Dix bruits insupportables qui rythment la vie japonaise

Publié le par Ludo

Voir les épisodes précédents.

 

Vous trouvez à côté de chaque bruit, deux notations. La première, V, quantifie leur volume alors que la deuxième, I, décrit notre degré d’irritation à leur égard.

 

Irasshaimase (V : ★★, I : ★)

Dans tous les commerces du pays, on vous gratifie d’un irasshaimase いらっしゃいませ (bienvenue mais uniquement employé dans les boutiques) dès que vous franchissez le seuil de l’établissement, une coutume ma foi sympathique à la base. Le problème c’est que dans certaines enseignes un peu trop zélée, on vous hurle le mot non pas une fois mais plusieurs, puisque tous les employés le reprennent en coeur et ce, à chaque fois que quelqu’un fait son entrée. Dans certaines izakaya, étant donnée l’affluence de la clientèle, cela se produit toutes les trois minutes. Evitez les grosses franchises si vous voulez dînez tranquillement.

 

Les types qui ne connaissent pas l’usage des mouchoirs (V : ★, I : ★★★★)

Véritable plaie de l’hiver, ces pourceaux passent leur temps à renifler afin que la grosse goutte de liquide nasal qui pointe le bout de son nez ne sorte pas de sa demeure. Le propriétaire de la goutte la reprend donc à l’ordre toutes les trois secondes avec plus ou moins d’intensité : du snif rapide, au rétro-pompage industriel façon « gruïk » en passant par l’inhalation in extremis et forcée qui aboutit à un raclage de gorge loupé et à une quinte de toux. Pour beaucoup de Japonais, il est considéré comme malpoli de se moucher en public et il est nettement préférable de rester ainsi comme un âne bâté en ne faisant plaisir ni à soi ni aux autres.

 

Les troupeaux de lycéennes (V : ★★★, I : ★★★)

Nous avions évoqué le problème en détail ici.

 

Les ambulances et les voitures de police (V : ★★★★, I : ★)

En pleine action, ces véhicules font retentir comme partout ailleurs leur sirène. La police utilise d’ailleurs des sonorités plutôt américaines. Le gros problème c’est que ces sirènes ne semblent pas suffire. En France, lorsqu’une ambulance arrive derrière des automobilistes, ceux-ci lui cèdent le passage. Au Japon, beaucoup ne bronchent pas et n’ont pas conscience qu’ils gênent ou qu'ils sont dans l'illégalité. C’est pourquoi, en plus des sirènes, les ambulanciers ou policiers crient dans leur haut-parleur : « dégagez la route s’il vous plait il y a urgence ». On sent d’ailleurs parfois dans le ton de leur voix que ceux-ci perdent patience et on les entendrait presque dire : « mais bon sang, vous êtes sourds ou quoi !? Vous allez nous laisser passer oui ou merde ? ».

 

Les travaux (V : ★★★, I : ★★★★)

Croyez-nous, nous en connaissons un rayon à ce sujet. Après avoir assisté à la très lente construction de la Lucent Tower (en cinq ans quand même !), à l’érection du Midland Square, à la destruction des maisons en tôle en face de chez nous, au réaménagement de la poste et à la réfection annuelle des trottoirs du voisinage, nous avons été vraiment vernis. D’ailleurs nous sommes convaincus que cela ne prendra jamais fin. Tous les jours, y compris le week-end dans certains cas, nous avons subi les décibels des bétonnières, des marteaux piqueurs, des entrechoquements d’outils sur des poutres métalliques. E-pui-sant !


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Les trains et Les passages à niveau (V : ★★★, I : ★★★★★)

Evidemment, à vivre si proche d’autant de voies ferrées, il est difficile, voire impossible d’ignorer ces satanés trains surtout avec l’isolation déplorable de notre appartement. Et encore, s’il n’y avait que l’ordure de 21h24... Hélas ce cirque se répète dans les mêmes proportions à 22h24, 23h24 et 00h24 et à moindre échelle plus de dix fois par heure dans la journée et cinq fois par heure la nuit. Ajoutez à cet enfer la sonnerie horripilante des passages à niveau qui ne servent à rien et les travaux sur les voies qui ont lieu une à deux fois par mois en pleine nuit à partir de minuit. Ils débutent par le vacarme des contremaîtres qui s’adressent à leurs ouvriers au moyen d’un haut-parleur pendant la réunion qui précède le début des hostilités et se poursuivent par les soufflements assourdissants d’énormes locomotives d’entretien des rails et d’innombrables coups de pioche.

 

Les voix enregistrées des camions qui tournent ou qui reculent (V : ★★, I : ★★★★)

Que ce soit pendant les travaux décrits plus haut ou simplement à l’attente d’un feu, les camions nippons sont très bavards. Ils manoeuvrent tous avec une stupide voix enregistrée qui ressasse en boucle « attention, je recule, attention je recule, attention je recule... » ou « attention je tourne à gauche, attention je tourne à gauche, attention je tourne à gauche... » etc. Parfois, comme ici, les ambulances sont équipées de ce type de voix (voir ici).

 

Les camions noirs de l’extrême droite (V : ★★★★★, I : ★★★★★)

Ils paradent impérativement pendant les jours fériés ou les week-ends prolongés avec une sono tonitruante qui passe en boucle dans des haut-parleurs saturés des chansons nationalistes ridicules. Ils font plusieurs fois le tour d’un quartier en arborant le drapeau et n’ont peur de personne. Ces dangereux abrutis prennent parfois le micro pour beugler d’inaudibles propos racistes selon l’actualité du moment ou pour s’en prendre à quelques étrangers qui marchent tranquillement sur le trottoir, comme c’est arrivé à mon collège Ian cette année.

Il attendait à un feu pendant que le camion noir à l’arrêt au même carrefour faisait péter la musique. Mon collègue lui adressa un regard agacé. A sa grande surprise le conducteur coupa le son, lui rendit un regard empli de haine et s’empara de son micro pour crier des commentaires anti-américains. Je rappelle qu’Ian est britannique. Très énervé par la gratuité de cet acte, Ian hésita entre lui rétorquer ce qu’il en pensait, lui dire avec un ton flegmatique so British d’où il venait ou l’ignorer. Les piétons qui se trouvaient autour de lui, lui demandèrent gentiment d’oublier ce genre de crétins qui font honte au pays. Au feu vert, le camion remit la musique en marche et poursuivit sa route.

 

Les haut-parleurs pendant les élections (V : ★★★★, I : ★★★)

Les politiciens n’ont toujours pas compris et ne comprendront sans doute jamais que faire le tour d’un pâté de maisons en répétant stupidement son nom et en disant bonjour à un volume similaire aux haut-parleurs de l’extrême droite ne sert strictement à rien. Parfois ils vont parler un peu de leur programme, ce qui en soi n’est pas complètement une mauvaise idée. Le problème c’est que, puisqu’ils sont en mouvement, on n’en entend que quelques syllabes sans queue ni tête. Les plus têtus sont convaincus que circuler et se présenter ainsi au micro toute la journée peuvent leur donner de nombreuses voix supplémentaires. A un tel rythme, ils finissent la journée quasiment aphones en ayant en plus une partie du voisinage exaspérée sur le dos. Certains plus futés investissent les abords des gares. Cela leur évite de dépenser trop d’essence et ils peuvent ainsi s’adresser à un plus grand nombre de personnes. Dommage qu’ils ne se rendent pas compte que tout le monde s’en fiche et déambule en toute indifférence.

 

Les bôsôzoku 暴走族 (V : ★★★, I : ★★★★★)

Ce fléau touche indifféremment la ville et la campagne mais reste plus important dans cette dernière. Prenez une bande de jeunes bas du front qui ne font rien de leur journée, arborent une coupe de cheveux plus grotesque encore que les lycéens et portent des tenues de clowns qu’ils considèrent comme le summum de la coolitude : combinaison veste et pantalon large façon ouvrier rouges avec un col haut et des kanji du nom de leur troupée. Mettez-en un à quatre (!) sur une moto au moteur trafiquée et au guidon façon Harley et imaginez-les se déplacer en zigzag dans les rues tout en actionnant à répétition l’accélérateur de leur engin à la manière d’un parkinsonien. Cela donne un son du genre « gnin-gnin-gnin-gnin-gniiiiin-gnin-gnin-gniiiin » des plus énervants. Je dois cependant avouer que nous ne sommes que très peu touchés à Nagoya puisque nous ne les entendons qu’occasionnellement, parfois poursuivi par des voitures de police d’ailleurs. En revanche, ils écourtaient fréquemment mes nuits lorsque j’habitais en banlieue d’Osaka.

 

A suivre...

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Publié dans Ougl

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