Maybe
Maintenant que Daishi a achevé son journal de bord sur son voyage en France et avant que Naoko apporte sa conclusion, permettez-moi de vous narrer notre voyage de retour via, une nouvelle fois, l’inoubliable China Eastern.
Le 20 août 2006, nous nous retrouvions à Roissy les bras chargés de bagages et la tête pleine de bons souvenirs. Une nouvelle fois, nous étions arrivés plutôt en avance et j’étais déterminé à récupérer une place sur l’aile coûte que coûte, moi qui en avait tant bavé à l’aller. Le responsable des enregistrements pesa nos bagages et je fus surpris de voir qu’à nous deux, nous avions onze kilogrammes d’excédents. L’homme faisait la moue. Nous, nous continuions de sourire. Il accepta finalement de prendre nos valises sans que nous ayons à payer quoi que ce soit. La gorge nouée par l’angoisse de lui faire part d’une autre requête après la fleur qu’il venait de nous accorder, je me fis force et réclamai de bonnes places. Il prit la chose avec humour et nous le remerciâmes d’un sourire encore plus grand. Je crois bien que si j’avais été tout seul à ce moment-là, le charme de Naoko n’aurait donc pas agi et je me serais retrouvé en soute après avoir payé un gros supplément et une biscotte en guise de repas.
Après une halte à un café, nous fîmes nos adieux à mon père et pendant que Naoko pleurait toutes les larmes de son corps, nous fîmes route vers les contrôles douaniers.
Trente minutes plus tard, nous explorions les boutiques de duty free avec la ferme intention d’acheter du saucisson, du fromage et du vin. J’étais au courant des mesures concernant ces denrées à l’entrée au Japon mais ce que j’ignorais, c’est qu’achetées dans un aéroport, cela passait. Les parents de Naoko s’étaient même vus fouiller leurs bagages à Nagoya et on ne leur avait fait aucune remarque concernant le sac renferment trois fromages, quatre saucissons et deux bouteilles de vin. Le seul problème, c’est que les prix pratiqués dans ces boutiques demeuraient plus proches des prix des boutiques japonaises d’import que ceux que l’on trouve dans les supermarchés français. Nous prîmes quand même de quoi satisfaire notre consommation personnelle et de quoi ravir des connaissances. Il est d’ailleurs curieux de constater que ces aliments sont de nouveau plus tolérés qu’à une certaine époque et qu’à priori, rien ne différencie vraiment un fromage acheté dans un aéroport d’un autre si ce n’est l’emballage dans du papier aluminium.
Une heure plus tard, nous prenions place dans l’avion et je poussai un cri de soulagement en voyant qu’on ne nous avait pas menti sur nos places comme on l’avait fait en janvier lors de notre précédent retour : nous pouvions étendre à loisir nos jambes.
L’appareil était tout aussi vétuste qu’à l’aller et composé d’une faune qui ne tarda pas à nous mettre les nerfs en pelote. Derrière nous, un vieux Chinois ne passa pas une minute du vol sans parler à grande voix. Rectification : il dormit aussi quelques instants durant lesquels il ronflait comme un phacochère alcoolique qu’on égorge près d’un haut-parleur. A intervalles réguliers, il raclait sa gorge pour s’envoyer une bonne lampée de liquide nasal dans le gosier. Ce n’était pas le seul remarquez, puisque toux et suçages de dents creuses semblaient servir de ponctuation aux conversations de la plupart des passagers.
A notre droite, assis sur la banquette du milieu qui comprenait cinq places, un couple français, lui la cinquantaine, elle la trentaine, se bécotait copieusement au début. Sans aucune retenue, leur petit jeu devenait de plus en plus malsain. Je surpris à plusieurs reprises l’homme vérifier la plasticité mammaire de sa compagne et la femme tâter de la couleuvre (le tout à travers les vêtements heureusement). Pendant une bonne partie du trajet, elle se tenait face à lui à califourchon sur ses genoux…
Trop régulièrement, deux petits garçons en bas âge, pieds nus pour les deux, l’un avec un T-shirt orange et un short, l’autre avec un T-shirt gris et une couche s’aventuraient tous seuls dans l’allée et restaient plantés devant les toilettes, c’est-à-dire pas loin de nous. Bruyants au possible, ils courraient sans arrêt et tapaient dans les portes. Leur père, typé Proche-orient, leur parlait en anglais. Je l’entendis à un moment donné parler arabe à ce qui ressemblait à sa mère et français à d’autres passagers. De quelle nationalité pouvait-il bien être ? D’autant qu’il se rendait à Shanghai… Un vrai casse-tête. A trois occasions, je me réveillais en sursaut en voyant le môme en couche s’appuyer sur ma jambe ou celle de Naoko.
Quatre films furent projetés dont le drame triste de quatre heures de l’aller : que des vieilleries qui n’eurent aucun mal à me faire rencontrer le marchand de sable pour de bon.
Nous n’avions que deux heures pour changer d’avion à Shanghai. Sachant que nous avions mis exactement ce temps-là pour passer la douane la dernière fois (puisque l’on refusait de nous faire passer en transit), nous appréhendions ce moment. A l’approche de l’aéroport, et voyant que personne ne nous avait proposé de fiches pour l’immigration, je posais à une hôtesse la question suivante dans un anglais basique vu que cette langue n’était pas son fort :
Moi : « Do we need an immigration card ? »
Elle : « … Sorry? »
Moi : « Do we need the blue paper to enter ? »
Elle : « No. »
Moi : « Really ? »
Elle : « Maybe. »
Apparemment les autorités chinoises n’aiment pas s’embarrasser avec des détails.
Bref, nous verrions bien comment cela se déroulerait.