Fourré au chocolat

Publié le par Ludo

Ougl inaugure aujourd’hui, comme promis dans la FAQ Ougl onzième édition, une toute nouvelle rubrique : vieilles anecdotes. Comme son nom l’indique, nous ne parlerons pas des différents types de tonsures utilisées par les Franciscains au Moyen Age mais de petites histoires qui ont marqué ma jeunesse. De vieux articles, dont un qui par un merveilleux coup du sort remonte à un an exactement, ont également été placés dans cette rubrique.

NB : Evitez de lire cet article pendant le repas et joyeux Noël à tous !

 

Je devais avoir quatre ou cinq ans quand cet épisode fâcheux survint pour marquer à jamais mes souvenirs et ressurgir dans mes cauchemars.

Ce jour-là, je m’étais levé de bonne humeur, songeant déjà aux fous rires incroyables que me procuraient les copains de maternelle. A cet âge-là, on est très bon public et un seul pet de travers provoque des quintes de pouffements interminables qui se muent souvent en hahaha à gorge déployée puis en crampes des zygomatiques et des abdominaux. Certes l’école, en particulier durant ma première année de maternelle, représentait un lieu pire que la prison où des instances arbitraires avaient cruellement décidé que je devais me séparer de ma mère pendant quelques heures. La séparation devant l’entrée de l’établissement ne se faisait pas sans des larmes de rage et de déchirement. Quelques années plus tard, j’avais bien changé et je me réjouissais à l’idée de retrouver chaque jour mes potes.

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Ce jour-là donc, j’arrivais « au boulot » et tout de suite, quelque chose ne collait pas : je restais taciturne et des hauts le cœur ponctuels me mettaient mal à l’aise. J’étais à mille lieux d’imaginer ce qui allait se produire plusieurs heures plus tard. Ayant lutté toute la journée contre des maux d’estomac intenses qui me donnaient l’impression que l’on me plantait des piquets de tente dans le ventre, je décidais de profiter de la dernière récréation pour m’asseoir tout seul dans un coin de la cour en attendant que ma mère vienne me chercher.

Mon visage, sans doute livide, était inondé par des ruisseaux de sueur. Je sentais un mouvement vicieux mais puissant comploter dans mes entrailles.

Puis la fin du monde arriva sans prévenir : avant même que je puisse contenir la marrée, un torrent de boue nauséabond, un glissement de terrain intestinal se déversa de mon rectum pendant ce qui me semblait une éternité. Le sol s’était dérobé sous mon postérieur et je tombais dans un vortex sans fin. Il ne s’agissait pas d’une simple flatulence manquée avec de légères traces de pneu, ni d’un plombage de slip, mais bien d’un remplissage parfait de l’ensemble de mon bermuda.

Si un ingénieur s’était mis à inventer un airbag pour culottes courtes, il n’aurait pas fait mieux. J’étais pris au piège. Si je me levais pour tenter de nettoyer cette ignominie, le reste de mes jambes risquait d’être recouvert. Je n’avais qu’à prier pour que le tout se solidifie et qu’en attendant ma mère, personne ne vienne à mes côtés.

C’est à cet instant que Machin s’assit à ma gauche. C’était un bon copain, bien que je ne puisse me rappeler son nom. Il me demanda si ça allait, si j’étais fatigué. Je lui répondis que oui ça allait et que je n’étais pas fatigué. Je n’avais juste pas très envie de jouer et que ma mère allait de toute façon bientôt arriver (si je ne reste pas collé au sol avant pensais-je). Puis il se mit à froncer les sourcils et dit : « dis, tu sens pas comme une odeur bizarre ? Ca pue vachement non ? ». Il n’y avait personne d’autre dans un périmètre de dix mètres mais je n’allais pas ainsi avouer que j’avais farci la moitié de mes vêtements de bœuf bourguignon en purée. Je lui lançai alors dans un numéro fascinant d’hypocrisie : « Tiens c’est vrai, c’est bizarre… ». Le fumet devait être infecte, au-delà du supportable puisque mon copain se releva soudain, me balbutia je ne sais quel prétexte et prit ses distances. Ce fut l’une des plus grosses hontes de ma vie, et mon plus gros moment de solitude.

Ma mère débarqua enfin et devant mes réticences à se mettre debout et mon teint pâle s’inquiéta : « qu’est-ce qu’il y a ? ». Je me levai et en explosant en larmes lui avouai ma mésaventure. Je me souviens des minutes désagréables passées assis sur du papier journal déposé à la va-vite sur la banquette arrière de la voiture, sentant ce chocolat impur et encore chaud se presser plus encore sur mes jambes alors que cette satanée odeur ne disparaissait pas.

Je remercie une nouvelle fois ma génitrice qui eut la patience de décrasser toute cette zone souillée dans la douche.

 

NB : J’étais un peu plus vieux sur cette photo

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