Je ne saurais dire si cela fait partie de mon entraînement ou s'il s'agit juste d'un outil censé me distraire pendant les moments de
relaxation mais les responsables du Centre utilise fréquemment une dalle aux propriétés bien étranges.
La plupart du temps, elle reste noire et silencieuse mais sans prévenir, elle s'anime soudainement en produisant une lumière intense
suivie de sons divers. Elle m'intrigue énormément, on dirait une fenêtre qui donne sur l'extérieur à la différence que je n'en perçois aucune odeur et qu'aucun air frais ne vient me titiller les
moustaches. A l'intérieur, on y voit tout et n'importe quoi dans un enchevêtrement d'images sans aucun sens : des créatures semblables aux responsables du Centre, des créatures similaires à
celles qui se trouvent dans la jungle qui entourent le Centre, des créatures inconnues... Et pourtant je suis convaincu que rien n'est réel. J'ai beau fixer ce spectacle du regard et tenter en
vain d'en saisir les protagonistes à l'aide d'une patte assurée, j'ai beau enquêter derrière la dalle pour déterminer d'où viennent toutes ces créatures, il faut se rendre à l'évidence : autant
d'êtres vivants ne peuvent vivre dans un espace si confiné... Souhaite t'on ainsi tester mes réactions psychologiques?
L'entraînement c'est bien joli mais il est nécessaire de savoir se détendre un peu. C'est dans ces moments de relâche que j'ai
découvert un aliment extraordinaire : le pain. Non seulement c'est bon mais en plus c'est constitué de différentes consistances qui lui donnent une dimension ludique. Quand on le met en bouche,
c'est d'abord croustillant et au moment où on s'y attend le moins cela devient très moelleux. Dingue !
J'ai plus ou moins appris à la télévision (une autre de mes passions dont je reparlerai) les gestes nécessaires à la confection de ce
met et tous les matins, je m'entraîne sur une surface qui ressemble à mon avis au pétrin au niveau du toucher. Tout cela n'est que conjecture bien sûr puisque je n'ai encore jamais essayé mais il
me tarde de m'y mettre un jour.
Par contre il y a une chose qui m'ennuie quelque peu. En effet, à chaque fois que je m'entraîne le plus sérieusement du monde, les
responsables du Centre semblent largement se payer ma tête ! Ne comprenant guère la raison de leur hilarité, je continue ma besogne l'air de rien.
Pendant ma convalescence, les responsables du Centre m'avait interdit l'accès à toutes les pièces d'équipement que
j'utilise normalement pendant les séances d'entraînement. Quel ne fut pas mon enthousiasme de retrouver à l'issue de ma guérison, mon outil préféré : Monsieur Plastique. Destinée à l'élite des
agents, son utlisation développe les réflexes et la vitesse. Son extrême légèreté le rend particulièrement difficile à appréhender car le moindre contact l'envoie valser au loin. Il est également
aisément transportable. Je fais d'ailleurs toujours un peu de zèle auprès des responsables en leur demandant de le lancer le plus loin possible. Je dois admettre que leur force m'étonne à chaque
fois, mais ce qu'ils gagnent en puissance, ils le perdent en rapidité. Bref je m'efforce de montrer à quel point je m'investis dans mon travail en leur
rapportant l'objet pour qu'ils recommencent, même si cela peut s'avèrer fatigant au bout de la dixième fois...A part cela, on ne peut pas dire que
Monsieur Plastique paie de mine. Complètement inexpressif et inerte la plupart du temps, je me demande s'il est bien vivant mais le bruit étrange, ce cliquetis bizarre qu'il produit quand on tape
dedans, me laisse croire qu'il n'est pas complètement hors service.
J’ai finalement eu droit au test medical que je redoutais tant. A posteriori, peut-on vraiment parler de
test ? J’ai l’intime conviction d’avoir été l’objet d’une expérience, d’avoir servi de cobbaye. Bref, on m’a emmené dans une clinique, une sorte de bunker portable me servait de protection
contre les attaques extérieures éventuelles. Des créatures que je n’avais encore jamais vues étaient présentes dans la salle d’attente et elles trainaient derrière elle des créatures plus grandes
encore, similaires aux responsables du Centre d’entraînement mais peu dignes de confiance. Le bunker portable protégeait également la confidentialité du programme de missions pour lequel j’étais
engagé, puisque personne en dehors de celui-ci ne pouvait me voir. Pourtant, de mon point de vue, je pouvais voir tout autour de moi : une invention rudement bien fichue !
Puis ce fut mon tour de passer en consultation. Le docteur, aisément reconnaissable au tissu blanc qu’il
portait, avait l’air ma foi bien sympathique, jusqu’au moment où on me saisit de toute part pour m’administrer un instrument inconnu et froid dans l’arrière-train ! Ce n’était pas dans le
contrat ! Je n’avais pas signé pour ça ! Cette déplaisante plaisanterie sembla durer des heures et on finit par me relâcher. Les responsables du Centre et le sadique en blanc
discutèrent ensuite avec ces mots si incompréhensibles dont ils ont l’habitude quand soudain, sans prévenir, on me saisit à nouveau et là je connus une douleur comme jamais je n’avais
connu : comme si on m’avait enfoncé une aiguille dans le dos. Bien que brève, la sensation restait particulièrement désagréable et, tout guerrier que je suis, je ne pus m’empêcher de me
débattre. Trop tard, le mal était fait...
De retour au Centre, tout alla mieux, bien qu’une fatique inexplicable semblait s’emparer de moi. Cinq
jours plus tard, je me sentais très lourd, si lourd d’ailleurs que je ne pouvais plus me déplacer ni m’alimenter. C’est une certitude, j’avais mal réagi à la drogue-test qu’on m’avait injectée.
Très affaibli, et sans m’en rendre compte, je ne retrouvai devant le docteur qui renouvela à la lettre ses tortures. Le lendemain, ma condition ne s’était guère améliorée : j’avais maigri de
manière dangereuse, l’appétit ne revenait pas et toujours la tête lourde, lourde... Comme pris dans un cycle infernal dont je ne pouvais m’extraire, je me retrouvai encore comme par enchantement
devant le toubib. Rebelotte : harcèlement du séant, énième piqûre... Curieusement, cette dernière me dopa puisque je me rappelle parfaitement le trajet de retour au Centre et tout ce qui
suivit. L’appétit ne revint que peu à peu avec mes capacités physiques. J’étais devenu si rachitique et faible qu’un simple saut d’une vingtaine de centimètres me demandait une énergie
herculéenne. Aujourd’hui, j’ai récupéré mes forces à 100% mais je tiens à dire aux médecins militaires qu’ils feraient mieux d’expérimenter leurs drogues sur quelqu’un d’autre la prochaine
fois !
Je suis dans le pétrin. L’idée de cacher les faits m’a bel et bien traversé l’esprit mais mon
professionnalisme m’a dicté la voie de la raison : j’ai perdu l’un des outils d’entraînement. Baptisé Nezumi-chan, il m’a procuré de longues heures d’activité et fut même le tout premier
outil avec lequel on me mit en contact. D’apparence peu courante, il était blanc, très léger, recouvert de poils et possédait une queue qui facilitait sa capture et son transport. Il émettait un
son étrange, une sorte de roulement de billes de plastique à chacun des coups que je lui portais... Ah... Je m’étais vraiment pris d’affection pour cet objet... J’ignore vraiment où il a disparu.
On raconte qu’à l’extérieur du centre, dans la jungle, il existe des spécimens de nezumichan de taille plus importante, plus lourds et dont les mouvements sont beaucoup plus difficiles à
anticiper. J’ai hâte de devenir apte aux sorties dans la jungle mais les responsables semblent vouloir me faire passer une série de tests médicaux en priorité.
Après le fiasco du premier exercice de simulation de reconnaissance de terrain, j’avais promis de ne pas
abandonner ma formation et de me preparer à affronter cette épreuve diabolique pour les nerfs. Mission accomplie ! Ce ne fut pas sans appréhension que je consentis à rejoindre l’espace
d’apprentissage « bac de plante ». Contre toute attente, je fus pris non pas de la frayeur incontrôlable qui m’enleva toute détermination la dernière fois mais plutôt d’une curiosité
intense. Après tout, cet environnement demeurait totalement nouveau à mes yeux. Cet avant-goût de la jungle où je serais sans doute appelé à effectuer des manoeuvres à l’avenir possède, j’ose le
dire, un certain intérêt, surtout pour une recrue comme moi qui a passé une bonne partie de son temps à l’intérieur du Centre, loin de toute verdure. Tenez, c’est quelque chose de bien curieux la
verdure. On y distingue un nombre infini de parfums étranges, de l’enivrant à l’étrange en passant par des odeurs stimulantes. Comme je l’avais soulevé lors de mon dernier rapport, c’est
également très bruyant mais même si je reste sur mes gardes avec une certaine angoisse, je parviens à faire la part entre le danger potentiel et ce qui semble être la norme en ces lieux avec une
multitude de créatures perchées très en hauteur, bien au-delà de la surface blanche et du « bac de plante ». Ces dernières sifflent pour je ne sais quelle raison et se déplacent
rapidement en volant... Cela m’intrigue.
Ma première simulation d’exercice de reconnaissance de terrain, en l’occurrence la jungle,
s’est avérée un échec total. On devait me placer dans un espace d’apprentissage surnommé curieusement « bac de plante » afin que je pratique l’art du déplacement à pas feutré et du
camouflage. Ce que j’ignorais, c’était que l’endroit se situe à l’extérieur du centre d’entraînement, dans une zone que je croyais interdite jusqu’à ce jour. A peine quelques secondes suffisèrent
à me mettre mal à l’aise quand les responsables ouvrirent les portes. Le « bac » n’était pas bien loin mais pour l’atteindre, je devais traverser une étrange surface faite d’une non
moins étrange matière blanche semblable à de la pierre mais très froide au touché. S’il n’y avait eu que cette épreuve à surmonter, j’aurais pu m’en sortir mais j’étais loin de me douter que
l’extérieur du centre demeurait un lieu aussi périlleux : tout autour de moi une cacophonie effrayante et irrégulière contribuait à augmenter mon rythme cardiaque. Dans ce vacarme, je
pouvais distinguer des cris de créatures jamais rencontrées, des voix ressemblant à celles des responsables mais beaucoup plus éloignées et un vent puissant qui me terrorisait. Mon sang ne fit
qu’un tour et après quelques pas prudents sur la surface blanche, je fus pris de panique et me réfugiai à une vitesse étonnante dans l’enceinte du bâtiment qui m’avait servi jusque là de refuge.
Je retenterai sans doute l’expérience une prochaine fois, il le faut si je ne veux pas passer pour un couard, mais je vais devoir me préparer psychologiquement afin d’affronter au mieux cette
pénible épreuve.
Si Marukun aide à developer les muscles des mâchoires, il n’a aucun effet sur le développement d’une
capacité primordiale en mission : la course. Pour cela les responsables du centre m’ont offert les services d’un bien curieux énergumène. Baptisé par leurs soins « Monsieur
Mouton », j’avoue que lors de nos premiers contacts sa taille m’avait plutôt impressionné. Malgré un nom ridicule, il se montre particulièrement redoutable dans ses déplacements puisque, non
seulement il fonce à toute vitesse, mais en plus il est impossible de déterminer sa trajectoire de fuite. Le but des exercices en sa présence reste simple : je dois à chaque fois le capturer
le plus rapidement possible. Sa forme étrange ne facilite pas la chose ce qui peut devenir vite énervant. Après les premières courses, mes nerfs prennent le dessus et je me surprends parfois à
lui infliger des coups, qu’il mérite amplement. D’accord, ce n’est pas Monsieur Pingouin, mais il me pousse parfois à bout à rebondir comme ça n’importe où et à me regarder de loin la tête à
l’envers... L’intéressé, je dois l’admettre, fait preuve d’une très grande patience à mon égard et ne montre, lui, aucune animosité...
C’est en tout cas grâce à lui que je suis parvenu à devenir un sprinter de haut niveau et je
suis convaincu de dépasser mes propres records très prochainement.
Outre mon excécrable sparing partner, le Centre a eu la gentillesse de mettre à ma disposition des
instruments de haute technologie lors de mes séances d’entraînement. J’ai remarqué, non sans surprise, que petit à petit, de nouvelles dents faisaient leur apparition dans ma mâchoire. Elles vont
sans nul doute améliorer considérablement mes capacités de défense. J’ignore de quelle manière, elles sont apparues puisque je n’ai reçu aucune injection médicamenteuse suspecte depuis mon
arrivée. Je mets donc de côté l’hypothèse de la mutation génétique calculée à « l’insu de mon plein gré ». Bref parmi le matériel offert, figure le dispositif « Marukun ». Il
s’agit d’un cercle entouré de tissu très coloré, ni trop dur ni trop mou sur lequel on a cousu des franges d’autres tissus de différentes textures à trois endroits, tous les 120 degrés. Je
suppose que les couleurs criardes sont là pour rendre l’objet à la fois facilement repérable et énervant à l’oeil. Non mais, qui m’a fichu des teintes pareilles ! Le cercle en lui-même reste
facile à appréhender avec les griffes et se laisse facilement mordre. C’est d’ailleurs un plaisir de donner de bons coups de dents... dedans. Il s’en dégage une odeur plutôt enivrante. J’ai
d’ailleurs surpris les responsables du Centre dire de Marukun qu’il renfermait une substance qu’ils appelaient « erbasha »... Cet instrument demeure l’un de mes favoris. Je vous
présenterai les autres la prochaine fois...
Je suis exaspéré. Jusque là l’entraînement se passait très bien. Et puis on a décidé de me coller un
sparing partner. En théorie, il s’agit d’une très bonne idée puisque les responsables peuvent ainsi vérifier mes progrès de visu, mais dans la pratique : ça ne colle pas. Je ne sais pas,
c’est physique ! Je ne peux pas le voir ! On dirait qu’il se paie ma tête en permanence. Tenez, rien que d’y penser, j’ai le poil qui se hérisse ! Ce « Monsieur
Pingouin » comme ils l’appellent, n’en fait qu’à sa tête. Ces jours-ci il m’énerve tellement que j’ai décidé de faire du zèle en me dépensant un maximum (sur lui) lors des exercices de
combat au corps à corps. Ses mouvements totalement incompréhensible (il saute sur place sans raison, il traîne le nez lentement à terre, il tourne en rond comme un imbécile etc.) prouve un manque
flagrant de professionalisme. Pendant les pauses, je tente de l’oublier, histoire de destresser un peu mais parfois, comme s’il était incapable de comprendre quand une blague doit prendre fin, il
vient me narguer en sautillant comme un ressort. Je me fais peur moi-même car je me rends compte que je deviens de plus en plus violent à son égard pendant les exercices. D’ailleurs il serait
plus judicieux de les qualifier de « roustes ». Un jour je vais lui arracher une aile sans m’en rendre compte ! C’est tout de même curieux qu’il revienne à la charge... Un
masochiste sans doute...