque la plupart des enfants bénéficient d’une certaine proximité de l’école, et donc de journées moins fatigantes. Naoko, à l’époque, se couchait donc vers 22h pour se lever à 7h.

L’obligation de se rendre à pied à son collège touche donc tout le monde sans exception, alors que plus de tolérance serait bienvenue. On préfère donc que certains étudient exténués, la langue pendante et des valises sous les yeux dignes d’un raton laveur toxicomane.


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A plusieurs reprises, j’ai surpris quelques malins se faire déposer en voiture par leur mère dans de petites rues isolées, ou d’autres prendre le métro que j’emprunte, ou encore certains chevaucher leur vélo pour se garer à dix minutes de marche. Cela demeure pourtant très rare. Les parents n’ont généralement pas le temps de se prêter à cette pratique, les parkings à bicyclettes ne sont pas donnés et surtout les contrevenants ont droit à un vrai sermon s’ils se font pincer. En ce qui me concerne, je suis toujours resté bouche cousue en saluant en pensée ce genre de bravade de règles absurdes.

Pour quelle raison les écoles insistent-elles tant là-dessus ? S’agit-il là d’une mesure visant à conditionner les gamins au manque de logique qui règne dans la vie d’entreprise nippone ? On invoque à chaque fois la sécurité. En marchant, on ne risque rien. C’est connu, les bus ont des accidents toutes les heures, les métros déraillent en permanence et les trains explosent ! Et il y a beaucoup de pervers dans les transports en commun qui tripotent ou prennent des photos de sous-vêtements ! J’exagère à peine.

Les instances scolaires oublient ou refusent d’admettre, que le fait de marcher en pleine rue s’avère bien plus périlleux en raison de la forte concentration d’automobiles ainsi que d’un taux record d’accidents de la route dans la préfecture d’Aichi, numéro un national. Le nombre de victimes parmi les piétons demeure pourtant une véritable préoccupation. Certes des trottoirs ont été aménagés aux abords des écoles mais il suffit de parcourir quelques mètres de plus pour tomber sur des rues étroites sans espace vraiment sûr pour se promener.

Quant aux pervers, l’actualité prouve qu’il leur est plus facile d’exercer leurs insanités sur la voie publique (en rédigeant ce mot pour la première, je commis une malencontreuse erreur en omettant le « l »). Les derniers crimes en date consistaient en des enlèvements de fillettes à leur retour de l’école.

Du coup, des groupes de bénévoles ainsi que quelques policiers font le planton aux abords des écoles. Cela ne règle pas le problème de ceux qui habitent loin mais ça donne bonne conscience à tout le monde.

Vous n’imaginez pas l’étonnement intense que suscite ma réponse à la question « mais comment ça se passe en France ?». La mâchoire de mes collègues se décroche toujours quand je leur annonce que nos étudiants peuvent venir en voiture, en bus, en métro, en vélo, et même en mobylette et qu’ils poussent le vice jusqu’à garer leur véhicule dans des parkings spécialement aménagés.

Là où la manière japonaise démontre toute sa bêtise, c’est quand on apprend que les enfants du secteur privé (du primaire jusqu’au bac) et les lycéens du public peuvent utiliser le moyen de locomotion de leur choix. Et croyez moi, une fois arrivés en seconde, ces derniers ne s’en privent pas.

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Publié dans Ecoles

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